#Renegades #Maddox #épisode 17

Le vieux Beneventi a découvert que son petit-fils faisait le mur pour venir me retrouver. Il sait que j’habite dans cet immeuble, et ne l’a pas découvert hier. L’aïeul du clan connait probablement le nom de tous ses voisins, leurs connections et leurs affiliations. C’est pour cela qu’il est si puissant et dure depuis longtemps sans s’être fait descendre. Il a des ramifications partout, il sait tout avant tout le monde et il résout les problèmes avant qu’ils ne se posent.

En attendant, je ne sais pas si je dois m’attendre à me faire descendre par un sniper en me mettant à ma fenêtre ou à un commando armé faisant irruption dans mon appartement pour me descendre. Dans le doute, je suis prêt à tout, et surtout à défendre chèrement ma peau. Ash m’a assuré qu’il allait en parler à son grand-père et garantir ma sécurité, mais en attendant, je préfère être prudent. Il est clair que je suis une gêne pour le Vieux. Il a dû voir rouge en apprenant que son petit-fils se tapait le garde du corps d’un chef de gang rival, même si Pax est en paix avec les Beneventi.

Je suis doué pour les relations impossibles.

J’espère que le Vieux n’a pas appelé Pax pour lui parler. Cela dit, je l’imagine mal rapporter. Hey, Hunter, il y a ton garde du corps qui sort avec mon petit-fils, dis-lui d’arrêter. Non, il ne s’abaisserait pas à cela. En revanche, il peut songer à l’éliminer vite fait bien fait, histoire qu’Ash passe à autre chose.

J’espère qu’il ne va pas appeler Pax. Sinon ça fera la deuxième fois en un an que Hunter se prend la tête à cause de ma vie sentimentale.

La dernière fois que je suis tombé amoureux, ce n’était pas d’un petit-fils de mafieux, c’était d’un flic.

Je connaissais le lieutenant Morrow de vue, parce que c’est l’adjoint du chef de la police. Mais je ne lui avais jamais vraiment parlé l’agression de Nate, le futur mari de Pax, et le séjour à l’hôpital qui en a résulté. Hunter, déjà fou amoureux de son petit avocat, m’avait demandé de garder sa porte H24, sans même une pause pour aller pisser. Quant à dormir, je pouvais oublier. Le lieutenant Morrow n’était absolument pas d’accord. Appelé pour enregistrer le témoignage de Nate sur son agression, il n’a pas apprécié que je prétende assister à la rencontre, sous prétexte que j’avais reçu des ordres de mon boss. Morrow, un grand blond musclé, m’a annoncé qu’on n’était pas dans GTA et que les gangs ne faisaient pas la loi dans sa ville. Je lui ai simplement répété que j’avais des ordres. Le ton est monté entre nous et il a menacé de m’arrêter sous divers chefs d’accusation, comme port d’armes, ce à quoi j’ai rétorqué que j’avais un permis, obstruction aux forces de l’ordre, ce qui était discutable, et enfin, juste parce que je l’emmerdais à me mettre en travers comme ça. Il voulait juste faire son boulot, à savoir recueillir la déposition de Nate, poster un de ses hommes pour assurer sa sécurité, et je l’en empêchais. Je suis resté calme, parce que je me faisais tout un trip sur la façon dont j’aimerais empêcher Lieutenant Sexy de faire son job. Ça impliquait ses menottes et un coin tranquille.

Après nous être symboliquement tapé sur la poitrine pour montrer qui était le plus viril, on a fini par s’empoigner, mais pas pour se taper dessus. Je n’ai pas eu besoin de menotte, parce que Morrow s’est rendu de lui-même, s’est mis en position d’être fouillé, ce qui a dû le changer, et m’a laissé l’interroger autant que je le voulais.

On a fini par coopérer pour la protection de Nate, en alternant nos heures. Comme il n’est pas resté longtemps à l’hôpital, Morrow et moi avons trouvé d’autres prétextes de nous voir, comme par exemple faire l’amour comme des sauvages dans les endroits les plus inattendus. En dehors d’un local d’entretien de l’hôpital, d’une chambre vide, des archives, on a également désacralisé sa voiture de patrouille, où on a joué un remake de Titanic avec une main sur la vitre embuée. Ce fut ensuite chez moi, autrement dit dans ce même appartement où j’ai fait l’amour avec Ash, chez lui, puis à nouveau chez moi, parce que mon lit est plus confortable. Et on a fini par passer du sexe pur et animal à du sexe animal, mais avec un peu de tendresse autour, et puis on s’est mis à parler. Cela a été le commencement de la fin. Morrow était un ancien GI, j’étais un ancien Marines, on avait des choses en commun, des trucs à se dire, jusqu’au moment où on s’est murmuré les trois mots fatals.

J’étais sincère et lui aussi. L’air était à la romance. Pax venait de demander Nate en mariage, Joaquin de tomber amoureux de Gabe, et c’était le printemps. Personne n’était confiné, on était heureux et amoureux, les oiseaux chantaient et je refusais de penser à l’avenir. Morrow était flic et j’étais un gangster, même si je me donnais le nom de garde du corps et que je cumulais ça avec le titre de champion de MMA de l’écurie Hunter. Je me voyais surtout comme un sportif. Je me vois toujours comme ça, d’ailleurs, comme un type qui gagne sa vie dans un octogone, et qui manage d’autres free fighters.

Mais à la vérité, je suis un putain de gangster. Je porte un flingue, je m’en sers à l’occasion et je fais secrètement le désespoir de ma mère, qui aimerait me voir redevenir honnête. Même les combats ne lui plaisent pas. Toute cette violence la rebute, et elle n’a jamais voulu voir un de mes combats, ce que je comprends aisément.

Morrow est venu me voir combattre et m’a encouragé. Mais une fois que nous sommes sortis de nos rencontres purement sensuelles, il a vu comme moi les problèmes que cela posait. Au bord de l’octogone, les gens les reconnaissaient, et certains étaient mal à l’aise de côtoyer un flic connu pour son intégrité. Morrow lui-même, parfois, m’interrompait au beau milieu d’une discussion sur nos journées respectives, levant la main.

« Je ne veux pas savoir ».

C’est devenu son leitmotiv. Il était de plus en plus mal à l’aise. Quand le jeune Gabe s’est fait enlever, quand il y a la guerre contre le clan russe, je me suis retrouvé en première ligne, et pas pour des négociations de paix. Morrow le savait et se retrouvait coincé entre son sens du devoir et son amour pour moi. Il était littéralement déchiré. Son sens de la morale ne lui permettait pas de faire avec. Il a envisagé d’abandonner sa carrière pour moi. J’ai refusé. Il ne serait jamais heureux avec un gangster, parce qu’il était un flic dans l’âme, qu’il porte le badge ou non.

Sans compter que Pax voyait notre relation d’un mauvais œil. De tous les mecs gays de la ville, il avait fallu que je tombe amoureux d’un flic, et il hésitait entre amusement cynique et vraie colère. Je mettais le clan en danger en sortant avec un flic. Je pouvais me trahir et trahir Hunter, et cela, il n’en était pas question.

Morrow et moi avons finalement rompu à l’été. Nous avons convenu que nous n’étions pas fait l’un pour l’autre, et que nous ne serions jamais heureux ensemble,

J’ai eu le cœur sinon brisé, du moins bien meurtri par cette histoire avortée. Dans la foulée de Pax et Joaquin, je me voyais bien me fixer avec un mec, construire quelque chose, avoir un type bien à présenter à ma mère, ce genre de choses.

On pourrait croire que j’ai appris ma leçon.

Il a suffit d’un confinement et d’un type qui fait sa gym en face de ma fenêtre pour me faire tout oublier.

Ma relation avec Ash n’est pas plus viable que ne l’était celle avec Morrow. Un Beneventi ne peut pas donner sa démission, pas abandonner son clan, pas plus que je ne peux laisser tomber Pax, mon boss et mon ami.

Finalement, que le vieux Luca nous ait découvert n’est peut-être pas une si mauvaise chose. Cela nous oblige, l’un comme l’autre, à regarder la réalité en face.

Nous n’avons aucun avenir ensemble.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :