RENEGADES MADDOX CHAPITRE 19

Maddox

Je viens d’exploser mon sac de sable. Mon dernier coup, gants de boxe aux poings, a eu raison de l’enveloppe et le sac se répand sous mes yeux, accusateur. Je pousse un soupir, j’attrape le sac, le décroche et je le pose au sol avant que le reste ait eu le temps de se répandre.

Il ne me reste plus qu’à en commander un autre. Il ne manquait plus que cela. Je maugrée tout seul en nettoyant, jusqu’au moment où j’envoie tout balader et donne un coup de pied dans le sac à terre, ce qui achève la bête. J’en veux au monde entier.

Cela fait quinze jours et quinze nuits que je n’ai pas parlé à Ash, et je suis en manque. J’ai besoin de lui, de son corps, de ses lèvres sur les miennes, de son sourire d’homme sûr de lui. J’ai envie de tracer son tatouage de dragon le long de son dos avec mes doigts et ma langue. J’ai envie de lui faire des choses que le Kamasoutra a oublié d’inscrire dans ses pages, mais qu’on a inventées pendant nos quelques nuits torrides.

Bien sûr que je sais que notre relation s’inscrit haut dans l’échelle des liaisons impossibles. On appartient à deux clans différents. Lui est lié par le sang tandis que je dois de ne plus vivre dans la rue à Pax. Je ne veux pas le quitter comme ça, pas en pleine milieu du confinement, alors que c’est le bordel dehors et que le Blue Lounge est fermé. Et même si je le faisais, j’ai de gros doutes sur la façon dont je serais accueilli par les Beneventi. Je doute que ce soit un remake du retour du fils prodige. Ils vont me regarder d’un air hostile parce que je viens du clan Hunter, et je vais probablement avoir à faire à un ou deux racistes dans le lot.

J’ai vu Pax tomber amoureux alors que je le croyais bon pour rester célibataire. Je l’ai vu virer sa cuti pour les beaux yeux de Nate, et se marier. Quant à Joaquin, monsieur « l’amour n’est pas pour moi », il est confiné avec l’amour de sa vie. Même ce connard de Ruskof d’Alexei a un mec. Il n’y a que moi qui reste seul comme le pauvre type qui n’a jamais de chance.

Arrivé à ce stade de l’auto-apitoiement, j’hésite à me la jouer gay dans une vieille sitcom et à me vautrer sur le canapé avec une glace au chocolat, puis je me rappelle que je n’en ai plus, parce que j’ai englouti le dernier pot il y a trois jours. Voilà, continue comme ça mec, et tu vas te prendre des poignées d’amour qui serviront de bouée cet été. Si toutefois on est sorti de ce foutu confinement, parce que ça n’en prend pas le chemin. A New York, ils viennent d’annoncer qu’on a pris jusqu’au 15 juin. Je crois que ça ne va bientôt plus être la peine de déconfiner, on va tous finir par devenir dingues et se retrouver en camisole de force. Et voilà ce foutu sable qui vient d’encrasser mon aspirateur ! Merde ! Je donne un bon coup de pied dans l’engin et je me recule vivement quand de la fumée monte du moteur. Je débranche en vitesse, et je porte le bazar sur le balcon. Ce n’est pas vrai ! Je viens de bousiller mon aspirateur ! Mais je n’en peux plus ! J’ai la poisse, ce n’est pas possible !

Mon portable sonne à ce moment-là. C’est Pax en appel visio. J’appuie sur l’écran en retenant ma force, parce que je n’ai pas envie d’être coupé du monde pour cause de téléphone bousillé.

— Ouais ? rugis-je.

Pax se recule un peu et rigole.

— Salut, l’ours des cavernes. Tu n’as plus de café ?

Je soupire. Pax ne sait rien à propos de mes amours contrariés.

— Non, mon aspirateur vient de me lâcher.

— C’est le moment d’apprendre à balayer, Daniel san, répond-il en rigolant de plus belle.

— Ta gueule, Myagi sensei, grogné-je. Si tu te crois drôle, tu te trompes.

— Nate me trouves hilarant.

— Il est obligé de te trouver hilarant, il est coincé avec toi jusqu’à la fin de vos jours, riposté-je.

Pax soupire. Il a l’air d’excellente humeur, ce qui me rappelle que le monde ne tourne pas autour de moi et de mon pauvre petit cœur brisé.

— Que veux-tu ? demandé-je.

—Discuter de la réouverture possible des octogones, soupire-t-il, tout sourire envolé. Les finances sont en baisse, mon pote. Notre bon maire fait pression sur moi pour rouvrir le cercle de jeux, et j’ai refusé parce que je sais très bien que les mesures barrières seront impossibles à respecter dans le feu de l’action. Mais on pourrait organiser des combats à huis-clos. On teste les combattants juste avant, avec un test sérologique, et on les fait combattre en vidéo HD.

— Si un des mecs vient juste de se faire infecter, le test sera négatif, mais le gars pourra contaminer son adversaire, objecté-je.

Je ne suis pas médecin, mais j’ai une mère infirmière avec qui je discute un peu tous les soirs. Je commence à comprendre le bazar.

— Merde, je n’avais pas pensé à cela, reconnait Pax.

— Il y a une solution, mais elle n’est applicable avant quatorze jours.

— Vas-y.

— Tu mets les mecs à l’isolement. Dans des chambres séparées, j’entends, pendant quinze jours. On les teste avant, pendant, et au moment du combat. Ça limite beaucoup les risques.

— Et comment font-ils pour s’entrainer ? objecte Pax.

Merde.

— On les met ensemble pendant les quinze jours ? suggéré-je.

— C’est une idée, reconnait-il. Mais encore faudrait-il qu’on réunisse tous les mecs, qu’on les teste, qu’on sache ce qu’ils ont branlé ces quinze derniers jours, s’ils étaient confinés ou pas, et qu’on leur trouve un endroit pour vivre et s’entrainer. Et une nounou pour éviter que ça finisse en pugilat avant l’entrée sur le ring.

Je soupire. J’en ai marre de ce putain de virus, j’en ai marre du confinement, j’en ai marre de rester toute la journée enfermé à ressasser mon histoire d’amour foirée avec Ash Beneventi. J’ai besoin d’action, de cogner sur quelque chose ou quelqu’un, et surtout de me sortir Ash de la tête.

— Je suis volontaire pour leur servir de nounou, dis-je. On trouve une vingtaine de gars prêts à venir s’isoler et on annonce la réouverture de l’octogone avec de la pub. Quinze jours d’entrainement ne seront pas du luxe. Et ça donnera le temps de faire monter les enchères pour les paris.

— Je vais demander à Joaquin de trouver du bon matos pour filmer, et des types capables de piloter les caméras à distance. Ah, il faudra aussi un arbitre. Tu pourras assurer ?

Je fais la grimace.

— Je préfère combattre.

— C’est quand même risqué, mec. Si jamais tu te blesses, ou si un test foire et que le mec en face te contamine, tu risques gros.

— Les autres aussi.

— Les autres combattants bossent pour moi. Toi, tu es mon ami.

Merde, je vais chialer s’il continue.

— J’ai besoin de me taper sur quelqu’un, dis-je lorsque ma gorge s’est un peu dénouée.

Pax soupire.

— Je comprends, mec, crois-moi.

Je me rappelle qu’il est confiné avec ses beaux-parents.

— Ça se passe bien avec belle-maman ? demandé-je.

Oh, la tête !

— Disons que j’ai mis les choses au point dès le début, soupire-t-il, mais ça reste tendu. Elle a lancé une idée un soir où elle avait trop picolé et depuis, elle nous fait chier avec.

— Que se passe-t-il ?

Pax hésite, puis se lance.

—Belle-maman a lancé l’idée qu’on pourrait adopter un gosse. Ou en faire un avec une mère porteuse. Enfin, bref, un gosse, quoi.

Je sens ma mâchoire qui se décroche et qui tombe par terre. Pax et Nate, futurs parents ? Je ne connais pas très bien son mari, mais je connais Hunter. Je ne le vois pas vraiment en père de famille. Il a déjà eu du mal à trouver du temps pour son couple, parce que c’est un malade du travail, toujours sur le pont, alors je ne le vois pas en train de s’occuper d’un môme.

— Et Nate et toi, vous en pensez quoi ? demandé-je prudemment.

— Nate n’est pas chaud, et moi non plus. On a des carrières prenantes, à peine du temps pour nous deux, et vu mon métier, je n’ai pas envie d’élever un môme avec toi en garde du corps H24.

— Je t’arrête tout de suite, je ne suis pas volontaire pour jouer les nounous. Si vous ne voulez pas de gosses, dites-le à Sally.

J’aime bien les gosses, mais je refuse de servir de garde du corps à l’un d’eux. Petit, il va se mettre à brailler, ado, il ou elle me fera chier juste pour s’amuser.

— C’est ce que l’on a fait. Depuis, elle nous dit qu’on devrait au moins adopter un chien. Et là, Nate est enthousiaste.

— Pas toi ? m’étonné-je. C’est bien, un chien.

— Je n’ai pas remarqué que tu en aies un, lance-t-il.

— Je ne suis jamais à la maison. Toi, tu pourrais l’emmener au club.

— C’est Nate qui en veut un, pas moi, marmonne Pax. En plus, on n’est pas d’accord sur le modèle.

— La race, tu veux dire ?

— Ouais, la race. Quitte à avoir un clébard, autant que ce soit une bête qui ait de la gueule, un gros truc. Nate et sa mère craquent sur des bestioles genre yorkshire. Le cliché du gay à lui tout seul.

J’éclate de rire. La tête de Pax vaut tous les films comiques du monde. Je sens qu’il va se retrouver avec un petit chien dans les bras avant longtemps.

— Rigole, mon pote. Si je me retrouve avec un chien que je n’aime pas, c’est toi qui t’en occuperas quand je serai au club.

— Si tu veux.

J’aime beaucoup plus les bêtes que les gamins, soit dit en passant.

— Tu devrais en adopter un. Tu pourrais l’amener au club, si tu veux, propose Pax.

— Je pense que je finirais tout seul, marmonné-je. Sans mec, sans gosse, sans personne.

— Hé, ça n’a pas l’air d’aller ? s’inquiète Pax. D’ailleurs, ça fait plusieurs jours que tu as une sale mine.

— Merci, répond-je, vexé.

— Je suis son ami, Mad. Je m’inquiète.

J’hésite. Je n’ai aucune raison de lui parler de ma liaison. C’est fini, terminé, kaput. J’imagine mal lui dire que j’ai profité du confinement pour baiser avec l’un des héritiers du clan Beneventi.

Un double appel me sauve de mon dilemme.

— Je te reprends, dis-je en mettant la vidéo en off.

C’est le numéro de la clinique où travaille ma mère. J’ai la secrétaire du directeur en personne, qui m’apprend que ma mère a été contaminée et qu’elle est en réanimation.

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