RENEGADES MADDOX EPISODE 26

Maddox

Je ne devrais pas être là, je le sais, mais je ne pouvais pas laisser Ash affronter les tueurs seuls.

— Il y en a d’autres, monsieur ? demandé-je alors que le vieux Luca reprend son souffle.

— Non, je pense qu’ils n’étaient que tous les trois. O’Malley et ses frères. Tous d’ex-flics. Ash, appelle une équipe de nettoyage.

— C’est ce que je suis en train de faire, répond mon boyfriend. Flavio et les autres arrivent.

— Dis-leur de rester dehors, ordonne le Vieux.

Ash tâte le pouls des deux hommes à terre, dont l’un travaillait pour lui. Il secoue la tête. Le Vieux se signe. Ash est à nouveau au téléphone, avec son frère, si je comprends bien.

— Mr Striker, pourriez-vous me raccompagner à ma chambre, je vous prie ? demande soudain le vieux Luca. Les infirmières vont se demander où je suis passé.

— Oui, monsieur.

J’ai l’impression d’avoir affaire à une version troisième âge de Pax. Il y a la même autorité et le même calme dans les situations graves. Ash me jette un regard, mais je lui fais signe que tout va bien.

— Reste ici et attend les nettoyeurs, ordonne son grand-père. Il y a le corps de ce pauvre Minelli dans ma chambre. C’est lui qu’il faut évacuer en premier.

Beneventi se lève de son fauteuil, et s’appuie sur moi pour marcher. Mais au bout de quelques pas, il me lâche et avance seul. Je garde mon flingue en main et j’ouvre la porte de la chaufferie. Tout est paisible. Je referme soigneusement et le Vieux marche lentement, mais sans faiblir, jusqu’à l’ascenseur de service, qui nous amène directement à l’étage de sa chambre.

— Il faut faire vite, dit-il. Les infirmières ne vont pas tarder à faire leur tournée.

Une odeur de mort règne dans la vaste chambre peinte en un jaune poussin plutôt gai. Le garde du corps est affalé contre le radiateur, une balle en plein cœur. Je me hâte d’aller ouvrir les fenêtres, histoire qu’un peu d’air frais entre. Le Vieux s’approche du corps, lui ferme les yeux et murmure une prière avant de se signer. Puis il pose son flingue sur la table de nuit, va se désinfecter les mains, reprend son arme et s’assied sur le fauteuil à côté du lit. Il est pâle, mais il se tient droit. Je lui pose une couverture sur les genoux.

— Puis-je vous demander d’être mon garde du corps le temps que mes hommes arrivent ? demande le Vieux.

— Bien sûr.

Je n’allais pas l’abandonner tout seul dans sa chambre, même si le danger a l’air d’être écarté pour l’instant. Je vais jeter un coup d’œil dans le couloir. Deux types arrivent, vêtus en aides-soignants, avec un chariot de linge entre eux. Je lève mon flingue. Si ces types-là sont du personnel infirmier, je suis curé. Ils froncent les sourcils et ont le même réflexe.

— C’est Mr Ash qui nous envoie, fait l’un d’eux à voix basse. Pour Minelli.

Je les laisse entrer, et l’accueil que leur fait le Vieux dissipe mes derniers soupçons. Ce sont les nettoyeurs. Ils embarquent le corps de Minelli avec respect, puis nettoient la chambre. Je connais la procédure. Pax a sa propre équipe. Ils emploient des produits qui vont nettoyer les traces de sang et de poudre, et utilise une lumière bleue pour localiser les plus infimes gouttes. De toute façon, c’est un hôpital, et les chambres doivent être régulièrement nettoyées de fond en comble.

— Ils la passent au Karsher entre chaque malade, fait le Vieux. Inutile de trop finasser. Ne dites rien à propos de Minelli et Romano, j’appellerais leur famille moi-même.

— Bien, monsieur, répond l’un des nettoyeurs en remballant son matériel.

Ils nous quittent, emmenant le corps avec eux, et laissant derrière eux une odeur de désinfectant clinique qui n’alertera personne. J’ai texté à Ash, qui a laissé sa place à la chaufferie à l’autre équipe de nettoyeurs, et se trouve sur le parking avec son frère et ses cousins. Le portable du Vieux sonne et il parle avec le père d’Ash, et lui ordonne de laisser quelques hommes sur place, de leur trouver un autre garde du corps et le tout pronto.

— Dis à Ash de me rejoindre dans la chambre dans trente minutes, conclut-il en coupant la communication.

— Je vous laisse dès que votre homme arrivera, dis-je.

— Asseyez-vous, Mr Striker. Nous avons à parler, vous et moi.

Je le voyais venir. Je me doutais que le vieux Luca ne me demandait pas de l’escorter dans sa chambre juste comme cela. S’il veut avoir la discussion maintenant, le moment n’est pas plus mal choisi qu’un autre.

— Quelles sont vos intentions envers mon petit-fils ? demande Luca Beneventi.

J’ai le sentiment d’être dans un de ces romans d’il y a deux siècles. La question est presque touchante. Le souci, c’est que je ne sais pas quoi y répondre. Le mariage ? Il s’attend à ce que je sorte une paire de gants blancs qui ne soit pas chirurgicaux et que je fasse ma demande ?

— Nous vivons une histoire, réponds-je avec prudence.

— Dont vous êtes bien conscient qu’elle n’a aucun avenir, rétorque le Vieux. Vous êtes confinés tous les deux, vous vous amusez, c’est normal. Mais Ash a des devoirs envers sa famille et son clan, et il est temps qu’il prenne ses responsabilités.

— Qui essayez-vous de convaincre, monsieur ? Vous ou moi ?

Le Vieux me lance un regard acéré.

— Je n’essaie de convaincre personne, j’énonce juste les faits. Ash ne va pas tout quitter pour vos beaux yeux, Mr Striker.

— Je crois qu’il vous a dit qu’il ne voulait pas reprendre la direction du clan à votre mort, n’est-ce pas ? avancé-je.

— Il est romantique. Il s’imagine qu’il va partir avec vous je ne sais où et vivre d’amour et d’eau fraiche.

— Je ne suis pour rien dans sa décision de partir, contré-je. D’après ce que j’ai compris, Ash l’avait prise bien avant que nous nous rencontrions.

Le Vieux crispe ses doigts sur l’accoudoir du fauteuil.

— Comme je vous l’ai dit, Ash est un romantique. Il ne partira pas. Il reviendra à la raison et fera ce que sa famille attend de lui.

— Ce que vous attendez de lui, monsieur, corrigé-je avec douceur. Aimez-vous votre petit-fils ?

— Evidemment, quelle question ! répond-il en haussant les épaules.

— Vous aimez l’image que vous vous êtes forgée de lui. Un jeune homme brillant, ce qu’il est, l’héritier idéal, ce qu’il est également, qui reprendra votre clan et portera haut le nom des Beneventi. Ce n’est pas ce qu’Ash souhaite. Et si vous l’aimez vraiment, vous devriez écouter ses souhaits. Vous avez décidé, à un moment donné, qu’Ash serait votre héritier. Mais lui avez-vous demandé son avis ?

— Je lui offre un clan établi, des affaires en parfait état de marche, le respect des autres clans, dont celui de votre boss, cela dit en passant. Que pourrait-il vouloir de plus ?

Le Vieux n’est pas si différent de pas mal de parents ou de grands-parents. Il a projeté sa succession dans son petit-fils comme un moyen de contrôler ce qui se passera après sa mort. Il veut que le nom des Beneventi perdure et brille, et il sait qu’Ash est le candidat idéal pour réaliser ce souhait. Ce serait une forme d’immortalité pour Luca Beneventi, et je doute qu’il ait pensé que son petit-fils pourrait être malheureux s’il suit cette voie.

— La liberté, réponds-je.

Le vieux Luca ouvre la bouche, puis la referme.

— Il est libre, grogne-t-il.

— Non, monsieur. Vous étiez libre quand vous avez créé votre clan. C’était votre décision. Laissez Ash prendre sa propre décision. C’est sa vie, pas la vôtre.

J’essaie d’être le plus respectueux possible, mais je dis ce que j’ai sur le cœur. Tout le monde cire les pompes du Vieux dans son clan, il est temps qu’il entende des vérités qui lui déplaisent.

— C’est un Beneventi, rétorque-t-il. Il y a des responsabilités.

— Ash est un entrepreneur. Il veut monter sa propre affaire, seul, et réussir, toujours par lui-même. N’est-ce pas ce que vous avez fait à son âge ?

Luca Beneventi se laisse aller contre le dossier de son fauteuil, et se met à rire.

— Vous êtes redoutable, Mr Striker, dit-il finalement. Vous renvoyez votre adversaire dans les cordes sans coup férir.

— J’aime Ash, dis-je tout à coup. J’aimerais qu’il soit heureux.

J’aime Ash. Je le sais maintenant depuis un moment, mais c’est la première fois que je le dis et même que je m’autorise à le penser.

— Et s’il vous disait qu’il part, mais ne veut pas que vous veniez avec lui ?

Cela me briserait le cœur, mais je l’accepterais.

— Je le laisserais partir, réponds-je. Aimer quelqu’un, c’est le laisser libre. S’il revient près de vous, c’est qu’il veut y être.

On frappe. Je me lève immédiatement et je lève mon flingue en ouvrant la porte. Je me trouve nez à nez avec Flavio Beneventi.

— Votre grand-père vous attendait, dis-je en baissant mon feu.

Je le fais entrer, et je salue le Vieux.

— Mr Striker ? m’interpelle-t-il.

— Oui, monsieur ?

— Avez-vous parlé à Hunter de tout cela ?

Touché.

— Pas encore, monsieur.

— Eh bien, faites-le. Voyons ce que Hunter pense de la liberté.

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