EPISODE 6 #COLT

Vendredi 13 mars 2020

Il y a pire comme confinement. Je suis dans un hamac, torse nu, sur le pont d’un bateau. Bon, ce n’est pas un navire de croisière, mais un cargo, il y a bien un peu de rouille ici et là, ça sent le gazole et l’huile de moteur, mais franchement, je me sens bien.

Heureusement que je suis confiné avec mon mec. Ça s’est joué à pas grand-chose. Depuis que nous travaillons ensemble à Wilder Inc, Alex et moi avons étendu le marché initial de la firme de la Chine et du Japon à la Corée du sud. Inutile de vous dire que dès fin janvier, on a senti que ça chauffait. Comme on était grave inconscients, mais pas suicidaires, on a ralenti le business avec la Chine. De toute façon, on était surtout en deal avec des mecs de Pékin, de Hong Kong et de Shanghai, pas tellement avec le Wuhan. La quarantaine ne concernait donc pas nos fournisseurs, du moins pas au début.

Alex et moi passons pas mal de temps en Asie depuis quelques mois. Parfois, il vaut mieux être sur place pour conclure certains deals un peu délicats, comme convaincre des antiquaires de nous vendre des artefacts datant de plusieurs siècles pour le compte d’un riche acheteur américain.

Il y a aussi beaucoup d’affaires légales. Rien ne vaut un dîner arrosé de saké ou de whisky pour conclure une négociation. Mon foie en a pris un coup, tandis qu’Alex, enfoiré de Russe, me regarde rouler sous la table en rigolant.

Et puis on a fait le voyage à ne pas entreprendre. Imaginez un deal de plusieurs dizaines de millions de dollars, mais qu’il faut conclure sur place, parce que les vendeurs sont frileux. On a pris l’avion pour Hong-Kong, en pleine pandémie, la trouille au ventre, mais avec une certaine inconscience.

Nous avons comme excuses que nous avons suivi les recommandations de notre département de la santé, qui eux-mêmes, répondent à notre cher président. Je n’ai jamais fait confiance à ce cinglé, et c’est la pire personne qui pouvait exister pour diriger un pays en tant de pandémie. Avec Alex, on s’est dit que tant qu’on faisait gaffe, qu’on ne serrait pas de mains et qu’on portait un masque et des gants, on ne risquait rien. On est jeunes tous les deux, on est en bonne santé, et on a pris l’avion comme les boulets que nous sommes.

A Hong Kong, le tempo a changé. J’ai cru qu’on allait nous mettre un thermomètre là où je pense avant de nous laisser fouler le sol chinois. On a dû rester enfermé le temps que nos tests reviennent négatifs dans une chambre d’hôtel de neuf mètres carrés. Quand on a enfin pu sortir, on est allé conclure notre deal. Les mecs en face étaient hyper nerveux. Pas de resto, pas de poignées de main, pas de saké, juste un contrat signé à la va vite. Les mecs nous regardaient avec des yeux ronds, comme des lapins pris dans les phares d’une voiture.

Ensuite, on a voulu rentrer à la maison.

Et c’est là que c’est parti en sucette. Il n’y avait plus d’avions. Les compagnies aériennes avaient cloués leurs engins au sol. En tant qu’étrangers, on était regardés comme des pestiférés. On était dans un autre hôtel, et tout le monde cherchait le Saint Graal, à savoir un vol retour vers l’Amérique.

C’est là qu’on a reçu un appel de notre fournisseur. Il nous pensait déjà de retour à New York, et nous demandait d’affréter un cargo, parce que celui sur lequel il comptait venait de se faire mettre en quarantaine. Alex a fait jouer ses contacts. Il a appelé un capitaine qui travaille souvent pour lui, Sloan Kowalski, qui commande le Blue Dragon. Sloan baroude dans les mers asiatiques, et fait régulièrement la liaison entre Osaka et Hong Kong. Il y possède même un petit appartement. C’est là qu’on s’est rencontrés. Il était avec son compagnon, un homme un peu plus jeune que lui, Jordan.

— J’ai besoin que vous me rameniez une cargaison à New York, a expliqué Alex.

— Je ne fais pas ce genre de trajets, a rétorqué le capitaine Sloan. Je reste dans le coin.

Alex était passé à la banque avant de venir au rendez-vous. Il a posé une liasse de billets plus épaisse que la plus épaisse que j’ai jamais vue sur la table.

— C’est à vous contre un trajet Hong Kong-New York, en passant par le canal de Panama. Une cargaison et deux passagers.

— Vous ? a deviné Sloan sans mal.

— On ne trouve pas de vol retour, et ça commence à craindre par ici.

Sloan s’est excusé et s’est absenté avec son mec. Ils sont allés dans une autre pièce, que j’ai supposé être la chambre, et sont revenus cinq minutes plus tard.

— D’accord, mais tout le monde est testé avant de partir. On observe sept jours de confinement à bord du bateau avant de partir. Si personne n’est malade, on met les voiles.

Tous les tests sont revenus négatifs et c’est comme ça que nous nous sommes retrouvés à bord d’un cargo en plein Pacifique. Je n’avais jamais navigué de ma vie, mais j’aime plutôt ça. Nos quartiers ne sont pas petits, ils sont minuscules. Il y a à peine la place pour un lit, un placard, une table et une chaise. Heureusement, on peut passer du temps au mess ou sur le pont, tant qu’on ne gêne pas les hommes.

Naturellement, c’est en plein milieu de nulle part qu’Alex décide de me faire une crise de jalousie.

Je suis sur mon hamac, en train d’admirer la vue, à savoir le capitaine faisant sa gym quotidienne, juste vêtu d’un short en jean délavé. Ses longs cheveux caressent son dos bronzé et musclé. Ses pectoraux ont l’air en acier. Et je ne parle même pas de ses fesses, moulées par le denim. J’ai le droit de regarder, non ? Bon, d’accord, je bave un peu.

Alex me surprend dans cette attitude équivoque, et me donne un coup de coude qui n’a rien d’amical.

— Ça va, tu veux des jumelles ? grince-t-il.

Il est jaloux. Je suis à la fois flatté et embêté, parce que oui, c’est vrai, je mate et je fantasme un peu. On est tellement à l’étroit dans la cabine que nous faisons peu l’amour. Et puis même si nous avons payé notre passage, nous aidons à la manœuvre, parce que rester sans rien faire nous porte sur le système à tous les deux. D’accord, nous travaillons par Internet via une connexion satellite, mais c’est limité, et de toute façon, ni l’un ni l’autre ne sommes vraiment concentrés.

— Je ne t’empêche pas d’en faire autant, dis-je.

Sloan fait des pompes, juché sur un container. Son mec le boit littéralement des yeux. Des marins le regardent, et j’en vois plusieurs qui disparaissent soudain dans les coursives.

— Je n’ai jamais prétendu être un athlète, répond Alex avec mauvaise foi.

Il est grand et mince, mais il a une magnifique musculature, tout en longueur et en grâce.

— Dégonflé.

Naturellement, Alex tombe dans le piège. Il ôte son tee-shirt, et j’en prends plein les yeux. Puis il s’étire lentement, faisant jouer ses muscles sous sa peau désormais dorée par le soleil. Je dois avouer que mon jean devient un peu étroit tout à coup. Enfin, il se met à faire des pompes, lentement d’abord, pour s’échauffer, puis de plus en plus rapidement.

— Tu sais compter jusqu’à cent, Andrews ? lance-t-il entre deux tractions.

Je peux le faire. J’arrive à cent en moins de temps que je ne le pensais. Alex se redresse, le torse luisant de sueur. Je vais le croquer tout vif. Je me lève de mon hamac, et je veux l’attraper par la main pour l’entrainer dans notre cabine, mais il se recule.

— A ton tour, Andrews. Vas-y, montre nous ce que tu sais faire.

Sloan a interrompu son exercice et il nous regarde, bras croisés et un sourire aux lèvres. Ses hommes font de même. L’honneur américain est en jeu, et vu comme il est malmené, en ce moment, j’ai intérêt à marquer des points pour mon pays. Je vire mon tee-shirt, histoire de montrer que j’ai des biceps, des pectoraux et des abdos. Je fais quelques mouvements d’échauffement, et je me mets en position. Et Alex se met à compter. A cinquante, je commence à avoir mal aux bras. A soixante-dix, j’ai les épaules en feu. Je me vois déjà m’écrouler comme une larve, parce que mine de rien ça fait un moment que je ne m’entraine plus aussi sévèrement qu’avant, quand j’émargeais au FBI. Seule la fierté me permet d’aller jusqu’à cent, avant de me redresser, le torse ruisselant de sueur. Des applaudissements éclatent et je trouve encore la force de saluer mon public improvisé. Je respire vite et j’attrape ma bouteille d’eau pour m’hydrater un peu. Alex me la prend des mains après quelques gorgées et me la verse sur la tête. Ça me fait un bien fou. Je m’ébroue comme un jeune chien.

— Les gars, je vous donne rendez-vous demain, même heure, même lieu, lance soudain le capitaine. Cent pompes chacun, et encore cinquante après.

Et c’est là que ma grande bouche se met à parler sans consulter mon cerveau.

— On peut carrément dire deux cents, à moins que vous ne vous sentiez pas d’attaque, cap’ ? lancé-je.

Sloan se met à rire.

— Tablons sur deux cent cinquante.

— Deal !

Les hommes se mettent à prendre des paris sur celui qui ne sera pas capable d’aller jusqu’au bout. A ma grande satisfaction, j’obtiens une bonne côte, même si elle est derrière celle de Sloan. Alex est dernier, parce qu’il est plus mince, et sous-estimé. Il m’entraine dans les coursives jusqu’à notre cabine. Je m’écroule sur notre lit, bricolé avec deux couchettes individuelles.

— Est-ce que tu es devenu cinglé ? me lance Alex. Deux cent cinquante pompes demandent un entrainement.

— Tu n’en es pas capable ? lancé-je, tout en me mettant sur le dos avec précaution.

J’ai mal des épaules aux poignets. Le reste de mon corps ne vaut pas mieux.

— Moi si, mais toi ? rétorque Alex.

D’ici demain, j’aurais retrouvé mon souffle, mes forces et ma capacité à… me ramasser lamentablement, parce que je n’ai jamais fait deux cent cinquante pompes de ma vie et que j’ai toujours plus misé sur mes jambes que sur mes biceps.

— Je peux le faire, dis-je.

Alex ricane.

— D’accord. Tu devrais commencer à t’entrainer tout de suite, alors.

— Pas question. Je me réserve pour demain, protesté-je.

Je suis cinglé. Je vais me prendre l’humiliation de ma vie demain. Et si brusquement je disais que je suis malade ? Genre… Non. Ce n’est vraiment pas le moment de faire le coup de la maladie brutale. Le capitaine est capable de me foutre à fond de cale pour m’isoler de son équipage. Il ne laissera même pas Alex venir me voir. Je pourrais prétendre m’être froissé un muscle en m’entrainant.

Et le chien a mangé mon devoir.

Je me relève. Je sors mon iPod et je lance la musique de Rocky.

— Où vas-tu ? demande Alex.

— Faire des tractions, des pompes et travailler mon souffle. J’ai vingt-quatre heures pour devenir un athlète digne des JO.

Je tombe nez à nez avec Sloan tandis que je prononce ces mots. Lui est cool, parce que deux cent cinquante pompes sont sa routine.

— On a vu trop grand, Andrews ? me lance-t-il.

— Pas du tout, protesté-je avec la plus parfaite mauvaise foi.

— Parfait. Parce que je me suis dit qu’on pourrait corser un peu le pari. Celui qui perd, celui qui est dernier, de nous trois, récure le pont à la brosse à dents.

Alex éclate de rire, et me donne une grande claque dans le dos.

— J’espère que tu as emmené une brosse de rechange, mec.

Il croit vraiment que j’y ai pensé ?

EPISODE 5 #GABE

Jeudi 19 mars 2020

Je me glisse furtivement dans le couloir. Je rase le mur, lentement, en prenant garde de ne pas faire craquer la lame du plancher qui a un peu de jeu. Je me faufile jusqu’au bout du passage et je me plaque contre le mur du fond. Mon cœur bat à tout rompre. J’ai le souffle coupé, presque du mal à respirer. J’ondule du bassin pour avancer jusqu’à la porte de la salle de bains, et je colle mon oreille contre le battant fermé. Je me concentre. J’entends d’abord un bruit bizarre, puis une explosion. Ça part en cascade. Les explosions se succèdent, cinq ou six, avant qu’un bruit de tuyauterie qui se débouche brutalement ne retentisse. On dirait une trompette à réveiller les morts. Puis j’entends Joaquin jurer en espagnol.

Il dit « mierda » et puis « hijo de puta de ta madre » et encore d’autres injures que je ne connais pas. Puis les explosions repartent.

Joaquin est malade. Ça y est, mon mec a le virus. Il vient d’éternuer cinq fois, de se moucher en faisant un bruit de trompette, et il recommence à éternuer.

Je l’ai soupçonné dès ce matin, quand il a coupé court à mes câlins. J’étais parti pour une séance de sexe débridé, mais il a m’a repoussé en me disant qu’il n’était pas d’humeur. Il avait les yeux qui pleuraient un peu.

Il l’a chopé et il ne veut pas me le dire. J’essaie de me calmer un peu. Mon cœur bat à toute vitesse et je repasse en replay les images que j’ai vues sur Internet ces derniers jours. Ces pauvres gens qui sont emmenés d’urgence parce qu’ils ne peuvent plus respirer. Il parait que les vieux sont touchés en premier et qu’ils ont peu de chance d’en réchapper. Joaquin a trente ans. Il n’est pas encore techniquement vieux, mais ce n’est plus un jeune homme comme moi. Si ça se trouve, je l’ai contaminé sans le savoir.

Et si ça s’aggrave, que suis-je supposé faire ? Appeler une ambulance ? Un médecin ? Le médecin du gang, qui recoud tous ces messieurs lorsqu’ils se prennent un coup de couteau ou même une balle ? Le souci c’est que je n’ai pas son numéro. Et puis il n’a pas de clinique. On ne peut même pas appeler les locaux où il répare les gangsters une clinique, même si c’est grand, propre, et qu’il y a des scalpels. Je vais devoir emmener Joaquin aux urgences de l’hôpital, il va y avoir plein de monde et personne ne pourra s’occuper de mon mec avant des heures. Il faudra aussi que je prenne du fric, parce que ce n’est pas gratuit, et j’ignore totalement si Pax fournit une assurance santé à ses hommes, en même temps qu’un flingue et un trafic à gérer.

Joaquin se mouche à nouveau, puis j’entends le robinet. Je me carapate vite fait dans le salon et je fais semblant de me plonger dans mes cours. Je suis grave à la bourre, parce qu’on a plus passé de temps à faire l’amour et jouer à des jeux vidéo et chiller devant Netflix qu’à bosser. Enfin, Joaquin a bossé un peu, moi j’ai procrastiné comme un pro.

J’ai insisté sur ce confinement, je sais que j’ai eu raison, mais qu’est-ce que je m’emmerde. Ça me manque de ne pas pouvoir conduire à fond la caisse. Le garage me manque, même les cours me manquent.

Joaquin me rejoint dans le salon. Oh, non ! C’est encore pire que je ne le pensais. Il a le nez tout rouge. Je me lève d’un bond.

— Mon chéri, je serais fort, dis-je en tendant les bras, mais en gardant la distance de sécurité. Dis-moi la vérité.

— Quoi ?

Ça y est, il est devenu confus. C’est l’un des symptômes pour les personnes âgées.

— Je sais que tu es malade, dis-je en me tordant les mains. Je t’ai entendu éternuer. Et te moucher.

Joaquin prend immédiatement la mouche, c’est de circonstance.

— Tu m’espionnes, maintenant ?

En fait, ça donne plutôt « du b’esbionnes, baintedant » parce qu’il parle du nez.

— Je suis inquiet pour toi, vieil homme, dis-je, les larmes aux yeux.

Joaquin me regarde avec des yeux ronds. Il est en pleine confusion mentale, c’est clair. Il ne comprend peut-être plus ce que je lui dis. Et s’il ne comprenait plus l’anglais ? Si je me souviens bien, sa langue maternelle est l’espagnol. L’anglais, il ne le parlait qu’en dehors de sa famille. Ou alors je confonds avec son père. Ou un personnage de série. Oh, merde, voilà que je deviens confus à mon tour.

Et tout à coup, il éclate de rire. Enfin il essaie, parce qu’il est courageux, mais ça se mue aussitôt en une grosse quinte de toux. Il devient tout rouge, et me fait des signes frénétiques. Je bondis à la cuisine pour lui ramener un verre d’eau. Ça y est, il est en train d’étouffer !

Jésus, aidez-moi.

Et puis je me rappelle que je ne suis pas croyant. Je peux le devenir en vitesse ? Juste pour sauver mon mec ?

Joaquin boit l’eau que je lui apporte et il reprend sa couleur normale.

— Tu es complètement con, dit-il, avec le nez encore un peu bouché. Je ne suis pas malade.

— Tu viens de tousser, noté-je.

Il nie ses symptômes. Ou alors c’est tellement la confusion dans sa tête qu’il ne s’en rend pas compte.

— J’avais la gorge sèche, et tu m’as fait rigoler, proteste-t-il en se resservant d’eau.

— Tu as soif ? C’est la fièvre ?

J’envoie les distances de sécurité aux orties. Tant pis si je me contamine aussi. Je pose ma main sur son front. Il est tiède, mais pas chaud. Joaquin soupire, et repousse ma main.

— J’ai eu quelques éternuements, ce n’est pas la fin du monde, assène-t-il. Je vais bien, mon ange.

Il nie encore, pour me protéger, je suppose.

— C’est la troisième fois que tu vas éternuer en cachette à la salle de bain, dis-je.

Joaquin renifle. J’ouvre la porte-fenêtre qui donne sur la terrasse. Les plantes en pots ont fleuri depuis hier, c’est le printemps et c’est magnifique. L’air est saturé d’odeurs de fleurs.

Joaquin est pris d’une nouvelle crise d’éternuements, et cette fois, il ne semble pas vouloir s’arrêter.

— Ferme cette putain de fenêtre ! halète-t-il en deux projections de gouttelettes.

Je me hâte d’obéir. Bien sûr, il a froid.

— Je vais appeler les secours, dis-je en prenant mon téléphone. Est-ce que tu arrives encore à respirer ?

Il ne répond pas, mais m’attrape la main et me prend mon téléphone.

— Je ne suis pas malade ! renifle-t-il.

Il éternue encore une fois, se mouche et renifle.

— Tu vois bien que si, dis-je, affolé.

Il est tout rouge.

— J’ai simplement un rhume.

Un rhume ? Joaquin, mon bad boy préféré, mon dur à cuir de petit ami, a un rhume ? Ça me parait complètement hallucinant. J’ai attrapé une bonne angine cet hiver, et Joaquin m’a soigné avec dévouement sans rien attraper lui-même. Et là, il chope un rhume ?

— On est confiné depuis presque une semaine, dis-je. Où as-tu pu attraper un rhume ?

C’est un virus, non ? Ou une bactérie ? Oh zut, au lieu de faire du droit, j’aurais dû faire médecine. Ce serait plus utile à l’humanité. Sauf que si j’avais suivi cette voie, je serais quelque part dans un hôpital au lieu d’être aux côtés de mon amour. Et si le monde doit finir, je veux mourir dans ses bras.

J’ai prononcé cette phrase à voix haute et Joaquin pousse un énorme soupir.

— Tu as fini de jouer les drama queens ? demande-t-il.

— Je m’inquiète pour toi, réponds-je d’une voix un peu tremblante.

Joaquin soupire à nouveau.

— Bon. OK, je t’ai menti, je suis malade.

Je le savais. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire ?

— Je suis malade toutes les années à la même époque, poursuit-il. J’ai le rhume des foins.

J’en reste bouche ouverte. Joaquin Mendez, bras droit redouté du redoutable Pax Hunter, a un bête rhume des foins ? Il est allergique, comme le premier môme venu ? Il toussa sa race dès que les bourgeons sont en fleur ? Un peu de pollen lui transforme le nez en fontaine ?

J’éclate de rire. Je ne peux pas m’en empêcher. Je suis plié en deux. J’en tousse, tellement je rigole.

— Ça va, ce n’est pas la peine de te foutre de moi, ronchonne Joaquin. Ça arrive dans les meilleures familles.

— Mais je ne savais pas que ça arrivait aussi aux caïds, m’esclaffé-je.

Joaquin me donne une bourrade, veut me renverser le canapé, mais il doit se reculer en vitesse pour éternuer.

— Tu veux un antihistaminique ? demandé-je. Encore que je crois qu’ils ont recommandé de ne pas en prendre.

— Je ne prends pas d’antihistaminique ! proteste Joaquin.  

— Pourquoi, ce n’est pas assez viril pour toi ?

J’ai dit cela en rigolant, mais je vois que c’est bel et bien le cas. Mon petit ami estime que se soigner est indigne de sa virilité.

Je l’embrasse sur le bout du nez.

— Je vais regarder sur Internet s’il existe des remèdes naturels, dis-je.

— Une vodka orange ferait l’affaire, grogne-t-il. De l’alcool pour désinfecter et de l’orange pour la vitamine C. A répéter plusieurs fois.

— Il est dix heures du matin, fais-je remarquer.

— Ce que tu peux être conventionnel. Bon, alors juste du jus d’orange.

— J’ai mis les oranges sur le balcon, dis-je.

J’ouvre la porte-fenêtre sans réfléchir. Un coup de vent nous amène du pollen. Joaquin éternue et me gueule de fermer cette hija de puta de fenêtre et de m’occuper de mes fesses.

— Tu ne veux pas plutôt que je m’occupe des tiennes ? proposé-je. Un bon orgasme, ça envoie des endorphines dans le sang, ça ne peut pas faire de mal.

— Tu veux soigner mon rhume des foins avec du sexe ? s’étonne Joaquin.

— Pourquoi pas ? Ecoute, nous vivons des temps inédits. Si ça se trouve, à la fin du confinement, je vais me faire un paquet de thunes en mettant la méthode Gabe Mitchell contre le rhume des foins sur le marché, à base de sexe.

Joaquin fait passer son tee-shirt par-dessus sa tête.

— Vive l’esprit d’entreprise américain.

A suivre…

EPISODE 4 #PAX

Jeudi 19 mars 2020

J’aurais dû écouter mon mari.

Je vis un enfer sur terre. Je commence à me demander si je ne devrais pas rompre le confinement et aller habiter à l’hôtel, quitte à me choper ce fichu virus.

Je démonte mon flingue préféré, un Glock, pour la deuxième fois en deux jours. Je le nettoie, je le lubrifie, je le vérifie et je le remonte. J’aime ce Glock. Il est devenu mon refuge, mon pote, à qui je raconte tous mes malheurs.

Puis je pars dans une rêverie persistante. J’arrive dans ma cuisine, et je braque mon flingue sur ma belle-mère. Je lui ordonne de ma voix de chef de gang de lâcher son putain de quinoa et de prendre des pâtes, de la sauce tomate, des steaks, et de nous faire cuire tout ça, et que ça saute.

Je deviens dingue.

Ça fait quatre jours qu’on bouffe du quinoa, du riz complet et du poisson vapeur. Et des légumes. Plein de légumes. Je hais désormais les haricots verts.

Je vais déclarer l’indépendance de notre maison. Je vais créer un drapeau, avec une tête de mort sur fond rouge sang, et je vais m’autoproclamer président à vie. Nate sera mon premier ministre. Sam, mon beau-père, sera mon ministre de l’écologie. Sally sera l’unique prisonnière de cette dictature, en résidence surveillée dans sa chambre, où elle bouffera ce qu’on lui apporte et nous fichera la paix.

Elle a débarqué avec un nombre ahurissant de valises, non seulement celles avec lesquelles elle était revenue de voyage, mais trois supplémentaires remplies d’un bordel monstre, depuis des robes jusqu’à sa collection complète de CD.

Ah, dans ma dictature, je bannis également Céline Dion, Barbra Streisand et Elvis.

Puis Sally a investi la cuisine.

Le soir, je suis descendu en pensant manger un bon petit plat. Je me suis retrouvé devant une assiette de poisson sans sauce et du quinoa. Je n’en avais jamais mangé. Sachez que désormais je hais le quinoa. Et les haricots verts croquants.

J’aurais dû me douter, à voir le regard résigné de Nate, que ce n’était que le début.  J’ai sorti une bière du réfrigérateur pour faire passer tout cela, mais Sally m’a aussitôt tancé, me disant que l’alcool le soir n’était pas recommandé, et que la bière annulerait tous les bienfaits du repas équilibré qu’elle nous avait préparé.

J’ai reposé ma bière.

Le lendemain, j’ai été réveillé par le son d’une scie stridente, ou alors d’un animal qu’on égorge, ou un chat dont on coince la queue dans une porte.

Puis j’ai reconnu les paroles.

« My heart will go ooooonnnnn »

Déjà, à l’époque, quand Shelly passait la musique en boucle dans sa chambre, ça a failli finir en bagarre tellement cette chanson m’énervait. Mais l’entendre chanter par ma belle-mère porte la torture à un tout autre niveau.

Surtout que j’ai gardé mes horaires nocturnes. J’ai l’habitude de me coucher à quatre heures du matin, en rentrant du Blue Lounge, pour me lever à midi, après huit heures de bon sommeil réparateur. Sally a réveillé toute la maison à sept heures avec ses vocalises. Même les oiseaux ont fermé leur gueule, vexés par la concurrence. Nate a grogné et s’est mis son oreiller sur la tête.

Je me suis levé, j’ai passé un peignoir, histoire d’être décent, et j’ai interpellé Sally, qui hululait toujours dans le jardin. Je lui ai demandé de ma voix la plus courtoise si elle pouvait surseoir à son concert, vu que nous dormions encore.

— Mais mon chéri, il est sept heures passées ! s’est-elle écriée. Si vous voulez être en bonne santé, il faut se lever tôt, se coucher tôt et manger sainement.

Je lui ai expliqué qu’en tenant une boite de nuit, j’avais des horaires différents. Vous croyez que ça lui a cloué le bec ?

— Justement, mon chéri, c’est le moment de changer de vie ! Vois cela comme une opportunité. Reprends l’habitude de te lever à l’aube. Je vais faire mon yoga, puis je nous préparerai un bon petit déjeuner. J’ai amené mon thé vert.

Je déteste le thé vert. Je carbure au café. Le thé vert, c’est de la flotte vaguement parfumée pour moi. Comme Sally est ma belle-mère et mon invitée, je n’ai rien dit. J’ai secoué Nate, qui a grogné, et j’ai dû lui taper sur les fesses pour le faire sortir du lit. Cela dit, on était en retard à la table du petit déjeuner, parce que les fesses toutes roses de mon mari m’ont inspiré et qu’on a fait l’amour sous la douche.

Sally avait déjà tout préparé. J’étais affamé après ma petite séance intime avec son fils, et je m’attendais à un petit déjeuner digne de ce nom. J’ai eu droit à un machin qu’elle a baptisé céréales, mais sans goût, avec du lait végétal (donc, pas du vrai lait), et des fruits. Sans oublier le thé vert. J’ai voulu prendre du jus d’orange, mais Sally m’a stoppé comme si j’allais avaler de la cigüe. Cela allait me faire une deuxième portion de fruits et donc de sucre, et c’était trop.

J’ai croqué ma pomme sans rien dire.

Ensuite, Sally a pris son téléphone pour passer une commande de bouffe. Là, je l’ai stoppée net. J’ai fait livrer de la nourriture juste avant leur arrivée, on a assez pour deux semaines.

— Mais, mon chéri, il n’y a que de la viande surgelée et des conserves. Il nous faut du frais, voyons.

Je suis resté ferme.

— Sally, le but de ce confinement, c’est de ne pas voir des gens, d’une part, ensuite de ne pas obliger des employés à prendre des risques pour venir chez nous.

Elle a tiré la tronche, mais mon argument en faveur du petit personnel a payé. Puis elle a retrouvé le sourire en disant qu’elle allait faire l’inventaire de tout ce qui était mangeable dans ce que j’avais commandé. Autrement dit, rien, selon ses critères, comme elle est venue me le dire deux heures plus tard, alors que j’étais au téléphone avec mon homologue italien de Greenville, Ash Beneventi. On parlait livraisons de flingues, et voilà belle-maman qui entre sans frapper dans mon bureau pour me parler légumes.

Beneventi a explosé de rire, avant de m’avouer qu’il était en confinement avec toute sa famille dans leur grande villa. Et qu’il envisageait de se faire cryogéniser jusqu’à la fin de la pandémie.

— Je vais me débrouiller pour cuisiner quelque chose de sain, a finalement dit Sally en comprenant qu’elle me dérangeait en plein taff.

Je n’aurais jamais cru dire cela, mais je n’ai pas fini mon steak. Il n’avait aucun goût, vu qu’il était sans sel, sans sauce, juste avec des herbes.

— Tu ne manges pas, mon chéri ? m’a demandé Sally d’un ton soucieux.

— Pas faim, ai-je marmonné.

Nate et Sam, mon beau-père, finissaient sagement leur portion de bidoche, trop cuite en plus, parce que Sally estime que la viande rouge doit être parfaitement cuite pour éliminer toutes les bactéries. Ça ressemble à de la semelle de facteur, mais ce n’est pas grave, c’est sain.

Je repose mon flingue. Je le mets en sécurité dans mon tiroir de bureau, parce qu’on n’est jamais à l’abri d’un accident, surtout avec belle-maman en victime tragique. Nate est au téléphone avec son boss, il est en télétravail, il est concentré, et il me fait un vague sourire avant de revenir à sa conversation. Dehors, mon beau-père s’active dans le jardin. J’ai renvoyé le jardinier chez lui, avec la cuisinière, mais je dois dire que Sam le remplace avantageusement. Il taille des plantes comme un pro.

— Tu es un vrai champion, dis-je.

Je n’y connais rien en la matière, mais c’est joli à regarder.

— J’ai de l’entrainement, me répond-il avec un brave sourire.

Sam parle peu. Il avait son propre cabinet de comptabilité avant de prendre sa retraite. Il peut rester des heures tout seul, dans le jardin, à tailler ici et arroser là.

— Sam, je ne voudrais pas paraître grossier, commencé-je, mais il faudrait que tu parles à Sally. Je ne doute pas de ses bonnes intentions, mais franchement, je n’en peux plus. J’ai besoin de manger de la nourriture solide, de boire de la bière, et de dormir selon mes horaires.

Je m’abstiens de lui dire que j’envisage de brûler la collection de CD de Sally, qui les passe à fond dans le salon toute la journée. Ah oui, j’ai oublié de vous dire. Belle-maman a décidé de redécorer notre maison. Je ne pense que Nate et moi ayons notre mot à dire. Elle veut tout repeindre, changer les meubles, les tapisseries, les tapis, et elle passe tout son temps sur Internet à choisir notre nouveau cadre.

Je me dis qu’il sera plus rapide, à la fin du confinement, de déménager et de lui laisser la maison.

Sam a un sourire tranquille.

— Pourquoi ne pas lui dire toi-même ? me demande-t-il.

— Parce que je risque de m’énerver.

Sam me dévisage.

— Tu veux dire que tu pourrais devenir violent ? La frapper ?

Oui, je pourrais.

— Non, bien sûr. Mais je pourrais être grossier.

— Elle survivra.

Je comprends qu’il n’ira pas lui parler. Sam a bâti sa retraite tout en compromis. Il laisse Sally s’agiter à sa guise, tant qu’elle le laisse tranquille avec ses plantes. Il avale ce qu’elle met devant lui, mais garde des stocks de confiseries dans les poches de son tablier de jardinier.

Il a ses raisons, qui ne sont pas les miennes.

— Elle te teste, reprend Sam en coupant une fleur morte. Elle veut voir jusqu’où elle peut aller. Si tu n’y mets pas le holà, elle va te bouffer.

— Et Nate ?

— Nate a appris comment gérer sa mère. Ne le mêle pas à ça, s’il te plait. C’est de toi qu’il s’agit.

D’accord, belle-maman me teste. On va voir ça.

Je retourne dans mon bureau. J’ouvre mon armurerie personnelle. Je sélectionne plusieurs armes, dont un fusil à canon scié. Je prends une burette d’huile, un chiffon et plusieurs écouvillons. Je descends à la cuisine, et je pose le total sur la table, après avoir étalé une vieille nappe. Lorsque Sally arrive pour préparer le dîner, elle a un violent sursaut.

— Mon Dieu, mais qu’est-ce que tu fais ? s’écrie-elle.

Je glisse des balles dans le barillet d’un vieux Smith & Wesson, que j’enclenche avant de le faire tourner.

— Je nettoie mes armes. J’aime les armes, Sally, je ne te l’ai jamais dit ? Je suis un excellent tireur. Y compris sur cibles mouvantes. Un jour, j’ai dégommé un type qui courait en zigzag. Une balle en plein cœur, à vingt mètres.

Je raconte n’importe quoi. J’ai bien dégommé des types dans ma vie, je suis un bon tireur, mais je n’ai rien d’un psychopathe du flingue. Sally devient toute pâle.

— Tu as beaucoup d’armes ici ? demande-t-elle d’une toute petite voix.

— Je suis chef d’un des plus puissants gangs de Greenville, Sally. A ton avis ?

Jusqu’à maintenant, par amour pour Nate, j’ai toujours veillé à ce que mes beaux-parents ne me voient jamais armé, ou ne soupçonnent pas que je le suis, lors de nos rencontres. J’ai voulu donner une image aussi normale que possible à ma belle-famille, plutôt celle d’un gérant de boites de nuit que d’un gangster avec du sang sur les mains.

Je n’aurais pas dû.

Sally passe loin de la table. Dans son petit monde d’ancien agent immobilier, qui n’a jamais eu une arme en main de sa vie, je suis soudain déstabilisant. Elle a confié à Nate qu’elle trouvait « follement romantique » que je sois un gangster. Elle n’a jamais mesuré ce que cela voulait dire.

— Je vais attendre que tu aies fini.

— J’en ai pour un moment. Je vais te laisser un peu de place pour préparer le dîner. Ça me fera un peu de compagnie pendant que j’entretiens mes bébés.

Je vous jure que c’est la première fois que je parle ainsi de mes flingues. Mais Sally a un hoquet.

— Que vas-tu nous préparer de bon pour ce soir ? demandé-je. Je rêve de pâtes sauce bolognaise et de steaks bien juteux pour aller avec. Je monterais une bouteille de bon vin de la cave pour aller avec. Comme dessert, on pourrait manger un peu de glace, qu’en penses-tu ?

J’enclenche le chargeur d’un automatique. Sally sursaute.

— Je vais décongeler des steaks, dit-elle.

— Bien. Tu as des tomates en boite pour faire la sauce. Si tu veux, je peux t’aider.

— Non. Je vais le faire toute seule, bredouille-t-elle.

— Tu es sûre ? Après tout, tu es notre invitée, à Nate et moi.

Je suis à peu près aussi subtil qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine, mais ça marche. C’est notre maison. C’est chez nous. Elle n’est qu’une invitée, pas la douairière qui a le droit de tout régenter.

Sally prépare le dîner suivant mes recommandations.

— Naturellement, je comprends que tu veuilles manger des choses différentes, dis-je, conciliant. Cependant, Nate et moi avons nos petites habitudes de couple, notamment pour les repas. J’espère que ça ne t’ennuie pas ?

Je nettoie le canon de mon fusil. Sally ne perd pas un de mes gestes, ni mon grand sourire de taré.

— Du tout, gargouille-t-elle.

Je nettoie la table après avoir remonté mes armes, et je mets les assiettes. Nate hausse les sourcils en voyant le plat fumant sur la table, mais ne dit rien. Sally a préparé un peu de poisson pour elle et Sam. Avant qu’elle ait pu le servir, je mets une portion de viande et de sauce dans l’assiette de mon beau-père. Il n’est plus tout jeune, mais il est en excellente santé, et selon Nate, il n’a aucune pathologie qui le force à faire un régime. Il bave littéralement lorsqu’il voit le monceau de pâtes que j’ajoute et me lance un regard reconnaissant.

— Bon appétit, dis-je.

Sous la table, la main de Nate vient se poser sur mon entrejambe. Juste une petite caresse, qui promet une nuit torride.

Au jeu de celui qui pisse le plus loin, Sally marque zéro, tandis que je score full strike.

A suivre…

(Note : Sam et Sally, ça vous rappelle quelque chose ? Les « vieux » sauront. 😉 )

RENEGADES LOCKDOWN EPISODE 3 : #NATE

Lundi 15 mars 2020

Je me suis réveillé comme d’habitude à 7 h, et j’ai bugué un instant en réalisant que je n’avais pas de train à prendre pour aller bosser. Du coup, je me suis rendormi jusqu’à midi. Pax est déjà debout, en train de préparer le petit déjeuner. Ce week-end, nous sommes tombés d’accord sur le fait de renvoyer tout le personnel, des gardes du corps à la cuisinière, histoire que chacun puisse rester avec sa famille. Pax versera les salaires comme d’habitude. Ai-je dit que j’avais épousé un gangster avec du cœur, mais qui le cache soigneusement ?

Du coup, à quinze heures, on est en train de faire le ménage. On a fermé certaines pièces de la maison dont nous nous servons pas, et je passe l’aspirateur dans la chambre, la cuisine et le salon pendant que Pax astique les sanitaires. Je vous jure que la vision de mon mari avec des gants en caoutchouc et une éponge à la main me perturbe. Surtout qu’il est en caleçon, comme moi, parce que de toute façon nous allons transpirer et que ce n’est pas la peine de s’habiller pour se changer dans deux heures.

La maison est propre et nous couverts de sueur lorsque mon portable carillonne. En voyant le numéro de ma mère, j’ai un coup au cœur. Ils sont censés rentrer de voyage aujourd’hui. Est-ce qu’ils sont malades ?

La vision de mes vieux, debout dans la salon de notre maison, me rassure un peu. On se parle par Skype, et ma mère lève les sourcils.

— On vous dérange ? Vous étiez en train de faire l’amour, les garçons ?

Je manque de m’étrangler.

— Maman !

— Vous êtes nus et en sueur, me répond ma daronne.

Pax est plié en deux de rire.

— On faisait le ménage ! Et nous ne sommes pas nus. On porte un caleçon.

C’est limite si je n’incline pas le téléphone pour lui prouver ma bonne foi. Ma mère secoue la tête.

— Ce n’était pas un reproche, mon chéri. Ton père et moi faisons plus l’amour que d’habitude, tu sais.

C’est une information dont j’aurais pu me passer, merci maman.

— Votre vol s’est bien passé, Sally ? demande Pax, qui s’est remis de sa crise de fou rire.

— Tout le monde était très nerveux, et l’aéroport était bondé, soupire ma mère. Si nous n’avons pas attrapé le virus, nous aurons de la chance. Enfin, votre père et moi avions des masques et des gants, grâce au professeur Berstein, tu sais, le proctologue. On s’est retrouvés sur le même vol retour.

Ma mère me montre le masque qui pend autour de son cou. Cela me rassure un peu.

— Personne n’a toussé, et personne n’avait de température dans l’avion, poursuit ma mère. Mais la catastrophe nous attendait ici !

Je sursaute.

— Quelle catastrophe ? Tu tousses ? Papa ?

— Mais non, intervient mon père, qui se tient derrière ma daronne. Arrête de les affoler, Sally. C’est la plomberie. Il y a eu une rupture de canalisation pensant que nous étions absents, et tout le rez-de-chaussée est inondé. Nous n’avons plus d’eau, du coup.

Il fallait naturellement que cela arrive maintenant.

— On cherche un hôtel où allait passer quelques jours, continue mon père. Mais tout a l’air complet. On a contacté le plombier, il ne peut venir que dans une semaine. En attendant, on a tout ouvert et l’eau s’écoule.

Je soupire. Mes vieux sont dans la panade.

— Venez chez nous, dit brusquement Pax. Vous êtes les bienvenus.

Non.

Non, mon chéri, ne fais pas cela. Discrètement, je lui passe la main dans le dos, et il a un léger sursaut, vite maitrisé. Il me regarde d’un air interrogateur.

— Merci, mon chéri ! s’exclame ma mère. Tu es un ange ! On reprend les valises et on arrive.

— Vous êtes sûrs qu’on ne va pas vous déranger ? demande mon vieux d’un air inquiet.

— Pas du tout. Il y a largement la place, assure Pax qui repousse discrètement ma main. On vous attend.

— Nous serons là dans deux heures, assure ma mère. Merci encore !

Pax coupe la communication.

— Qu’est-ce qui se passe ? demande-t-il. Pourquoi tu m’as pincé ? Tu ne veux quand même pas que tes vieux restent dans une baraque inondée et sans eau courante ?

— Non, bien sûr que non, assuré-je. Et c’est vraiment généreux de ta part de les accueillir chez nous, mon chéri.

— C’est normal, grogne Pax qui a horreur qu’on lui dise qu’il est un type bien. Quel est le problème, alors ?

Je pousse un grand soupir.

— Le problème, c’est ma mère, lâché-je.

Pax se met à rire.

— Allons, Sally est charmante.

Si seulement il savait. Je ne sais pas comment lui dire qu’il vient de signer pour l’enfer. Que la vie avec ma mère est tout, sauf charmante. Que mon père lui-même se planque dans le jardin toute la journée pour lui échapper lorsqu’ils sont à la maison. Il a fait construire une serre uniquement pour avoir un peu de paix en hiver. Même s’il adore le jardinage, qu’il a découvert avec la retraite, il aurait pu passer les mois froids dans son bureau, à lire ou regarder la télé. Il préfère s’isoler.

— Ma mère va vouloir tout régenter, dis-je. Tu te rappelles notre mariage ?

— C’est le rôle d’une mère de vouloir organiser le mariage de son fils, répond-il en haussant les épaules. De toute façon, au final, on a fait comme on voulait.

— Et ma mère nous en a voulu, lui rappelé-je.

— Je n’ai pas eu cette impression.

— Parce qu’avec toi, elle n’ose pas. Mine de rien, tu es encore le bad boy qui a épousé son fils, elle a un peu peur de toi.

Pax éclate de rire.

— Tu dis n’importe quoi ! Je doute que ta mère ait peur de qui que ce soit. De toute façon, que veux-tu qu’elle organise ici ? Ce n’est pas comme si nous allions organiser des soirées.

— Elle va vouloir régenter la cuisine, déjà, et décider ce que nous devons manger.

— Vu que nous n’avons plus de cuisinière, et que je sais à peine me faire cuire des pâtes, je veux bien que quelqu’un nous aide.

— J’espère que tu aimes les crudités, les fruits et le riz vapeur, mon chéri, dis-je. Et le poisson vapeur. Et tu peux dire adieu à ton bourbon du soir. Je ne parle même pas de ta bière de fin d’après-midi. Ma mère est au régime depuis qu’elle a vingt ans.

Je vois le visage de mon mari se décomposer. Il n’est pas du genre à faire un régime. Il est plutôt du genre à manger des steaks épais comme ma main, avec des pâtes sauce tomate, et quelques haricots verts au bord de l’assiette pour décorer. Et il fait passer le tout avec de la bière avant de manger un dessert lacté.

— Ta mère mangera ce qu’elle voudra, grommelle-t-il. De toute façon, j’ai décidé de suivre l’exemple de Gabe et Joaquin. Je vais faire livrer de la bouffe en conserve, des surgelés et des pâtes. Je ne veux plus voir quiconque franchir le seuil de cette maison dès que tes parents seront là et que le plein sera fait.

— Elle va te mettre la misère, préviens-je.

— Elle peut essayer. Ecoute, Nate, peut-être que ta mère a encore de l’autorité sur toi, et c’est tout naturel. Tu as vu comment la mienne a réagi pour le confinement ? Je lui ai obéi.

— Je croyais que c’était parce que tu pensais qu’elle avait raison.

Pax renifle.

— En fait, c’est surtout parce qu’elle est capable de m’envoyer dans ma chambre sans dîner si je ne lui obéis pas. Et je suis capable de le faire. C’est ma daronne, mec.

— Voilà. Tu as tout compris. C’est ta daronne. Et tu viens d’inviter la mienne à rester avec nous pour une durée indéterminée. Dans huit jours, tu seras à bout de nerfs. Et nous avons des armes à la maison. Sans compter que tu sais faire disparaitre un corps.

Pax me regarde d’un drôle d’air.

— C’est à ce point ? demande-t-il.

— C’est pire. Tu aimes Barbra Streisand et Céline Dion ?

— Pas spécialement, non.

— Dans une semaine, tu les détesteras. Ma mère les passe en boucle. Ah, ça me fait penser, il faut fermer le salon du premier.

— Pourquoi ? Au contraire, ça ferait une pièce privée pour tes vieux, s’étonne mon mari, encore naïf.

— Il y a un piano. Ma mère joue du piano. Et elle chante.

Cette fois, Pax comprend la catastrophe qui vient de s’abattre sur nos têtes.

— Je vais fermer le salon à clé, et jeter la clé, annonce-t-il. Ce salon n’existe plus. Il n’a jamais existé.

J’espère que cette mesure suffira. Connaissant ma mère, j’en doute.

A suivre…

EPISODE 2 #JOAQUIN

Gabe en plein effort de reception des commandes…

Vendredi 13 mars 2020

Je dois reconnaître que Pax vient de me foutre les jetons. Je connais le boss depuis des années. Il sait prendre des risques quand beaucoup de caïds reculeraient. Le voir tout fermer d’un coup me stresse. J’appelle tout le monde, j’envoie des mails et des sms en copie pour informer le personnel que les Blue Lounge de New York resteront fermés jusqu’à nouvel ordre. Je reçois pas mal de réponses en mode « nan, mais faut pas panique comme ça » et j’envoie tout le monde sur les sites de news italiens anglophones. Je préviens aussi certains de nos associés de l’ombre que ce n’est pas la peine de venir pour la roulette ou les combats.

J’ai droit à des injures et des menaces de mort, rien que ça, parce que ces messieurs ont parié, parce que ces messieurs veulent leur dose de roulette et de frissons. Je leur affirme que tous les paris seront remboursés et ça les calme un peu.

Bon sang, gérer un business illégal en temps de crise n’est pas une sinécure, je vous le dis. Je me prends une volée de messages me traitant de fiotte (j’en suis une, fièrement), de petite bite (non, je peux t’envoyer une photo à côté d’un double décimètre pour le prouver), et pas mal d’autres amabilités. Je note, je note. Les comptes se règlement quand on sera sortis de la zone rouge.

J’entends des voix dans le hall de notre petit nid d’amour. On a sonné une bonne demi-douzaine de fois et Gabe s’est précipité en me criant qu’il s’en occupait. Mais qu’est-ce qu’il fout, ce petit con ? S’il faut vraiment se confiner, ça veut dire ne pas être en contact avec les autres, non ? Il a refusé d’aller en cours ce matin pour éviter l’amphi blindé, selon lui, de virus, et c’est pour recevoir du monde ?

— Merci, et bonne journée, dit l’homme de ma vie en tendant une enveloppe à un livreur.

La porte claque et Gabe m’adresse un grand sourire.

— C’était la dernière livraison, on a tout.

Je ne trouve pas les mots. Nous avons un grand appartement, grand comme un appart’ de gens friqués à New York. Par conséquent, nous avons un grand hall, et comme on a emménagé il n’y a pas si longtemps, nous n’avons pas encore eu le temps de le meubler d’autre chose que d’une commode, d’un porte-manteau, et d’une lampe.

Tout a été repoussé dans un angle. Le reste du sol disparait sous des cartons et des cartons et encore des cartons de… trucs. Des packs d’eau, des packs de bière, des packs de lait et de lait végétal. Et surtout des packs de Coca. Gabe est accro à cette boisson. Il essaie de s’en sevrer, mais il en boit encore un demi-litre par jour au minimum. Si je compte le nombre de packs, avec les cartons de canettes, que je multiplie par dix ou vingt, et que j’ajoute l’âge du capitaine, avant de diviser par deux pour le demi-litre… Gabe a de quoi tenir pendant trois mois.

Et je ne parle pas des stocks de denrées alimentaires variées, depuis des bonbons (sérieusement, à son âge ?) jusqu’à de la farine (aux dernières nouvelles, aucun de nous ne sait faire de la pâtisserie). Il y a même des produits d’entretien.

— Tu es tombé sur la tête ? demandé-je. Que va-t-on faire de tout cela ?

Mon amant hausse les épaules, ce qui fait danser ses cheveux blonds sur ses épaules.

— Ben, on va le stocker et le consommer. A partir de maintenant, on ferme la porte et on ne sort plus.

— Tu n’es pas sérieux ? fais-je. On ne peut pas rester enfermé trois mois. 

— Si, on peut. On a un grand balcon. Ah, pendant que tu dormais, j’ai fait livrer un tapis de courses et un vélo, et aussi des appareils de musculation.

OK. Il est devenu dingue.

— Gabe, mon chéri, dis-je en l’enlaçant, il y a un virus dehors, je suis d’accord. Pax vient de m’ordonner de fermer les clubs, ce que je viens de faire. On évite les contacts, d’accord. Mais. On ne va pas rester ici pendant trois mois sans sortir et faire les courses.

— C’est pourtant le principe du confinement. Ecoute, je sais que ça peut te paraître excessif, mais j’en ai parlé avec mon père.

Aïe. Le père de Gabe, le juge Mitchell, est du genre à avoir deux fusils de chasse chez lui pour se protéger alors qu’il ne sait pas s’en servir.

— Et que t’a dit ce bon juge ? demandé-je en essayant de contenir l’ironie dans ma voix.

— Que ça allait durer longtemps, répond Gabe. Il a fait des courses lui aussi, et il a bien l’intention de ne plus sortir. Je pense qu’il a raison, tu sais. Mon grand-père maternel était un survivaliste, il m’a appris plein de choses quand j’étais môme. Bon, je pensais que c’était un vieux con qui délirait, mais j’ai quand même retenu un truc ou deux.

— C’est quoi la prochaine étape ? On s’arme et on monte la garde ? demandé-je en désignant la porte de notre appartement.

— Pas besoin de s’armer avec l’armurerie que tu planques dans ton bureau, rigole Gabe. Et nous avons une porte blindée.

Mais c’est qu’il est sérieux. Je vais lui interdire de regarder The Walking Dead, ça lui met la cervelle à l’envers.

— Gabe, soupiré-je. Les autorités vont prendre les choses en main.

Mon blondinet préféré se met à rigoler.

— Avec le président qu’on a ? Tu rigoles. De toute façon, mon grand-père disait qu’en cas de catastrophe, mieux valait ne compter que sur soi. Les puissants sont les premiers à se terrer ou à fuir.

Il n’a pas tort.

Je fais le tour des cartons de victuailles. Dans un coin, il y a une montagne de papier toilette.

— Ça donne la diarrhée, ce truc ? demandé-je.

— Dans certains cas. Mais bon, tout le monde se précipite sur le papier toilette, alors j’ai pris mes précautions.

Je fais un rapide comptage.

— On a… oh, bordel, on a 120 rouleaux ! A un rouleau par jour pour deux, ce qui est déjà énorme, on tient quatre mois.

— Oui, et bien quand tu auras une gastro, tu seras content que j’aie vu large.

J’ouvre un autre carton et j’éclate de rire. C’est du lubrifiant. Un plein carton de lubrifiant.

— On va s’ennuyer un peu, sourit Gabe.

Je suis partant. Ce serait con de tomber en rade de lubrifiant au 99ème jour de confinement.

J’ouvre un autre carton, et mon amoureux se précipite.

— Tu ne vas pas tout inspecter !

Je le ceinture d’un bras et je prends un grand flacon dans le carton, qui en est rempli. C’est de l’après-shampoing, d’une marque bio, spécial cheveux blonds et spécial cheveux longs.

Gabe utilise de l’après-shampoing ? Et il y a un autre carton rempli d’un soin pour les cheveux. Il fait des masques capillaires ?

— Tu as des cheveux magnifiques, dis-je d’un ton étonné. A quoi ça va te servir ?

Il soupire.

— Tu crois que je les obtiens comment, ces cheveux magnifiques ? Par l’intervention divine ?

— Autrement dit, dis-je en passant la main dans ses boucles blondes, tu triches ?

— Non, je ne triche pas ! proteste-t-il d’un ton boudeur. Je mets en valeur ce que la nature m’a donné.

— Tu triches, le taquiné-je.

Gabe se dégage et ouvre un dernier petit carton. Il en sort un petit pot de crème.

— Parce que tu ne triches pas, vieil homme ? Je sais que tu te tartines de crème antirides tous les soirs. Je la sens sur toi.

Touché. Je vis avec un mec qui a dix ans de moins que moi, il est normal que je m’entretienne pour ne pas vieillir prématurément.

— Si on reste confiné assez longtemps, tu en auras besoin aussi, le taquiné-je.

Il ouvre de grands yeux.

— Ne parle pas de malheur. De toute façon, le grand avantage du confinement, c’est qu’on n’aura pas à se raser et à s’habiller.

Je lui tape sur les fesses.

— Okay, on va établir quelques règles. Tu peux te balader à poil si tu veux, je t’y encourage même, mais tu es prié de rester propre, rasé de près et les cheveux plein « d’éclats de soleil », dis-je en lisant la pub sur le flacon de soin.

Pour toute réponse, Gabe me tire la langue. Puis il fait passer son tee-shirt par-dessus sa tête.

— Qu’est-ce que tu fais ? demandé-je.

— Je me mets en tenue de confinement.

A suivre…

RENEGADES LOCKDOWN : PAX

EPISODE 1

Vendredi 13 mars 2020

— Tu vas me faire le plaisir de fermer le Blue Lounge et d’aller confiner ton petit cul dans ta villa avec ton mari, Paxton Bruce Hunter !

Quand ta daronne commence à t’appeler par ton nom entier, ça veut dire que ça chauffe pour toi. Je me retiens de soupirer dans mon smartphone, ma mère l’entendrait. Je tente un lamentable et pathétique,

— Mais, maman, le président a dit que…

— Et depuis quand tu écoutes ce connard, bordel ? s’écrie Linda Hunter, ma merveilleuse mère. On est allé à l’hôpital ce matin pour le check-up de ton père, et j’ai parlé avec des infirmières. C’est une pandémie. Il va y avoir des morts.

— Je comprends que tu t’inquiètes pour papa, avec son cœur, réussis-je à placer.

— Tu es concerné aussi, espèce de petit branleur ! Il y a de plus en plus de cas graves parmi les jeunes. Des types de 30 ans sont en train de mourir ! Alors tu fermes le Blue Lounge et tu rentres chez toi !

— M’man, le week-end représente notre plus gros chiffre d’affaire, plaidé-je, et je ne te parle pas du reste.

Mes autres activités se passent aussi le week-end. Entre la salle de jeux et les combats MMA qui vont se dérouler samedi et dimanche, on va se faire un paquet de thunes.

— Mais que tu es con !

J’en reste sans voix. Ma mère m’a traité de bien des choses depuis que je suis né, mais con n’en a jamais fait partie.

— Merci, dis-je, vexé.

Ma mère soupire fort.

— Ton club et ses annexes sont un véritable bouillon de culture. Des centaines de gens vont venir, certains sont infectés sans le savoir. Ils vont contaminer les autres. Tiens, ils peuvent contaminer le maire, à son âge, ce ne serait pas bon. Ils peuvent te contaminer et tu peux tomber malade.

Mouais, je veux bien pour le maire, parce que ce bon vieux Hughes n’est plus tout jeune, mais je viens tout juste de passer les trente ans, je pète la forme, alors je ne suis pas inquiet.

Peut-être que je le devrais. Ma mère n’est pas du genre à paniquer pour rien. En septembre 2001, elle est restée d’un calme olympien pendant que ça partait en couilles autour de nous. Elle a affronté la perte de notre maison en 2008 avec ce même calme et nous a guidés durant la crise. Pourtant, là, j’entends la peur dans sa voix, et c’est bien la première fois. Même lorsque mon père a fait sa crise cardiaque, elle a mieux réagi.

— M’man, tu crois vraiment que c’est grave ? demandé-je d’une toute petite voix.

— Oui. Regarde en Chine et en Italie. Les gens meurent. La seule solution, c’est de se confiner. Mieux vaut perdre de l’argent que la vie, Pax, mon chéri.

Son ton soudain tout tendre me fait encore plus peur que ses vociférations mettant en doute mon intelligence. Je me rappelle ce que m’a dit Nate ce matin, avant de partir au bureau, que les gens commençaient à quitter la ville. Son boss envisage de fermer le cabinet d’avocats et de mettre tout le monde au chômage technique.

J’ai vu pas mal de films catastrophes quand j’étais ado, et je me suis toujours dit que je ne serais pas le connard qui attend le dernier moment pour s’enfuir ou pour se planquer. Sauf que pour bien réagir, il faut être conscient qu’on est en danger. Jusqu’à cet instant précis, j’étais encore en mode « bof, le virus touche les vieux et les malades, je ne suis ni l’un ni l’autre, donc business as usual ».

— OK, m’man, je ferme le club et le reste. Et je vais dire à Nate qu’il ne va pas travailler lundi. Tant pis s’il se fait virer.

— Tu prends la bonne décision. Pense à faire des courses, mais utilise les services de livraison, ne va pas dans les magasins.

Je lui promets tout cela, et plus encore, et je raccroche après lui avoir dit que je l’embrasse. Je texte à Nate, qui est à New York, de rentrer par le premier train. Il me répond qu’il est en train de fermer son bureau, parce que son boss a décidé de boucler le cabinet en début d’après-midi. Je pense à Nate qui va se taper tout le trajet en train, avec des tas de gens potentiellement infecté, et je prends peur.

— Loue une voiture, dis-je. Et dis-moi quand tu seras à la maison. Et lave-toi les mains.

Je reste un moment debout devant mon beau bureau, le visage dans les mains, ce qui n’est pas prudent. Je passe dans ma salle de bains privée et je me nettoie les mains. Je désinfecte mon smartphone. Je me demande comment avertir tout le monde que le club ne va pas ouvrir.

Je panique.

C’est indigne d’un chef de gang. Je suis censé montrer l’exemple. Je pense un instant convoquer tout le monde pour une réunion d’urgence, et je me rends compte à quel point c’est dangereux. Je préfère envoyer un email à tout le monde, expliquant que le club ferme, que les annexes ferment, et que tout le monde doit rentrer chez soi et ne plus en sortir. Je double d’un sms pour les employés qui ne penseraient pas à vérifier leur mail. Je reçois illico un appel de Joaquin, mon second, qui est désormais en poste à New York pour gérer les deux Blue Lounge que nous y avons ouverts.

— C’est quoi ce délire ? me demande-t-il. Tu fermes la veille d’un week-end ?

— Tu es au courant qu’il y a une pandémie ? rétorqué-je.

— Ouais, j’ai entendu, rigole-t-il. Panique pas, Hunter, on dirait Gabe. Il a refusé d’aller en cours ce matin, il est en train de réceptionner des commandes de bouffe. On va avoir de quoi tenir pendant un mois avec qu’il a pris. Et je ne te parle même pas du papier cul.

Il est mort de rire, l’enfoiré.

— Tu es où ?

— Chez moi, j’allais partir.

— Ne va pas au club. Emaile tout tes employés. On ferme tout. On passe en lockdown.

Il y a un silence.

— Tu es sérieux ? finit-il par lâcher.

— Je suis sérieux. Ma daronne m’a appelée. Elle a la trouille.

— Linda a la trouille ?

Joaquin réagit de la même façon que moi. On est de grands garçons tous les deux, mais si ma mère et celle qui est quasiment devenue la mère adoptive de Joaquin panique, alors ça veut dire qu’on est dans la merde.

— Elle m’a suppliée de fermer le club. De rentre me confiner. J’obéis. Fais-en autant. Ecoute ton mec.

— OK, dit finalement Joaquin. Je boucle tout. On va se confiner dans notre appartement.

Leur appartement est un loft où tu peux faire du roller tellement c’est grand. Ça va, ils ne seront pas l’un sur l’autre. Ou peut-être que si, mais uniquement parce que ce sont des baiseurs invétérés.

— On se tiens au courant, mec, dis-je. Prend soin de toi, okay ?

— Prend soin de toi aussi, Hunter.

Merde, on ne s’est jamais dit ça. On se comporte comme si on partait à la guerre.

D’accord, j’ai la trouille.

Je mets ma veste, je prends mes affaires, je fourre tout mon bordel dans un sac à dos, parce que j’ai l’impression que je ne vais pas revenir avant un moment, et je sors. Je croise des employés qui m’interpellent.

— Rentrez chez vous, dis-je.

Je me retrouve dans la salle principale du Blue Lounge, où tout le monde s’est réuni. Autrement dit, j’ai provoqué bien malgré moi ce que je voulais éviter, une réunion.

— Bon, les mecs, dis-je en m’asseyant sur le bar, sous le regard courroucé de Sam, parce que c’est interdit. C’est la merde. Ce virus est dangereux pour tout le monde, y compris les gens jeunes et en bonne santé. Donc, on ferme. On rentre tous chez nous. Vous n’avez rien à craindre pour vos salaires, ils vont seront versés en temps et en heure. Je vous le garantis personnellement.

— Mais c’est vraiment sérieux ? demande Sam, qui se met à ranger les bouteilles.

Je soupire. Et je me décide à leur dire la vérité.

— J’ai reçu un appel de ma daronne. Vous la connaissez, elle n’est pas du genre à crier aux petits pois pour rien. Elle était paniquée. C’est elle qui m’a dit de tout fermer. Et vous savez quoi, les gars ? Je vais obéir à ma maman. Rentrez tous chez vous et restez-y. Et pas de poignée de mains ou de bises. On reste loin les uns des autres.

Mon discours jette un froid. Puis tout le monde se disperse. Je fais le tour du club, après avoir mis mes gants en cuir, sans vraiment savoir s’ils vont me protéger. Je verrouille tout, j’enclenche les alarmes, je vérifie qu’il ne reste personne. Je contacte le community manager du Blue Lounge pour lui demander de faire passer le message sur le site et les réseaux sociaux.

Ladies and gentlemen, on ferme. Rentrez chez mémé et restez-y.

Je retrouve Maddox sur le parking. Il va pour me ramener à la maison, mais je lui fais signe de rester loin.

— Rentrez chez toi, et restes-y, dis-je. Je peux conduite jusqu’à la maison.

— Oui, boss.

Il ne pose pas de questions. C’est un ancien militaire, il a appris à obéir. Je grimpe dans ma caisse et je démarre.

Et je tombe sur des embouteillages complètement inhabituels à cette heure de la journée, même un vendredi. Je profite de longues pauses à l’arrêt pour passer une commande au supermarché. L’appli bugue. Certains produits ne sont déjà plus disponibles. C’est quoi ce bordel ?

J’arrive à la maison après avoir poireauté pendant plus de trois heures dans les embouteillages. Nate ne doit pas être encore rentré. J’ai mis la radio, ça ne parle que de bouchons sur des kilomètres. J’entends soudain un vrombissement au dessus de la villa et je lève les yeux. Un hélicoptère est en train de se poser sur la pelouse toute neuve de notre parc. C’est quoi ce bordel ?

Nate descend de l’engin, court vers moi, s’arrête à deux mètres.

— Il y avait trop de bouchons, j’ai pris un hélicoptère. Tu as de la thune ? J’ai promis du liquide au pilote.

Nate, dans toute sa splendeur. J’éclate de rire.

A SUIVRE…

OUTLAWS DEVIENT OUTSIDERS

J’ai parlé dans mon dernier post de ma nouvelle série de romance MM, OUTLAWS. Mais après avoir écrit une bonne partie du tome 1, MARKUS, je me suis rendue compte que le titre général ne convenait pas. D’accord, c’est une série sur les bikers, et ils ont des activités un peu illégales (voire même beaucoup). Mais vous avez déjà lu, et moi aussi, ce genre de série sur des bikers qui trafiquent ici et là, et ce n’est pas ce que j’ai envie d’écrire.


undefined

Au fur et à mesure que je développe MARKUS, je m’aperçois que mes personnages principaux sont plutôt des Outsiders, des hommes qui sont toujours un peu à l’écart des autres. Ce ne sont pas des asociaux, Markus fait partie d’un gang de bikers et il aime cette famille qu’il a trouvée au hasard de la vie. Mais il n’a pas forcément les mêmes rêves qu’eux. Ses aspirations sont différentes, et c’est pourquoi il se sent toujours un peu en décalage, à l’écart de ses meilleurs amis et frères de bécane.

Donc, Outlaws devient OUTSIDERS. Si l’inspiration est là, trois tomes sont prévus, et vous rencontrerez certains personnages des tomes 2 et 3 dès le tome 1. Ce sera à vous de deviner lesquels ! Alors que les Renegades mettaient en scène des gangsters urbains, entre la ville imaginaire de Greenville (New Jersey) et New York, OUTLAWS a pour cadre le sud-ouest des USA, avec ses grands espaces désertiques et ses paysages grandioses.

undefined

C’est difficile à écrire pour moi, oiseau des villes, uniquement heureuse au milieu de l’agitation de la ville. C’est aussi pour cela que j’aime écrire, pour me glisser dans la peau de personnages qui ont des goûts différents des miens. Parfois, je me surprends moi-même à me dire « tiens, il faudrait que j’essaie cela, ça pourrait me plaire » lorsque j’attribue un hobby à un personnage. Par contre, dans ce cas précis, pas de risque que je change d’avis sur l’opposition ville/campagne, même avec de grands espaces. J’ai un peu trop vécu dans une petite ville proche de la campagne pour ne pas avoir eu ma dose pour le reste de ma vie ! Et puis je serais trop malheureuse loin des librairies.

J’ai eu un mois de janvier cahotique, j’ai donc un peu de retard sur mes dates de publication initialement prévues. Au mieux, OUTSIDERS : MARKUS sortira à la toute fin du mois de février, au maximum, il sera publié en mars. Mon illustratrice est déjà en train de travailler sur la couverture. Il est étrange comme dès que je lui ai parlé de bikers et de grands espaces, elle a aussitôt été très enthousiaste pour rechercher des photos et penser au graphisme d’une nouvelle série.

En attendant, je vous propose un concours sur ma page Facebook pour gagner les trois volumes des RENEGADES en version papier et dédicacés, histoire de patienter en attendant Markus et ses amis. Et je vais aussi publier, pour la première fois sous forme de recueil, toutes les nouvelles MM que j’ai écrites entre 2014 et 2018. Si vous vous souvenez de Pris au piège, Fouille au corps et la série des prisons écrites sous le pseudo de Julia Morgan, vous aurez la possibilité d’avoir toutes ces histoires en un seul volume, avec un texte revu et corrigé par une pro de la correction. Et une nouvelle couverture. Hot, la couverture. Le titre est en débat entre les lectrices, j’ai créé un sondage pour que vous le choisissiez.

Je vous en reparle plus longuement dans un prochain post.

Un début d’année chaotique

Dans les derniers jours de 2019, tu te dis que ça va roxxer grave en 2020, que tu vas tout déchirer, écrire trois romans en même temps, et aussi faire ceci et cela, et devenir la Wonder Woman qui sommeille en toi. Et puis… tu te plantes.

J’ai peut-être trop voulu en faire. Ou j’ai simplement sous-estimé, comme d’habitude, les délais nécessaires à la réalisation de mes projets. Non, je n’arrive pas à écrire 5K1D là maintenant, non, je n’arrive pas à écrire tous les jours. Donc, pour publier un roman par mois, je repasserai. C’est dans mes projets pour 2020, mais ce ne sera pas pour janvier.

J’ai terminé l’écriture de Chastity Houston 3, conclusion de ma première série d’urban fantasy sur une sorcière qui découvre brusquement ses pouvoirs le jour où sa BFF se fait trucider par un monstre. Et puis il y a un beau fantôme aussi. Mais je n’ai toujours pas corrigé ce texte, ce qui fait que je ne peux pas encore l’envoyer à ma correctrice.

J’ai voulu reprendre un roman écrit il y a quatre ans, un polar MM qui était censé être le premier d’une série. J’avais pris beaucoup de plaisir à écrire cette histoire… il y a quatre ans. En le reprenant pour le corriger, j’ai découvert que trop de temps s’était écoulé et que ni mon style ni ma façon d’écrire ne correspondaient plus à mon texte d’alors. Pire, je n’étais plus attachée à mes personnages. Au bout d’une semaine de corrections sans conviction, j’ai fini par comprendre que c’était un combat perdu d’avance et j’ai jeté l’éponge. Ce n’est pas grave, ce n’est pas la fin du monde, ça m’est déjà arrivé. Mais j’ai perdu une bonne semaine dessus. Semaine que j’aurais pu passer à corriger Chastity 3, je dis ça, je dis rien.

Finalement, j’ai décidé de me lancer dans l’écriture d’un autre MM, le premier tome d’une série appelée Outlaws. Je vous en reparlerai dans un prochain post. Mais même en mettant la surmultipliée, ce texte ne sera pas prêt avant fin février, le temps que je l’écrive et que Sophie le corrige. Et je vais corriger, en même temps, Chastity 3.

Et là, vous allez me demander, parce que je sens que la question vous brûle les lèvres, mais que m’arrive-t-il ?

L’âge, ma brave dame. J’ai un peu hésité à vous en parler, et puis je me suis dit que je préférais être totalement transparente sur ce blog plutôt que de me la jouer mystérieuse. J’ai fêté mon demi-siècle en avril dernier et j’arrive dans cette période de la vie qu’on appelle la ménopause, précédée, je te le donne entre mille, de la préménopause. Je te laisse, lectrice curieuse, aller googler ce mot. Si tu n’es pas encore concernée, profites. Sinon, tu sais de quoi je vais parler.

Outre les bouffées de chaleurs, pas sympas mais gérables, la préménopause s’accompagne d’insomnies, de dépression, de grosse fatigue et de sautes d’humeurs (ne rien rayer dans cette liste, c’est un packaging). J’ai coché toutes les cases ces derniers temps, avec mention spéciale pour la dépression ce mois-ci. C’est génial, ça te transforme une femme qui a plein de projets en une créature de la branche des limaces qui doit déjà trouver le courage de sortir de son lit pour aller promener les chiens. Inutile de te dire, lectrice, que l’écriture n’est pas ton premier souci à ce moment-là. Tu vas mal, tu te sens mal, tu n’as qu’une envie, c’est de retourner sous ta couette en attendant que ça passe. J’ai fait le choix, pour l’instant, de ne pas prendre d’hormones. J’ai commencé les compléments alimentaires. Je croise les doigts.

Hier, j’étais au fond du trou (depuis une bonne semaine). Aujourd’hui, ça va mieux. J’ai réussi à me lever et à écrire. Et même à passer l’aspirateur et lancer une machine. C’est te dire mon level de bien-être. Je vais en profiter pendant que ça dure.

Quelle année !

2019 a été l’année de tous les challenges pour moi. J’ai continué un mouvement déjà entamé en 2018, à savoir une professionalisation intensive. J’ai commencé à m’auto-publier en 2014 (j’ai hésité sur la date tellement ça me parait loin) et j’ai tout de suite rencontré un public, ce qui m’a encouragée à poursuivre. Cependant, c’est seulement en 2018 que j’ai commencé à passer à la vitesse supérieure, en faisant appel par exemple à une graphiste pour créer mes couvertures (la wonderful Francesca Wingfield, de Francesca PR & Design, avec qui je travaille toujours). En 2019, j’ai franchi une étape importante en embauchant une correctrice, Sophie, avec qui j’ai travaillé sur les Renegades (Pax, Joaquin, Colt) et Love 4 Real. Auparavant, c’était une amie, Val, une éditrice pro, qui me corrigeait mes textes. J’ai aussi commencé à faire de la pub sur FB, avec des petits encarts créés par Francesca, mêlant image et catch phrases, ainsi que des extraits. A chaque étape, je vous ai vu, ma communauté de lectrices et lecteurs, répondre favorablement et cela m’a vraiment encouragée à continuer.

2019 a aussi été l’année où je me suis lancée dans l’urban fantasy, un de mes genres favoris. Sans C.C. Mahon, autrice de la série Las Vegas Paranormale et amie extraordinaire, je n’aurais pas osé franchir le pas. Et ça a marché ! De nouvelles lectrices et lecteurs ont suivi les aventures de Chastity Houston, ma petite sorcière qui découvre ses pouvoirs alors qu’elle est adulte en étant confrontée au meurtre de sa meilleure amie et à un beau fantôme cuvée 1925. Pour les couvertures, sur les conseils de CC, j’ai fait appel à Melody Simmons, une pro du genre.

Et maintenant ?

2020 va commencer avec le troisième et dernier volume de Chastity Houston, dont je vous dévoilerai bientôt le titre. La couverture est déjà faite. Toute la série va connaître une nouvelle édition. Même si le premier tome a été accueilli avec force commentaires enthousiastes, certaines blogueuses à qui j’ai soumis mon texte ont pointé de petits soucis, comme une cadence trop rapide pour les évènements, et des problèmes de mots oubliés. Je suis en train de retravailler sur ce tome 1, en ajoutant quelques chapitres, et une nouvelle correctrice, Khéméia, l’a relu et corrigé. Elle travaille actuellement sur le T2 et corrigera le T3 lorsque j’aurais fini de l’écrire.

Pour toutes celles et tous ceux qui ont acheté les deux premiers volumes en numérique, il vous suffira de mettre votre copie à jour en demandant une update à Kindle. Ne vous précipitez pas, le texte corrigé n’est pas encore en ligne. Je vous ferais une annonce lorsqu’il le sera. J’espère publier Chastity Houston T3 en janvier, mais s’il le faut, je préfèrerai retarder la mise en ligne pour vous offrir le texte le plus parfait possible.

Quant à la suite, je vous donne rendez-vous dans un prochain post pour la connaître. Spoiler : 2020 sera l’année de tous les défis en nombre de livres publiés, de qualité de texte et de nouveaux univers !

Bienvenue sur mon blog

Je crois que je viens de poser le titre le plus original de tous les temps. Bienvenue sur mon blog. Wow. Bravo, girl, tu déchires, surtout pour une autrice.

Bon, on s’en fiche. L’important, c’est que vous soyez là. Ce blog est ma troisième (?) tentative et j’espère la bonne. J’ai choisi WordPress parce que tout le monde et son meilleur ami affirme que c’est zeh place to be et que pour une fois, je vais suivre la mode. Je vous rassure, c’est juste pour cette fois. Sinon, je fais à mon idée, comme toujours. 

Je me présente, je m’appelle… zut, j’allais dire Henri, mais on sent la fille née il y a très longtemps, les djeunz lectrices n’auront pas la référence, et de toute façon, je ne m’appelle pas Henri, mais Lily. Et là, vous vous dites, what meuf ? Lily ? Oui, c’est mon vrai prénom. J’écris sous les noms de Victoria Lace pour la romance MM et sous celui de Chris Mallory pour tout ce qui est urban fantasy et SFFF en général (science-fiction, fantasy, fantastique). Je publie respectivement les séries Renegades (des bad boys qui tombent amoureux) et Chastity Houston (une sorcière qui débute et poutre des démons). 

Du coup, pour ce blog, j’ai choisi Mallory & Lace, un peu comme une série avec deux héros. Je trouve que ça claque comme nom de site et nom de compte sur les réseaux sociaux. Je te mets d’ailleurs les liens où tu peux me trouver quelque part sur ce blog, dans une colonne probablement, mais je suis loin de maitriser WordPress, appelée aussi l’usine à gaz par une collègue, donc je te laisse fouiller. Je vais travailler peu à peu à rendre ce site et ce blog conviviaux, facile à naviguer, avec de jolies couleurs et tout, mais pour l’instant, je me concentre sur le contenu, à savoir les articles. 

Je pense poster toutes les semaines, il faut que je vois ça avec les applis qui gèrent ces choses-là, parce que moi et les calendriers, ça fait deux. Genre, ce matin, je me suis dis tiens, dans dix jours c’est Noël, en mode grosse surprise, il faudrait peut-être décorer la maison, penser à un menu et acheter des cadeaux pour les chiens et chats et le lapin de la maison. 

Oui, j’ai beaucoup d’animaux. Ils sont ma famille. Je te mettrais des photos à l’occasion, s’ils veulent bien cesser de bouger cinq minutes pour que ça focus correctement. Je crois que je n’ai pas une seule photo de mon lapin qui ne soit pas floue. 

Ah, au cas où tu ne l’aurais pas encore compris, pauvre lectrice-lecteur qui s’aventure sur ce blog, je suis une incorrigible bavarde.