RENEGADES MADDOX EPISODES 29 & 30

CHAPITRE 29

Ash

Je prends la boite de lait en poudre. Elle est presque terminée.

— Tu l’as entamée quand ? demandé-je à Amy qui est allée vider sa tasse dans l’évier.

— Je ne sais pas. Une dizaine de jours. On en met juste une cuillère ou deux.

Autrement dit, la personne qui a mélangé le lait avec les comprimés  a dû commencer dès que la boite a été ouverte. Je vérifie les autres. Elles sont fermées par un couvercle en plastique amovible, et un opercule en aluminium scellé. Il est intact sur les six boites restantes.

— Quelqu’un d’autre en a pris ? demandé-je.

Amy réfléchit, puis secoue négativement la tête.

— Ne dis rien à personne, recommandé-je. Je vais faire analyser ça. Ah, grand-père veut qu’on commande de la nourriture venant de l’extérieur pour le petit déj.

— Tu lui as parlé ? Quand ? s’étonne Amy.

— Il te le dira lui-même. Ne t’inquiète pas. Tu te sens bien ? Ton cœur ?

Amy me regarde comme si j’étais une sorte de devin.

— J’ai eu des palpitations ces derniers jours. Comment le sais-tu ? Qu’y a-t-il dans ce lait ?

— De la chloroquine. Garde ça pour toi. Je vais appeler le docteur Petrelli pour qu’il vienne t’examiner.

Amy devient toute pâle et je m’en veux de ma brutalité. La pauvre ne sait pas que son ex et surtout le père de ses enfants est mort, et que je suis celui qui l’a abattu.

— Alors Luca avait raison ? souffle-t-elle. On voulait bien le tuer ?

— Oui. Je ne sais pas encore qui. Ne fais rien, ne dis rien, laisse-moi gérer, d’accord ?

Amy accepte machinalement. J’appelle grand-père, qui est en train de se préparer pour rentrer, puis Petrelli qui m’assure qu’il viendra dans la matinée, mais me prévient qu’il faudra peut-être hospitaliser Amy. Et merde ! Je tiens à ma belle-grand-mère, si ce terme existe.

Je ressors sans même avoir pris de café pour foncer à l’un de nos entrepôts en banlieue. En sous-sol, il y a toute une installation pour préparer certains cocktails qui font planer, et les labos n’ont jamais cessé de tourner pendant le confinement. Les gars travaillent toute l’année en combinaisons et masques, de toute façon, et ils sont protégés. On a juste veillé à ce qu’ils soient espacés, on a fait mettre des fontaines de gel hydroalcoolique et placardé des affiches rappelant les gestes barrières. Les types sont testés et pour l’instant, on n’a eu aucun cas positif.

Je mets masque et gants pour entrer. J’avise le chef du labo, Linetti, un chimiste qui s’est fait virer de son ancienne boite parce qu’il trafiquait pour son compte, et que grand-père a récupéré et nommé chef de projets. Je pose la boite devant lui.

— Je veux que tu m’analyses ça tout de suite, dis-je. Regarde si ça contient de la chloroquine, et si oui, en quelle quantité.

Linetti, à travers ses lunettes de protection, me regarde et soupire.

— Je vais voir si j’ai le bon réactif, dit-il en se tournant vers l’armoire en verre derrière lui, remplie de petites fioles.

— Tu ne peux pas mettre un échantillon sur une plaquette et regarder au microscope ? demandé-je.

— Tu veux m’apprendre mon métier ? suggère-t-il. Il me faut un réactif.

Il fouille dans son armoire et finit par brandir une petite fiole.

— Tu as de la chance.

Je le regarde prendre de la poudre, en mettre dans une éprouvette, verser une solution liquide, puis son réactif, et mélanger le tout. Le liquide devient d’abord bleu, puis violet, et finit rouge.

— Positif, annonce-t-il.

— Combien par gramme ?

— Je ne pourrais pas te le dire avant quelques heures, me répond Linetti. Il faut faire des dosages…

— Okay, fais-le, et tiens-moi au courant. C’est urgent, tu laisses tout tomber et tu ne fais que ça.

— Si je peux me permettre un conseil, Ash, fait-il, ne te lance pas là dedans. Personne ne sait si ce médicament est efficace et je doute qu’un trafic soit rentable.

— Cela n’a rien à voir, l’assuré-je. Ah, garde ça pour toi. Tu n’en parles qu’à moi et au Vieux, à personne d’autre, ni mon père ni mon oncle, ni ta femme.

— Je suis veuf.

Merde. J’avais oublié.

— Pardon, soupiré-je. Je suis sur les nerfs.

— C’est ce que je vois. Je m’en occupe.

Je texte grand-père pour lui annoncer que j’ai trouvé comment on l’avait empoisonné. Il est presque arrivé à la maison et il m’annonce qu’il va réunir tout le monde à la table du petit déjeuner. Ce sera à moi de fouiller les chambres pendant le repas.

Lorsque je rentre à la casa Beneventi, il est déjà là. J’entends les bruits de conversation et les rires qui viennent de la salle à manger. Les petits ont l’air surexcité parce que le petit déj est différent, avec des pancakes qu’ils adorent. Leonetti m’attend dans le hall.

— Monsieur Luca m’a chargé de vous ouvrir les portes, monsieur Ash.

Le Vieux a un passe pour toutes les pièces de sa propre maison, ce qui est normal. Pris dans le feu de l’action, je n’ai pas réalisé ce qui va se passer. Je vais découvrir qui, parmi ma propre famille, a essayé de tuer le Vieux et Amy, qui s’est allié avec O’Malley, qui a trahi. Et j’ai le cœur qui se serre à l’idée que ça puisse être mon propre frère, même si je ne déborde pas d’amour pour lui. Je préfère ne pas imaginer que ce soit mon père on ou mon oncle. Même les cousins ne me semblent pas des suspects crédibles à mes yeux.

— Finissons-en, dis-je en sortant le téléphone de O’Malley de ma poche. On commence par la chambre de Flavio.

J’ai déjà fouillé pas mal de pièces dans ma vie, mais j’ai vraiment l’impression de commettre un acte sacrilège en cherchant dans les affaires de mon frère et de ma belle-sœur. Je regarde même dans l’armoire de la chambre des jumeaux, mais je ne trouve rien.

Si on doit en arriver à la fouille au corps, je vais être mal.

Je passe à la chambre de mes parents, et je me sens encore plus mal en ouvrant les tiroirs des commodes et en regardant dans les penderies. Là encore, je ne trouve rien, du moins pas de téléphone ou de médicaments. Je trouve certaines affaires que j’aurais préféré ne pas voir, vu que ça concerne la vie privée de mes parents. Mais j’ai promis au Vieux que je m’acquitterai de cette tâche moi-même et je tiens parole.

— Nous n’avons plus beaucoup de temps, monsieur, m’annonce Leonetti alors qu’il ouvre la porte de la chambre de Maria et Michele.

— Noté.

Je me dépêche. On passe de chambre en chambre. Je veux toute les fouiller, même si je trouve les preuves avant. Je veux être sûr d’avoir toutes les personnes impliquées.

Lorsque je trouve ce que je suis venu chercher, à savoir le téléphone prépayé et une dizaine de boites de chloroquine, mon cœur se serre. Je prends des photos, avant d’empocher mon butin. Je ressors de la chambre, je finis ma tournée d’inspection et je texte à grand-père le nom du coupable. Il me dit de descendre.

J’arrive à la salle à manger alors que le petit déjeuner s’achève. Les enfants ont déjà fini et sont en train de jouer. Le Vieux demande Amy de les emmener dans le jardin. Elle lui jette un regard étonné, mais obéit. Personne n’y prête attention, tout le monde discute, parce que grand-père vient d’annoncer qu’on déconfinait aujourd’hui.

Je regarde les visages les uns après les autres. Grand-père fait un signe à Leonetti. Les gardes du corps ferment les portes et se positionnent pour empêcher quiconque de sortir. Carla, la première, note ma présence, et s’étonne que je ne vienne pas m’asseoir pour manger.

— Que se passe-t-il ? demande-t-elle tout à coup.

Les conversations s’éteignent brusquement. Sur tous les visages, je vois l’étonnement, mais pas d’inquiétude. Le traitre joue très bien la comédie, ce qui m’étonne énormément. Je sors mon portable et je lance une petite recherche informatique. La chloroquine n’est pas venue ici toute seule. On était déjà confinés quand le nom de ce médicament a commencé à se répandre dans le pays.

— J’ai demandé à Ash de mener une petite enquête, commence mon grand-père. Je voulais savoir qui a essayé de me tuer.

Il y a un flottement, puis mon père se lance.

— Tu as identifié le tireur ? demande-t-il.

— Quel tireur ? s’exclame Carla.

— Cette nuit, à l’hôpital, un homme a essayé de me tuer, explique le Vieux. Minelli et Romano sont morts en me protégeant, et c’est grâce à Ash si je suis encore en vie. Mais avant de mourir, le tireur, dont l’identité importe peu, a dit avoir un complice au sein même de cette maison. Une personne assise autour de cette table est un traitre.

Le silence qui suit n’est pas de Mozart.

Le Vieux me fait signe de prendre la suite.

— Une personne dans cette maison a d’abord tenté de tuer grand-père en augmentant sa dose de pilules pour le cœur, puis a piégé l’escalier en tendant un fil en travers des marches, dis-je. Comme c’est ce pauvre Tony qui en a été victime, le traitre a alors eu l’idée de mélanger de la chloroquine au lait en poudre que grand-père et Amy mélangent le matin dans leur chicorée. Ce médicament est dangereux pour les personnes qui souffrent du cœur, et il est la cause du malaise de grand-père. J’ai trouvé ceci dans l’une des chambres.

Je sors les boites de médicaments et le téléphone de ma poche. Quant à mon piratage express de plusieurs comptes emails, il vient de me donner un résultat, et ce n’est pas celui que j’attendais.

— Comment as-tu osé fouiller nos chambres ? s’écrie Carla.

— Tais-toi ! ordonne brutalement mon frère. Qui a trahi ?

Les visages et les corps se sont tendus autour de la table. Nous savons tous ce qu’une accusation de trahison, si elle est prouvée, veut dire.

La mort.

CHAPITRE 30

Maddox

Il m’est arrivé d’être plus serein avant de partir en patrouille lorsque j’étais soldat. Pax a compris que c’était grave, je le lis sur son visage.

— D’abord, je veux te remercier pour ce que tu fais pour ma mère. Je suis d’autant plus mal à l’aise pour t’annoncer ce que j’ai à te dire.

— Tu pourrais aller droit au but ? m’interrompt Pax.

— J’ai rencontré quelqu’un pendant le confinement et on a l’intention de partir pour Chicago, lâché-je.

Pax hausse les sourcils.

— Tu as rencontré quelqu’un dans ton appartement ? demande-t-il.

— C’est un voisin. En fait, tu le connais. Il s’agit d’Ash Beneventi.

Autant tout dire tout de suite.

— Sans déconner ? fait Pax, visiblement estomaqué. Tu as mis la main sur l’héritier en personne ?

Je lui raconte notre rapprochement, puis comment nos sentiments ont évolué et enfin la proposition d’Ash.

— Tu es conscient que tu viens de te fourrer dans les emmerdes ? répond seulement Pax. Parce que le vieux Beneventi n’a pas pour habitude de se laisser faire. Il va tout faire pour retenir son petit-fils.

— Tu penses qu’il pourrait me faire descendre ? demandé-je.

— Non, parce que ce serait s’en prendre à un de mes hommes, répond froidement Pax. Je suis quand même étonné qu’il ne m’ait pas contacté pour te rappeler à l’ordre.

— Tu le ferais s’il te le demandait ?

Pax soupire.

— Ecoute, mec, je veux ton bonheur, sois-en assuré, mais je ne vais pas non plus déclencher une guerre des clans pour une histoire qui ne va peut-être pas durer.

— Je l’aime, et il m’a proposé de partir avec lui, m’obstiné-je.

Je sais quand même ce que je ressens.

— Je croirais entendre ma petite sœur quand elle avait quinze ans, riposte-t-il. On vient de vivre un truc exceptionnel. Forcément, les histoires qu’on vit pendant ces moments ont l’air d’être fortes. Mais attend que tout revienne à la normale, et vois comment ça évolue. Prenez déjà un appart’ ensemble voir si vous vous supportez.

— Tu crois que je n’ai pas pensé à tout cela ? grommelé-je.

— Toi, certainement, mais lui ? Je ne connais pas Junior, mais c’est un petit prince. Il a grandi dans le luxe, il a toujours obtenu ce qu’il voulait simplement parce qu’il est le petit-fils du vieux Luca. Je doute qu’il mesure vraiment ce que ça veut dire de quitter l’ombre de sa famille pour aller tout recommencer dans une autre ville.

J’ai beau être blindé, ses mots m’ébranlent. J’y ai pensé, bien sûr, mais je vois Ash comme un type suffisamment solide pour savoir ce qu’il fait.

— Et toi ? Tu es d’accord pour me laisser partir si je te le demande ?

Pax pousse un profond soupir.

— Je ne te cacherai pas que je ne m’y attendais pas et que ça me fait chier. Tu fais de l’excellent boulot. Mais tu es aussi mon ami et j’aimerais que tu sois heureux. Et c’est pour cela que je te dis qu’Ash Beneventi n’est pas fait pour toi.

— Je voulais simplement te dire que je partais, contré-je, furieux de la façon dont il parle d’Ash. Après, peu importe avec qui.

— Bien sûr que si, cela importe ! répond Pax d’un ton vif. Tu bosses pour moi. Si tu t’enfuies avec le petit-fils du Vieux, il va venir me demander des comptes.

— On ne va pas s’enfuir ! Il a déjà commencé à parler à son grand-père.

— Et si le Vieux refuse ? Si ton mec fait ses valises et se barre malgré l’interdiction ?

— Je partirais avec lui. Et tu n’as rien à voir là-dedans.

Je sais très bien que ce n’est pas vrai. Nous ne sommes pas dans le monde de l’entreprenariat, mais dans celui du grand banditisme. Si Ash part sans la bénédiction de son grand-père, celui-ci va tout faire pour le ramener à la raison, et je serais en travers de son chemin. Et le Vieux ne se gênera pas pour dire à Pax qu’il est responsable de moi et doit prendre des mesures.

— Et si le Vieux donne son autorisation à Ash, que se passe-t-il ? lancé-je.

Pax soupire à nouveau, mais son visage reste sombre.

— Alors, tu pourras partir. En tant que boss, je te souhaiterais bonne chance. En tant qu’ami, je te dirais que tu vas te casser la gueule et déchanter vite fait.

— Et si on t’avait dit il y a deux ans que tu allais épouser un mec et un avocat, tu te serais donné combien de chances de bonheur ?

— Touché, reconnait Pax. Mais Nate n’était affilié à aucun clan. Si tu veux partir, tu peux, mais je doute que ce soit la même chose chez les Beneventi. Et franchement, je ne vous vois pas ensemble.

Je sens la colère monter en moi. Pax me parle comme si j’étais un môme incapable de décider pour sa vie, alors que j’ai quand même quelques années de plus que lui. J’ai fait la guerre, bon sang !

— Je me fous de ton opinion sur ma relation avec Ash ! grondé-je. Je voulais juste te dire que j’allais partir.

— Et quand ? demande Pax d’un ton sec.

— Je ne sais pas ! réponds-je sur le même ton.

— On va rouvrir les clubs et probablement les rings. Il faut reprendre les gars en main, les entrainer, et reprogrammer les combats. J’ai besoin de toi, Maddox !

— Combien de temps ?

— Tout l’été, au moins. Peut-être jusqu’en septembre ou octobre.

— Je te trouverais un remplaçant, promets-je, tout en sachant combien cela va être difficile de trouver quelqu’un qui convienne, de le faire accepter par Pax et de le former pour qu’il puisse prendre ma place. Sans compter qu’il va aussi falloir que je trouve un autre free fighter, et ce n’est pas gagné non plus.

— Tu n’auras pas le temps de le former à temps, objecte Pax. Et toi, de toute façon, que vas-tu faire à Chicago ? Monter un ring ?

— C’est plus ou moins l’idée.

— Et tu vas te battre sous les couleurs Beneventi ?

— Je ne sais pas si je vais me battre, et de toute façon, ce sera en mon nom propre.

— Ton petit ami est conscient qu’on est en train de se prendre une crise économique d’une telle ampleur que celle de 2008 parait de la rigolade, à coté ? me tacle-t-il.

— Je suppose qu’il est au courant, rétorqué-je.

Pax secoue la tête.

— Ecoute, Maddox, tu règles ça comme tu veux, mais je refuse d’assumer tes conneries. Soit tu bosses pour moi, et tu dis adieu à Junior, soit tu pars, et tu te démerdes pour que le vieux Luca donne sa bénédiction. Mais dans tous les cas, tu ne pars pas avant l’automne. C’est bien compris ?

— Oui, boss, dis-je en mes dents serrés.

— Et ta mère ? fait-il comme s’il venait d’y penser.

— Je vais lui trouver un appartement, ne t’inquiète pas. Donne-moi une semaine.

Pax fronce les sourcils.

— Je ne parlais pas de cela. Ta mère reste dans l’appartement qu’elle aura choisi, au loyer indiqué. Elle n’a pas à payer pour tes conneries. Je me demandais simplement si elle était au courant.

— Non, reconnais-je.

— Parle-lui-en. Et dis-moi ce qu’elle en dit, lance-t-il avant de couper la communication.

L’enfoiré ! Il est trop malin pour mettre le problème de logement de ma mère dans la balance. Non, il préfère me voir galérer à annoncer à ma vieille que je quitte Pax et New York pour partir avec un mafieux à Chicago.

Elle va me tuer.

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