Quand Morning Routine rime avec Muffin

Pendant longtemps, je n’ai eu qu’une seule morning routine. Tu la connais aussi. Celle qui consiste à se réveiller en sursaut lorsque l’alarme sonne, parce que tu dormais d’un sommeil profond et que tu es encore fatiguée. La faute à la série Netflix que tu as bingewatchée jusqu’à pas d’heure la veille. Tu te rallonges en mettant le snooze, tu te rendors vaguement, pour te réveiller en sursaut à nouveau et te lever dix minutes après l’heure limite pour te préparer sans être en retard. Tu te rues à la salle de bain pour te réveiller un peu. Tu évites de croiser ta tête de zombie dans le miroir. Tu notes de réserver dix bonnes minutes à ton maquillage. Tu fonces à la cuisine pour le seul bon moment de cette morning routine : ton petit-déj. Tu savoures ton café et tes tartines, le regard dans le vague. Ou alors tu scrolles, l’oeil vague, sur ton feed Instagram, voir ce que font les autres, forcément plus glamour que toi, coincée dans une cuisine à l’air glauque sous l’éclairage électrique de sept heures du matin.

L’estomac plein, tu fonces te brosser les dents, puis tu repasses dans ta chambre, où tu ignores stoïquement l’appel de ton lit, que tu n’as pas le temps de faire. Tu n’as naturellement pas préparée ta tenue la veille au soir, parce que tu es une flemmarde de première, comme 90% de la population, sauf ta belle-mère et tes meilleures copines. Tu ouvres ton armoire, ta commode, et tu cherches frénétiquement un haut qui aille avec le bas. Tu as depuis longtemps renoncer à assortir tes sous-vêtements. Du moment que c’est propre et pas trop vieux, ça va. Tu voudrais bien mettre un petit truc pimpant qui souligne ta brillante personnalité, mais tout ce que tu as dans tes armoires est beige, gris, noir ou de couleur et forme qui n’iront pas avec ton taf. Tu paniques. Tu aurais dû partir il y a cinq minutes, et tu es toujours en culotte dans ta chambre. Heureusement que tu prends ta douche le soir, sinon tu irais au taf en étant crade. Tu as un moment de désespoir devant le bordel qui règne désormais dans ta chambre. Il faudra encore ranger ce soir en rentrant. Tu lances une muette prière à Marie Kondo pour qu’elle t’aide. Tu promets que tu liras son livre, qui traine depuis six mois sur ta table de nuit (cadeau de ta mère, la perfide). Tu rangeras ton armoire, ton appartement et même ta salle de bain suivant les préceptes japonais, et tu deviendras une adepte du minimalisme. Promis-juré, tu vas te convertir et allumer chaque soir une bougie parfumée en méditant pour remercier Ste Marie, reine des tee-shirts pliés en trois (tu n’as jamais compris comment on faisait).

En attendant, tu enfiles les premiers trucs qui te tombent sous la main et tu vas te maquiller. Tu n’as pas le temps pour un rituel du matin pour ta skin care. Tu appliques une BB crème direct sur ta peau, tu tartines le dessous de tes yeux d’anticernes et tu estompes autant que tu peux, avec tes doigts parce que ton blender a disparu (tu soupçonnes le chat). Tu mets des fards un peu au hasard, jusqu’à avoir une tête potable. Tu es aussi maquillée qu’une voiture volée, ou que durant ton adolescence, quand tu pensais que tu ne pouvais jamais porter trop de maquillage. Et puis tu pars en courant, en enfilant ton manteau dans l’escalier. Tu cours jusqu’à l’arrêt de bus en te tordant les chevilles à cause de tes talons. Tu te jettes sur le dernier siège de libre, en sueur, en retard, et déjà épuisée. Ou alors tu te mets au volant, en te disant qu’en roulant serré tu peux encore arriver à l’heure. Sauf qu’évidemment tout le monde a décidé de te pourrir la vie et tu te retrouves derrière des mamies qui roule à trente à l’heure. Résultat, tu es coincée dans les embouteillages de tous les gens qui, comme toi, se sont levés à la bourre (la faute à Netflix). Tu te promets que ce soir, tu te coucheras tôt, que tu dormiras tes huit heures pour te réveiller une demi-heure avant l’heure limite, et prendre ton temps, voire même faire un peu de yoga avant de préparer.

Ce que tu ne feras pas. Cette morning routine durera jusqu’à ta retraite.

Young beautiful latin business woman overwhelmed and tired holding a help sign. looking Stressed, bored, frustrated, upset and unhappy at work. business frustration concept.

Même si je travaille depuis la maison, vu que j’écris, j’ai eu cette même morning routine. Je mettais mon alarme à des heures déraisonnables vu que j’éteignais ma lampe six heures avant mon réveil programmé, alors que je sais que j’ai besoin de sept heures minimum. Je me dépêchais d’avaler un petit déj pour me mettre immédiatement derrière mon clavier, comme le recommandent beaucoup de morning routines sur You Tube. Je me culpabilisais de ne pas écrire une heure dès le matin, alors que j’étais censée être en forme, fraiche et dispo, mes capacités intellectuelles à leur maximum.

Problème, je ne suis pas et n’ai jamais été du matin. Ma mère m’avait même offert une tasse Betty Boop qui le disait. Je n’ai jamais été du matin. Je suis du soir, voire de la nuit. L’avantage quand tu bosses chez toi à ton compte, c’est que tu peux faire comme tu veux. Mais il y a une chose qui ne change pas : tu as besoin de sommeil.

C’est alors que j’ai réalisé que j’avais le choix. Si, je t’assure. Je suis championne pour me stresser toute seule. Je me suis demandée pourquoi je m’infligeais cela. Je suis mon propre boss. Je sais que ce n’est pas le cas de la majorité des gens, malheureusement. J’ai appris à m’écouter. Je suis de la nuit, comme une respectueuse. J’ai cessé de mettre des alarmes que je suis incapable de respecter, de vouloir me lever à des heures impossibles et surtout, d’écrire dès le matin. Je ne suis pas fraiche, le matin. J’ai besoin de temps pour me mettre en route. Si je dois aller faire des courses, je préfère les faire dès que je suis levée, et avoir tout le temps pour écrire ensuite. Chacun ses routines.

Le matin, je me lève désormais quand j’ai fini de dormir. Tu ne peux pas savoir comme ça fait du bien, de se réveiller sans alarme, et de se dire que la journée qui commence sera forcément pleine de fun (sauf si tu dois remplir des papiers administratifs). Je ne serais jamais une couche-tôt, mais je ne passe plus mes nuits à bingewatcher une série ou scroller les réseaux sociaux. Je ne joues plus pendant des heures à Manor Matters (mon Candy Crush à moi). Je commence par un câlin de mes potichiens, qui sautent sur le lit pour venir me dire bonjour. Je les gratouille, les chatouille et les bisouille. Ensuite, je regarde rapidement mon téléphone pour connaître les dernières conneries de nos politiques, les frasques des stars, quel acteur que j’aimais bien est mort (c’est l’inconvénient de vieillir, toutes tes idoles de jeunesse qui avaient vingt ou trente ans de plus que toi tombent comme des mouches). Mais ne comptez pas sur moi pour lire un article profond ou whatever. Je ne scrolle pas sur les réseaux sociaux, je ne regarde pas mes emails. Ils peuvent attendre. Je regarde juste l’essentiel, comme j’écoutais les infos sur mon radio-réveil au siècle dernier. Puis je vais me rafraichir, avant de m’attaquer au masterpiece de ma morning routine, à savoir le petit déj, que je savoure tranquillement, sans téléphone, sans télé, sans rien, en savourant l’instant (et mes tartines).

Et c’est là qu’entre en scène le nouveau pilier de ma morning routine. Il a quatre pattes, une queue touffue, de bons yeux, et il est impatient de te faire un câlin. J’ai nommé Muffin, le seul et unique.

image d’illustration

Au lieu de me jeter sur mon PC pour écrire ces fameux 5000 mots quotidiens que je n’arrive pas à atteindre, je passe un jogging et je vais promener Muffin. C’est un golden retriever de deux ans, il a donc besoin de longues promenades pour se dépenser et jouer. Et c’est cela qui me met en forme. Je ne vais pas te vanter le sport le matin, je n’ai jamais été adepte. Mais je vais te vanter la promenade avec un chien en forme qui galope joyeusement dans le parc et attend que tu joues avec lui. Qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente (j’aime pô le vent, mais passons), passer une heure avec mon grand chien tout fou me fait du bien. Je redeviens une gosse durant la récré. Je jette les baballes, je rigole, je marche vite, je lui cours après. Même si j’ai un rendez-vous, je prends le temps de le promener et de jouer avec lui. Muffin est toujours partant. Lorsque je rentre, je suis en sueur, échevelée, les joues rouges, mais je me sens bien. Je n’ai pas perdu une heure, j’ai gagné une bonne dose d’endorphines. C’est seulement ensuite que ma journée commence vraiment. Là encore, je me laisse le choix. Je peux me mettre à écrire selon les notes prises durant la nuit (sache que mes meilleures idées me viennent à quatre heures du matin, lorsque je commence à penser à éteindre). Ou bien je peux aller à un rendez-vous, ou tout simplement décider que cela fait longtemps (une semaine, top) que je ne suis pas allée à la librairie, mon Breakfast at Tiffany’s à moi.

Et là, je te vois venir. Tu vas me demander comment tu peux appliquer cela, toi, qui doit aller bosser en usine/au bureau ? Tu as des horaires, un patron vache, un salaire à gagner (moi aussi, tu sais, si je n’écris pas, je ne suis pas payée). Ce que je veux te dire, c’est qu’il est important de commencer ta journée par quelque chose pour toi. Un moment à toi, comme promener ton chien pour le plaisir (pas pour ses besoins uniquement), ou méditer, ou faire du yoga, ou quoi que ce soit pour toi. Et cela implique que tu te couches un peu plus tôt. Quoi ? Non mais, tu rêves ! Et mon Netflix ? Et Candy Crush ? Le soir, c’est le seul moment où tu as un peu de temps libre, tu ne vas pas te coucher, non mais !

Si. Je suis désolée, je n’ai pas d’autres solutions. Tu regardes un ou deux épisodes, mais pas la saison entière (tu gardes ça pour le week-end). Tu te t’autorises une ou de parties de Candy Crush, pas plus. Et surtout, tu vires les réseaux sociaux, qui sont encore plus chronophages que ne l’était la télé de papa. Je ne me mets pas au-dessus du lot, j’ai encore du mal à ne pas y passer tout mon temps. C’est addictif, parce que cela a été conçu pour l’être. Tu regardes les feeds les plus intéressants (le mien, par exemple, triple LOL), tu fais une sélection des feeds qui te font réellement du bien (des jolies photos, des photos de chatons) mais tu évites de scroller comme les vaches regardent passer les trains (je ne t’insulte pas, je l’ai fait aussi). Et tu te réserves une heure rien qu’à toi le matin. Tu mets ton alarme, mais l’idéal est que tu te réveilles avant qu’elle ne retentisse. Et ensuite, l’heure est à toi. Tu peux simplement aller te promener, surtout que le printemps arrive. Tu peux sortir ton chien, faire du sport dans un parc, méditer, ou simplement lire. Ou peindre. Mais cette heure-là est précieuse. Elle va déterminer toute ta journée. Elle va te mettre de bonne humeur, te détendre. Quoi qu’il arrive dans ta journée, tu as eu cette heure à toi.

Je ne dis pas que cela a été simple à mettre en place. C’est de la discipline et c’est un mot dont j’ai horreur. Mais j’en avais assez, alors que je suis à mon compte, de me lever en manque de sommeil, d’être grognon, de me retrouver devant mon PC sans être capable d’écrire, juste parce que ce n’était pas le bon moment de la journée. L’écriture doit rester une joie, mais je t’en parlerais dans un autre post. Du coup, j’écris après la promenade de Muffin, lorsque je rentre des courses, de la librairie, avant de dormir. Et je tiens mes quotas (même si je n’arrive toujours pas à ces mythiques à ces 5000 mots par jour). Mes romans avancent. Et je suis quand même bien plus détendue.

Et toi, quels changements as-tu envie d’apporter dans ta morning routine ?

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