RENEGADES MADDOX EPISODE 25

Ash

C’est sorti tout seul. Je n’avais pas prévu de faire cette demande, je n’avais pas préparé mes mots, mais je ne regrette rien, bien au contraire. L’idée me tourne dans la tête depuis un moment. Tout quitter et emmener Maddox avec moi à Chicago pour nous bâtir une vie est un projet qui me fait battre le cœur.

Le souci, c’est que je n’ai aucune idée des projets de celui dont le statut est passé de coup d’un soir à mon petit ami. Il a sa vie ici et elle semble lui convenir. Il combat et gère les rings pour Hunter et semble satisfait de son sort. Je sais qu’il a sa mère qui vit à New York, et une partie de sa famille maternelle. Il n’a peut-être pas envie de quitter tout cela pour me suivre dans une ville inconnue.

— Je ne sais pas quoi dire, dit finalement Maddox.

— Déjà, tu ne dis pas non tout de suite, souris-je.

Il se met à rire et m’enlace.

— Je sais que je n’ai pas envie que notre histoire se termine avec le confinement, me dit-il. Je sais que j’ai des sentiments pour toi et j’ai envie de mieux te connaître encore. Mais partir n’implique pas que moi. Je bosse pour Pax, et ce n’est pas comme si j’émargeais dans une boite où je peux claquer ma dém’ du jour au lendemain. Il y a des paroles données et des loyautés.

— Je le sais. Je viens du même milieu, tu te souviens ? Je ne te demande pas une réponse immédiate. Je te fais une proposition. Moi-même, je ne suis pas encore parti. Il faut que je parle à mon grand-père, et que je m’organise pour laisser mon taff au sein de la famille à quelqu’un de compétent, ce qui n’est pas gagné.

Ça me fait mal au cœur de l’admettre, et encore je suis poli, mais je vais tout devoir laisser à Flavio. Ce sera lui l’héritier, au final, après notre père. Il va probablement faire une bringue d’enfer quand il va comprendre qu’il est en droite ligne de succession pour le clan.

— De toute façon, on est encore confinés, me rappelle Maddox.

— Si le Vieux ne rentre pas vite de l’hôpital, je sens que je vais avoir du mal à empêcher les autres de repartir chez eux, parce que c’est ce dont j’ai envie, moi aussi, soupiré-je.

La sonnerie de mon portable nous fait sursauter tous les deux.

— Mon grand-père, dis-je en prenant l’appel, inquiet.

Il est presque cinq heures du matin. Il devrait dormir à cette heure-là.

— Ash ?

Il chuchote.

— Grand-père ? Tu vas bien ?

— Je viens d’échapper à un assassinat, je peux donc dire que je vais bien, lâche l’ancêtre d’une voix étouffée. Minelli est mort.

Je me lève d’un bond, et je commence à me rhabiller en hâte.

— J’arrive ! Où es-tu ? Quel service ? Romano est avec toi ?

— Oui. Il m’a flanqué dans un fauteuil roulant. On est dans les sous-sols. On essaie d’aller au parking.

— Ils sont combien, en face ?

— Au moins trois. Viens avec du renfort, mais…

Il s’arrête net. La communication est coupée. Je reçois un texto m’informant que grand-père est à nouveau en mouvement, parce que les trois tueurs se rapprochent. Je lui dis que j’arrive. J’ai déjà mis mes baskets, je prends mon flingue – même pour venir voir Maddox je suis armé, question d’habitude – quand je le vois finir de s’habiller.

— Inutile, je pars, dis-je. Le Vieux se fait canarder à l’hôpital, son garde du corps est mort, et le mien essaie de le mettre à l’abri. Je vais réveiller Flavio et les autres et partir.

— Et tu perdras de précieuses minutes, objecte Maddox en ouvrant sa grande armoire.

Il repousse les fringues, j’entends les bips de touches digitales et il sort des armes qu’il me tend. Il y ajoute des vestes en Kevlar.

— Je ne veux pas t’impliquer, commencé-je.

— Je le fais à titre personnel, répond Maddox. Si on doit se mettre ensemble, je serais ton ombre.

Je plante un baiser sur ses lèvres. Je suis trop touché par son geste pour trouver les mots. Je mets le Kevlar, j’empoche les armes et je suis Maddox dans l’escalier, après avoir mis masques et gants, parce qu’on est encore en pleine pandémie. J’espère que le Vieux a un masque.

Le 4X4 de Maddox démarre du premier coup, ce qui est un bon point, vu que ça fait deux mois qu’il n’a pas tourné. Les rues sont désertes. On n’est pas très loin de l’hôpital par l’autoroute. Maddox roule vite, explosant les limitations de vitesse et zigzaguant avec adresse entre les rares véhicules qui le voit passer comme un météore. J’espère qu’il n’y a pas de flic dans les environs.

 J’appelle la famille, en commençant par Flavio, qui râle parce que je le réveille. Je le fais taire en lui disant en quelques mots ce qui se passe. Il va se charger de réveiller les hommes et arriver en renfort.

Je texte le Vieux, qui est cette fois dans un local technique, toujours au sous-sol. Romano a eu un des tireurs, mais il y en a encore deux à neutraliser. Ils ont des silencieux, tout comme Romano, ce qui fait que personne encore n’a donné l’alerte. Maddox en a pris aussi, et je les visse sur les flingues pendant qu’il conduit. Si tout se passe en douceur et surtout en silence, il n’y a aucun besoin d’alerter la cavalerie en tirant comme à Fort Alamo.

Maddox se gare dehors, juste à l’entrée du parking souterrain et on court jusqu’à la barrière. A cette heure-ci, il n’y a pas de gardien, juste une caméra, qu’on évite soigneusement. Cet hôpital est une vraie passoire, si vous voulez mon avis. N’importe qui peut entrer.

— Deuxième sous-sol, indiqué-je à Maddox après avoir reçu un nouveau texto de mon grand-père. Dans la chaufferie.

On court, on suit les indications gentiment laissé par la maintenance pour trouver la chaufferie en question. J’ai beau entretenir ma forme, Maddox est plus rapide que moi et je m’essouffle à vouloir tenir son rythme.

Devant la porte métallique, on se met en position, et j’abaisse doucement la poignée. Le cadenas a été forcé. On se glisse à l’intérieur, chacun couvrant l’autre. J’entends des voix au loin. Je texte le Vieux, qui ne répond pas. Maddox me fait signe. Il vient de repérer un corps au sol, et ce n’est pas Romano.

On se rapproche à pas de loups, trouvant instinctivement nos marques pour ne pas nous gêner et nous protéger. L’espace est occupée par de grandes cuves et de la machinerie, avec des tuyaux qui courent un peu partout. Au fond du local, mal éclairé par un tube fluorescent faiblard, grand-père fait face à un homme que je vois de dos. Romano et un deuxième tireur sont à terre, visiblement morts. Grand-père braque un flingue sur son adversaire, qui en fait autant. Il est en pyjama de soie et robe de chambre monogrammée et il porte son masque.

— Je t’avais dit que je te crèverais, Beneventi, crache l’homme.

— Tu en as mis, du temps, répond le Vieux sans se démonter.

— J’ai mis le temps qu’il fallait, rétorque l’inconnu. Tu vas crever, et je veux tu saches que Amy va y passer aussi. Je vais anéantir ton clan. Et tu sais quoi ? Un des tiens va m’aider !

— C’était toi, le coup de l’escalier ? demande le Vieux.

Il est dos au mur, il respire vite, mais sa main ne tremble pas.

— Mon complice.

— Un lâche, fait grand-père. Buter un homme face à face, d’accord. Mais un faux accident ? Et c’est ce pauvre Tony qui est passé. Ce sont des méthodes de lâches.

— L’important c’est le résultat, rétorque l’homme. Maintenant c’est face à face, Beneventi.

Je me glisse derrière lui. C’est un type grand et massif, probablement d’un certain âge à entendre sa voix, mais je ne m’y trompe pas. Sous la tunique d’infirmier, il y a des muscles.

Le Vieux m’a repéré. Il ne fait pas un geste, mais sa main libre esquisse un léger signe. De la main, je lui indique qu’on est deux. J’évalue les risques. Le type a son arme braquée sur le Vieux, et ne tremble pas. Si je tire, il a le temps d’appuyer sur la gâchette, même par réflexe.

— Si tu as un dernier mot à dire, c’est le moment, reprend l’homme.

— Si tu tires, je tire, rétorque grand-père.

— Je prends le risque, rétorque l’inconnu. Je suis plus jeune que toi et entrainé, alors que tu as le cœur qui bat la breloque. J’aurais la satisfaction de te voir crever, et Amy y passera elle-aussi.

Je comprends brusquement qui est l’homme. C’est O’Malley, l’ex-mari d’Amy. La silhouette correspond, en tout cas.

— Amy est en pleine forme, riposte grand-père, même si O’Malley a visiblement touché une corde sensible.

— A son âge, personne ne s’étonnera de la voir mourir, le cœur brisé, riposte O’Malley. Ensuite, je détruirai ton clan.

— Puisque je vais mourir, dis-moi qui est le traitre, fait grand-père.

— Non. Je veux que tu crèves en te demandant qui t’a trahi. Un de tes fils ? Ou un de tes petits-fils ?

— Je sais au moins que ce n’est pas Ash, riposte grand-père.

C’est le signal. Maddox se met légèrement sur le côté, prêt à couvrir l’angle mort.

— Et pourquoi ? demande O’Malley.

— Parce qu’il est juste derrière toi.

O’Malley est un ancien flic, à la retraite depuis quelques années. Il est trop malin pour se retourner comme ça.

— Tu crois vraiment que je vais tomber sur une ruse aussi grossière ?

Maddox lève le poing et tape sur l’un des tuyaux. O’Malley se retourne à demi, surpris, essayant de garder son arme braquée sur mon grand-père. Mais il a dévié de quelques degrés. J’ai une chance et une seule. Je tire.

Ma balle le cueille en pleine nuque. Maddox a tiré aussi et l’a touché en plein torse, au niveau du cœur. O’Malley tombe comme une masse, lâchant son flingue qui tombe avec un bruit sec sur le sol.

Je me précipite pour ramasser le flingue et je bondis sur grand-père, qui vacille un peu.

— Ça va ? demandé-je, inquiet.

— En pleine forme, répond le Vieux avant de se laisser tomber dans le fauteuil roulant.

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