RENEGADES MADDOX EPISODE 33

Ash

C’est le Vieux qui nous a fait un topo sur l’affaire O’Malley. Je ne voyais pas du tout le lien avec Gina, jusqu’à ce qu’il nous apprenne que O’Malley est le flic qui a mené l’enquête à la mort d’Ettore. Lorsque mon cousin et ses hommes se sont fait descendre, il était le premier à être arrivé sur les lieux, et c’est lui qui a prévenu mon oncle et ma tante de la mort de leur fils. Naturellement, il a tout de suite compris que c’était lié aux affaires du clan, mais le Vieux a fait jouer ses contacts pour que l’enquête n’aboutisse pas. Les assassins de son petit-fils ont été punis à la manière Beneventi, à savoir retrouvés et exécutés par le Vieux lui-même.

O’Malley voulait faire tomber le clan et détruire Luca Beneventi, coupable de lui avoir volé sa femme. Amy et le Vieux commençaient tout juste à sortir ensemble lorsqu’Ettore est mort. Ils s’étaient banalement rencontrés dans un café du Little Italy de Greenville, et cela avait été le coup de foudre. Le mariage d’Amy battait de l’aile depuis déjà des années, et la rencontre avec mon grand-père avait été comme un coup de tonnerre dans un ciel déjà nuageux. Amy avait quitté O’Malley pour prendre un appartement et fréquenter son nouvel amoureux.

Cela, O’Malley ne l’encaissait pas. Que sa femme le quitte ne passait pas, qu’elle le quitte pour sortir avec un chef de gang lui restait carrément en travers de la gorge. Amy se fichait de savoir ce que faisait Luca. Elle était amoureuse et heureuse, et elle voulait vivre sa vie. Passer de flic à voyou ne lui semblait pas si différent, finalement.

O’Malley a vu dans la mort d’Ettore le moyen de se venger. Il a donc cherché le maillon faible de l’affaire, et il a convoqué Gina, la mère éplorée. Il a réussi à lui monter la tête, lui disant que c’était, de fait, le Vieux le coupable. Il n’y est pas allé de manière directe, il a juste lancé ça comme une remarque.

— C’est étonnant que votre beau-père ait laissé un homme si jeune et si inexpérimenté aller sur le terrain comme ça.

De là, il a réussi à embrouiller Gina pour lui soutirer des informations. Mais ma tante s’est ressaisie. Elle a compris ce qu’O’Malley voulait obtenir à travers elle. Elle a pris ses distances. Le clan avant tout, la famille et sa loi du silence. Cependant, à chaque anniversaire de la mort d’Ettore, O’Malley lui envoyait un message de condoléances, lui assurant qu’il pensait à elle et à son chagrin. Lorsque les rumeurs concernant la possible volonté du Vieux de me laisser la direction du clan ont commencé à courir, O’Malley, désormais à la retraite, a décidé d’en rajouter une couche. Il a envoyé le message habituel à Gina début mars, auquel il a ajouté quelques mots.

Non content de tuer votre fils ainé dans un piège, il insulte sa mémoire en privant votre Enzo de son droit légitime à la succession en lui préférant votre neveu.

Cette fois, Gina a répondu par davantage qu’un simple remerciement. Elle a commencé à correspondre avec O’Malley. De son point de vue, le fait que le Vieux vive désormais avec Amy ne la choquait pas. Elle l’aimait même bien, apparemment, mais elle ne s’était jamais vraiment remise de la mort d’Ettore. Quelle mère se remet vraiment de la mort de son enfant ? O’Malley a joué là-dessus. Je ne dis pas que Gina est innocente, mais disons qu’il a bien enfoncé le clou, insinuant que le Vieux était un sale type qui ne savait que faire le mal autour de lui, envoyant son petit-fils à la mort et volant la femme d’un autre. Et maintenant, il s’apprêtait à voler à Alessandro d’abord, puis à Enzo ensuite, la direction du clan. Cela, O’Malley ne l’a pas inventé, mais il a joué sur la rancœur de Gina pour la convaincre qu’il fallait éliminer le Vieux.

L’ascenseur était réellement un accident, car O’Malley n’était pas au courant. C’est lui par contre qui a eu l’idée pour les pilules et la corde tendue en travers des escaliers. Gina ne venant pas d’une famille d’enfant de chœurs non plus, a su comment s’y prendre. Lorsque ses deux premières tentatives ont échoué, ils ont tous les deux évoqué la pandémie, souhaitant à leur ennemi commun de tomber malade et d’en mourir. Et c’est là qu’est venue l’idée de la chloroquine. O’Malley a contacté un médecin de ses amis pour savoir quelle dose serait fatale au Vieux, et Gina a poussé Alessandro à en commander en prévention. Elle a vite trouvé comment empoisonner son beau-père, mais a prévenu O’Malley qu’Amy risquait d’y passer avec lui. L’ex flic a simplement répondu que le hasard déciderait si Amy devait vivre ou pas.

Le Vieux a eu beaucoup, beaucoup de chance. Déjà stressé, le cœur fragile, la chloroquine l’aurait mené à une crise cardiaque fatale si notre conversation lui a porté un coup et a provoqué son malaise.

En quelque sorte, mon entêtement lui a sauvé la vie. C’est ironique quand on y pense.

Je croise Amy en rentrant de chez Maddox. Elle sort du bureau du Vieux. Je sens un malaise entre nous. Après tout, j’ai buté son ex-mari. Mais elle me prend les mains.

— Merci de lui avoir sauvé la vie, dit-elle simplement avant de continuer son chemin.

Elle vient de me donner l’absolution pour mon crime. Son ex-mari a tenté de tuer son nouvel amour et elle ne va pas pleurer sa mort. Après tout, pensé-je cyniquement, si O’Malley avait accepté que sa femme le quitte, il serait encore en vie et Gina aussi. Je ne vais pas verser des larmes sur un type qui a fait tant de mal à ma famille.

— Entre, fait le Vieux lorsque je frappe à sa porte.

Il est assis sur le canapé en cuir noir de son bureau, devant la bibliothèque, et consulte sa tablette, ses lunettes perchées sur le bout de son nez.

— Comment te sens-tu ? demandé-je avant de m’asseoir.

— Bien, bien, fait mon grand-père d’un ton impatient. Je suis solide, je m’en remettrais. Et Petrelli dit qu’Amy va bien.

Je sens le soulagement dans sa voix. Il aime Amy beaucoup plus qu’il ne le réalise, peut-être autant qu’il aimait grand-mère. 

— Où sont les autres ? demandé-je, réalisant soudain que la maison est silencieuse.

— Alessandro, Enzo et Michele sont à la maison funéraire. Petrelli nous a fait un certificat de décès en bonne et due forme, pendant qu’il était là. Maria cherche des vêtements pour sa mère.

— Comment réagissent-ils ?

Le Vieux enlève ses lunettes et se frotte les yeux. Il y a quelques rides de plus sur son visage.

— Que veux-tu que je te dise ? Gina a trahi, mais je ne souhaitais pas qu’elle finisse comme ça. Si elle n’avait pas eu ce geste, j’aurais demandé à Alessandro de l’envoyer loin d’ici et de ne plus jamais revoir les nôtres. Ah, pendant que j’y pense, pour les petits, leur grand-mère est morte en nettoyant son arme et il en sera toujours ainsi, est-ce que c’est compris ?

— Oui, grand-père.

Un nouveau secret de famille qui vient s’ajouter à la longue liste de la famille Beneventi. Je suis certain que j’en ignore plusieurs, parce que j’étais trop jeune ou même pas encore né et que le Vieux a ordonné le silence.

— Tu étais avec ton petit ami ? demande-t-il soudain.

— Oui. J’avais besoin de sortir d’ici et de réfléchir. Il faut que nous parlions, grand-père.

Il soupire.

— Encore, maugré-t-il.

— Je vais partir, annoncé-je. Je vais quitter les affaires Beneventi et monter mon propre business. Je le ferai avec ou sans ta bénédiction.

— C’est Striker qui t’a monté la tête ?

— Maddox n’a rien à voir avec tout cela, réponds-je d’un ton ferme. Je voulais partir avant même qu’on ait une liaison. Je n’en peux plus de la famille, grand-père. Je ne veux plus travailler avec eux, et je ne veux certainement pas prendre la direction du clan après toi.

— Et qu’est-ce que tu veux faire ? Aller bosser pour Hunter ?

— Certainement pas ! Je vais monter mon business.

— Dans quoi ? Parce que je te signale que les jeux et les cages sont tenus par Hunter et la came et les paris sportifs, c’est nous. Si tu viens marcher sur nos plates-bandes, tu te feras virer.

— Il y a des tas d’affaires à monter hors de ces domaines. Du business lucratif, à partir de montages financiers, qui rapportent beaucoup. Ce n’est pas un coup de tête, grand-père. J’ai étudié mon dossier, je suis prêt.

— Et tu penses que tu y arriveras mieux à Chicago ? demande le Vieux.

C’est à mon tour de soupirer. J’aurais dû me douter que l’un de mes contacts allait l’appeler. Maddox a raison, on n’échappe pas aux Beneventi, même dans une autre ville.

— Chicago était une idée à laquelle je n’ai pas donné suite, mens-je. Je vais rester ici, mais je pense plutôt monter mon business à New York.

— Et vivre avec Striker ?

— Oui.

Je m’avance beaucoup. Après tout, Maddox et moi n’avons pas encore fait de projets à ce sujet. Tout va tellement vite maintenant que nous n’avons pas eu le temps d’en parler.

— Et si je mets mon veto ? lance grand-père comme il lancerait une paire de dés.

— Alors, je devrais me tourner vers tes ennemis pour trouver des partenaires de business, ou même me lancer dans des affaires légales et foutre la hante au clan. Et n’oublie pas que Maddox est non seulement l’employé, mais aussi l’ami de Hunter. Le chef de gang peut être mécontent de notre relation, mais l’ami se réjouira du bonheur de Maddox.

Je m’avance énormément, je bluffe en grand, parce que je doute que Hunter soit aussi sentimental lorsqu’on en vient aux histoires entre gangs, mais j’ai la rage au cœur et je suis prêt à mentir comme un arracheur de dents s’il le faut.

Le Vieux tapote l’accoudoir du canapé d’un doigt énervé.

— Tu sais qui tu me rappelles ? demande-t-il. Ta grand-mère ! Quand elle avait une idée en tête, elle ne l’avait pas ailleurs.

— Je prends cela comme un compliment, souris-je.

Je sais que cela en est un. Grand-mère était comme toutes les femmes du clan, qu’elle soit de sang Beneventi ou pas, une âme forte.

— Le clan va partir en couilles, dit brusquement le Vieux. Ni ton père ni Flavio n’ont ton génie des affaires. Et je ne parle même pas d’Enzo. Quand à Michele, il n’est pas un Beneventi. Et s’il faut que j’attende que les petits soient adultes…

— Mais bordel, qu’est-ce que ça peut te foutre de savoir ce que deviendra le clan après ta mort ? m’exclamé-je. Tu ne seras plus là pour le voir ! Et papa comme Flavio, et crois-moi, ça me fait mal au cul de dire ça de mon frère, sont capables de mener les affaires de la famille. Et Enzo et Michele aussi.

— Tu es jeune, Ash, répond mon grand-père avec douceur. Tu ne sais pas que c’est de contempler la mort et de savoir que tout ce qui restera de toi sur cette terre sera vite effacé.

— Tu laisseras toute ta descendance, et aussi toutes les bonnes choses que tu as faites, réponds-je. Tu laisseras le souvenir des bons moments. Et puis le temps passera et le monde t’oubliera, comme il a oublié nos ancêtres. C’est la vie.

Grand-père se met à rire.

— Tu deviens philosophe, maintenant ? A ton âge ?

— Quand je bute un type avant le petit-déjeuner, ça m’arrive, rétorqué-je.

— Tu ne cèderas pas, n’est-ce pas ? Tu partiras, avec ou sans mon accord ?

— Il y a un beau parchemin quelque part à Washington qui disent que tous les hommes naissent libres, dis-je. En tant que citoyen américain, cela me concerne.

— Tu me cours sur le système, Ash, tu le sais ? grogne le Vieux.

— Alors, mieux vaut que je m’éloigne, rétorqué-je.

Il me dévisage pendant cinq longues secondes, puis se renfonce dans le canapé.

— Très bien. Je n’ai jamais retenu un membre de ma famille contre son gré, ta tante peut en témoigner, lance-t-il.

— Je ne compte pas épouser un flic, fais-je, indigné.

— Tu peux partir et monter ton propre business, et vivre avec qui tu veux, fait le Vieux. Mais à partir du moment où tu quittes le clan, tu perds les privilèges qui vont avec. Si tu te retrouves dans la merde, tu te débrouilles seul. Si tu te fais arrêter, ne viens pas pleurer pour que je te sorte de taule. Si…

— Je sais tout cela, l’interrompé-je. Je suis un grand garçon et je peux me débrouiller seul. J’ai simplement besoin de ta parole que tu ne tenteras pas de me mettre les bâtons dans les roues.

— Tu as ma parole, espèce de tête de lard.

Je souris, il sourit aussi.

— Allez, viens embrasser ton grand-père et file, dit-il d’une voix un peu enrouée. Et si Hunter a un souci à propos de toute cette histoire, tu te démerdes avec lui. Mais sois assuré que s’il te bute, je le descendrais moi-même.

Je prends mon grand-père dans mes bras et je fais mes adieux au Vieux.

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