RENEGADES MADDOX EPISODE 21

Maddox

C’est la deuxième fois que je vois une ambulance partir de chez les Beneventi, et la deuxième fois que ma gorge se serre au point que je ne puisse plus respirer. J’ai déjà eu mon content d’émotions hier. Ma mère est rentrée chez elle, mais elle reste sous surveillance médicale. Elle a attrapé la forme bénigne du Covid, et n’a dû d’être diagnostiquée qu’à cause d’un dépistage systématique du personnel soignant de son établissement. Elle va bien, elle n’a même pas de fièvre, mais elle est confinée chez elle et naturellement, je m’inquiète. Je me suis déjà débrouillé pour que tout ce dont elle a besoin lui soit livré, et je lui envoie trois messages par jour.

J’hésite à peine à prendre mon téléphone pour texter Ash. Nous avons décidé de prendre du recul, nous savons que nous n’avons pas d’avenir ensemble, mais je suis trop inquiet pour faire appel à la raison.

« Dis-moi que ce n’est pas toi dans cette ambulance, » tapoté-je.

La réponse arrive moins d’une minute plus tard.

« Mon grand-père. Malaise cardiaque. Je t’appelle plus tard, OK ? »

Je suis rassuré. Que le vieux Beneventi ait un malaise, à son âge, n’a rien de surprenant, même si je pense à la tentative de meurtre rapportée par Ash. Plus tard dans la soirée, il m’appelle carrément en vidéo, et un immense sourire illumine mon visage quand je le vois.

— Tu as des nouvelles ? demandé-je poliment.

— Non, pas encore. Je viens de subir un interrogatoire serré de la part de la famille, vu que j’étais avec lui au moment de son malaise, répond-il.

— Ça lui a pris d’un coup ?

Ash baisse les yeux.

— On était en train de se disputer, avoue-t-il. Et…

Il s’arrête et tourne la tête vers la porte de sa chambre, que j’aperçois derrière lui.

— Ecoute, me dit-il, j’aimerais venir te voir ce soir. Juste pour parler.

Mon cœur bondit dans ma poitrine.

— Tu connais le chemin ? souris-je.

— Je viendrais plus tôt. Je te laisse.

Je dîne tôt et je vais prendre une douche avant de passer mon pantalon de treillis et un tee-shirt noir. Je me scrute dans la glace. J’ai pris deux kilos, mais ça ne se voit pas. De toute façon, dès demain, j’ajoute un peu de cardio à mon entrainement habituel histoire de retrouver la forme. Pax m’a carrément interdit de me retourner me battre lorsqu’il a appris que ma mère était contaminée. Je n’ai même pas le droit de venir faire la nounou ou l’arbitre pour les autres combattants. Je vais gérer l’administratif, organiser les combats et m’occuper des paris, le tout à distance et en télétravail, s’il vous plait. Je sais que je dois rester en bonne santé au cas où ma vieille aurait besoin de moi, mais ça me met en rage. J’ai besoin d’action, bon sang !

A minuit passé, Ash m’envoie un texto. Je le surveille avec mes jumelles, et je le vois passer le mur qui nous sépare, masqué et ganté. Deux minutes plus tard, j’ouvre la porte et il est là, devant moi, souriant sous son masque. Je le laisse entrer pour qu’il se livre aux ablutions de rigueur.

Lorsque nous nous retrouvons face à face, il y a une microseconde d’hésitation, puis nous nous jetons dans les bras l’un de l’autre avant de nous embrasser comme si le monde devait finir dans la minute, ce qui est reste de l’ordre du possible. Je le serre si fort contre moi qu’il se dégage en riant, disant que je vais lui briser les côtes.

— Petite nature, dis-je en le lâchant.

Il tâte mes biceps d’un doigt appréciateur.

— Je ne veux même pas penser combien tu dois soulever avec ces muscles là.

— C’est une info confidentielle, rigolé-je.

Il a un grand sourire et me prend dans ses bras.

— Tu m’as manqué, soupire-t-il.

— Tu m’as manqué aussi, avoué-je.

Nous allons nous asseoir sur le canapé, et j’ouvre des bières.

— Ton grand-père va mieux ? demandé-je.

— Les médecins restent prudents, parce qu’il est âgé, mais ils pensent qu’il va s’en sortir. Il fait de l’arythmie, et il a eu une petite crise, mais pas une crise cardiaque.

— Tu penses à une double dose de cachets ? demandé-je.

Ash secoue la tête.

— Non, il fait très attention maintenant, et franchement, c’est ma faute s’il a fait ce malaise. On a eu des mots.

Il me raconte leur discussion et je ne sais pas quoi dire. Je me doutais qu’on ne se mariait pas comme on voulait dans une famille de mafieux, l’exemple de la fille Beneventi, Lea, est de notoriété publique, mais je n’imaginais pas que cela s’appliquait aussi aux petits-enfants, surtout s’ils sont gays.

— Je ne veux pas rester dans le clan, dit soudain Ash. Ils m’étouffent, tous, avec leurs manigances.

— Tu sais, tu trouveras cela dans n’importe quel gang. Dès que tu réunis plus de deux mecs, tu peux être sûr qu’il y en a qui parlent dans le dos des autres, et que chacun essaie d’avoir la plus grosse part de gâteau.

— Si ce n’est pas ta famille, tu n’as pas de gants à prendre, objecte Ash. Quand ton boss a fait son coming-out, il a viré tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec sa nouvelle façon de vivre.

Et le gars s’est vengé en passant à l’ennemi, pour finir abattu lors d’une bataille rangée entre les deux gangs. Mais je garde cette information pour moi.

— A un moment ou un autre, ça devient la famille, dis-je. Pax est mon ami autant que mon boss.

— Je sais. Mais j’avais pris cette décision avant qu’on se rencontre. Enfin, avant qu’on devienne proches, plutôt.

— Tu veux aller où ? Faire quoi ? demandé-je, curieux.

— Je pensais partir à Chicago, dit-il. J’ai des contacts là-bas, et je pourrais monter mon propre business.

— Toujours dans l’illégal ?

Ash hausse les épaules.

— J’ai ça dans le sang, mec. Tu ne me changeras pas.

Je lui prends la main.

— Je sais. Je ne veux pas que tu changes.

Je pense à ma mère et à ses rêves pour moi. Elle était fière que je m’engage dans l’armée, et elle espérait que j’y ferais carrière. Ensuite, elle a cru que j’allais me trouver un boulot qui durerait. Maintenant que je bosse pour Pax, elle sait que je fais dans l’illégal, elle n’aime pas me voir combattre dans l’octogone, mais elle est consciente que quelque part, j’ai un boulot sûr. A moins que Pax ne se fasse arrêter, ou que je ne me fasse tuer en le protégeant, je bosserais pour lui jusqu’à la retraite. J’aime mon métier, je ne peux pas le nier. Etre garde du corps ne me branche pas plus que cela, mais gérer les rings et combattre est devenu une passion pour moi. Le côté illégal du truc ajoute un peu de piment.

Ash hausse les épaules.

— Je ne peux partir maintenant, reprend Ash. Le Vieux m’a laissé la direction du clan tant qu’il est à l’hôpital.

Je ne peux pas cacher ma surprise.

— Il t’a désigné comme héritier ?

— Non, pour l’héritier, personne ne sait et c’est dans son testament. Mais il a dit devant mon père et mon oncle que c’était à moi de gérer le clan pendant son absence. Je suis grave dans la merde.

— Ils l’ont accepté ?

Ash fait la grimace.

— J’ai dû gérer la situation dans l’urgence, et pour l’instant, tout le monde est dans l’attente des nouvelles. Mais dès demain, le business va reprendre et je doute que ça se passe bien. Mes chers cousins ont commencé à comploter pendant le dîner, et je sais qu’il y a eu des petites réunions privées dans les chambres ce soir.

Mon cœur se serre.

— Ils ne vont quand même pas oser te buter ? m’indigné-je, prêt à proposer mes services de garde du corps.

— Non, me rassure-t-il en riant. Pas tant que le Vieux est vivant. Et franchement, je n’ai pas l’intention de me laisser faire. Il veut que je tienne le clan pendant son absence, je le ferai. Si les cousins ne sont pas d’accord, je dealerais avec, mais je ne me laisserais pas marcher sur les pieds.

— Ton grand-père a bien manœuvré, remarqué-je. Même sur une civière, il est capable de te faire faire ce que tu ne souhaites pas.

Ash baisse la tête.

— Je me sens coupable, reconnait-il. Si j’avais été plus diplomate, il serait parmi nous ce soir et je n’aurais pas toute cette merde sur les épaules. J’ai perdu mon sang-froid.

— Tu lui as dit ce que tu avais sur le cœur, corrigé-je en embrassant sa paume. Le moment est mal choisi, mais c’est lui qui a amené la discussion sur le sujet, non ?

— Oui, mais j’aurais pu faire trainer un peu les choses. Accepter de rencontrer ce type, Rodriguez.

Je lâche sa main.

 — Ah oui ? Et c’est quoi la prochaine étape ? Les fiançailles ?

Ash se met à rire.

— Mais non !

— Mais si. Tu le rencontres, tu finis par te dire qu’il ne ferait peut-être pas un si mauvais mari que ça et qu’en plus, ça ferait plaisir à ton grand-père, que tu adores.

— Je n’ai ni l’intention de me marier avec un héritier ni de reprendre les rênes du clan, répond Ash d’une voix ferme. Je regrette le malaise de mon grand-père, dans le sens où j’aurais pu être plus diplomate, mais ça ne change rien à ma résolution.

J’aime quand il est décidé comme cela. Je caresse sa mâchoire du bout des doigts. J’ai envie de lui. Il m’a trop manqué pour que je ne le désire pas. Je me traite de salaud, parce qu’il vient d’avoir un choc et que ma propre mère est malade, mais mon corps, sinon mon cœur, se moquent des péripéties de la vie. Une faim de vie m’envahit.

Ash pose sa bouteille de bière, désormais vide. Je fais de même.

— Si pour une fois, on ne pensait pas à l’avenir ? propose-t-il en se levant.

Je me lève à mon tour, et nous allons dans ma chambre main dans la main.

Au diables les responsabilités, les alliances de clan, les parents et tout ce qui va avec. Cette nuit, je veux uniquement être avec Ash.

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