#RENEGADES #MADDOX #EPISODE 9

Ash me montre le test via son téléphone.

— Tu l’as trouvé ? demandé-je.

— Non, Amy me l’a donné.

Je me sens mieux. Au moins il n’a pas volé pour moi, il l’a eu d’une façon correcte.

— Je me sens coupable de passer un test juste pour qu’on puisse se rencontrer alors que des tas de gens en ont bien plus besoin que moi, dis-je, pensant à ma mère.

Ash me fait un sourire à faire fondre le cœur le plus endurci.

— C’est l’éternel problème de celui qui a par rapport à celui qui n’a pas. Le Vieux ne va pas aller distribuer ces tests dans la rue, donc qu’il soit dans le placard d’Amy ou que tu l’utilises, ça ne fait pas une grande différence. J’ai envoyé un email à l’infirmière qui nous a testés, avec tes coordonnées. Elle te contactera demain. Avec un peu de chance, demain soir on sera fixés.

J’ai le cœur qui bat à toute vitesse. Demain soir. Dans moins de vingt-quatre heures, donc. Je ne suis pas très inquiet du résultat. Je n’ai vu personne depuis que je suis confiné, vu que les livreurs laissent les courses devant ma porte, et je me sens en pleine forme. Je peux être asymptomatique, bien sûr, c’est là tout le risque.

J’espère que non.

— On se donne rendez-vous à 4 h ? propose Ash. Juste sous ta fenêtre ?

J’accepte ce rendez-vous. En attendant, je crois qu’on est tous les deux trop nerveux pour faire une séance coquine en vidéo. On parle un peu, puis Ash se met à bailler et je me fous de lui, pas capable de tenir une nuit blanche.

— Attends un peu, mec, si ton test est négatif, demain c’est toi qui va devoir tenir toute une nuit, rétorque-t-il.

Je me fige. Je pense brusquement à quelque chose.

— Attends ! m’écrié-je en courant à la salle de bain.

J’ouvre l’armoire à pharmacie et je pousse un soupir de soulagement. J’ai tout ce qu’il faut, en quantité suffisante pour tenir un siège.  Je reviens à mon téléphone que j’ai laissé sur le lit. Ash brandit des préservatifs et un tube devant la caméra.

— Je suis équipé, si jamais, sourit-il.

— Tu comptais les utiliser en confinement ? demandé-je.

— Ecoute, j’étais presque sûr que non, vu que j’avais peu de doutes sur les goûts des gardes du corps, mais je suis un gars qui est toujours prêt. Qui aurait pu deviner ce qui arrive ?

Je rigole.

— Pas moi, reconnais-je.

Ash s’allonge sur son lit, et j’ai un plan moyen sur son torse nu et son visage d’ange italien.

— Je t’avais déjà repéré depuis un moment, dit-il. Si tu n’avais pas été l’ombre d’Hunter, je me serais lancé bien avant.

— Tu crois que j’avais les yeux dans ma poche ? demandé-je. Mais tu fais partie des intouchables pour moi.

— Des intouchables ? Pourquoi ? s’étonne Ash. A cause de ma famille ?

— Non. Parce que tu es un héritier, réponds-je avec franchise. Les princes se font des princes, pas des gardes du corps.

— Faux, réplique Ash. Je me suis déjà fait un de mes gardes du corps.

Je sens une brusque pointe de jalousie.

— Il travaille encore pour toi ?

— Non. On s’est séparés et il est parti.

Bien.

— Tu étais avec quelqu’un avant tout ça ? ne puis-je m’empêcher de demander.

Un sourire amusé joue sur les lèvres d’Ash.

— Non. J’avais des fuckbuddies, sans plus. Et toi ?

— On fait des vidéos tellement chaudes que le wifi prend feu. A ton avis ?

Ash se penche vers son téléphone.

— Mmmhh… Non, je ne pense que tu aies quelqu’un. Tu as la réputation d’être un homme d’honneur. Tu es un ancien soldat, n’est-ce pas ? Un ex-GI ?

— Un Marines.

Il n’y a pas d’ex-Marines. Une fois qu’on a intégré ce corps d’élite, on l’est pour la vie, même après être parti. Les valeurs restent. Semper Fidelis.

— Un Marines ? Oh. Mon. Dieu.

— On dirait la meuf dans Friends, rigolé-je. Tu as des fantasmes sur l’uniforme ?

— Un peu, mais les Marines sont très, très haut dans mon échelle personnelle. J’en ai des frissons. Tu avais un grade ?

— Sergent.

— C’est mon nouveau grade préféré.

On se met à rire.

— J’ai encore mes tenues de combat, dis-je.

Les yeux d’Ash s’assombrissent.

— J’espère que ce foutu test sera négatif. J’ai envie de toi.

— Moi aussi.

Mon alarme nous fait sursauter tous les deux.

— Quatre heures moins dix, dis-je. Prêt ?

— Prêt, répond-il. A tout de suite.

J’ai l’impression de m’évader de prison. Je me suis habillé tout en noir, histoire de ne pas me faire repérer, encore que l’éclairage soit parcimonieux entre nos deux maisons. Je retrouve de vieilles habitudes en passant d’une zone d’ombre à une autre, en veillant à ne faire aucun bruit. De l’autre côté du mur, j’entends une branche craquer.

— Tu es là ? me lance Ash dans un murmure.

— Je suis là.

Je pose mes mains contre le mur. De l’autre côté, à trente centimètres à peine, se trouve l’objet de mes désirs. Il y a un bruit de papier au dessus de ma tête.

— Voilà le test.

Je tends la main, je tâtonne et je trouve un sachet en papier. Je le saisis et je l’ouvre en veillant à rester entre le contenu et mon immeuble. On ne sait jamais qui peut regarder. Le test est bien là, dans son emballage plastique.

— Maddox ?

— Oui. Ash.

J’ai laissé son prénom jouer sur ma langue. C’est la première fois qu’on se parle sans l’intermédiaire de la caméra. Je tuerais pour pouvoir le toucher.

— Je suis sûr que ce sera négatif.

— Je l’espère. En attendant, ça va être long.

Il a un petit rire. J’entends un bruit de tissus, puis quelque chose m’atterrit sur la tête. Je le saisis machinalement et le déplie. C’est le tee-shirt d’Ash.

— Ça te donnera de quoi tenir, dit-il. Mais garde des forces pour demain.

J’enfouis mon visage dans le tissu et je respire son odeur. J’ai un vertige. Je m’appuie contre le mur.

— Maddox ?

— Je suis toujours là.

— Je… Même si on ne devait pas se rencontrer tout de suite, on continuera à se parler, d’accord ?

Il est plus touchant qu’il ne l’imagine dans son incertitude.

— Oui, affirmé-je. Et quand tout ce bordel sera fini, qu’on pourra sortir, on se rencontrera de toute façon. Tu as ma parole, Ash Beneventi.

— Et tu as la mienne, Maddox Striker.

On reste un moment, l’un près de l’autre sans se voir ni se toucher, mais ce n’est pas très pratique de parler à voix basse à travers un mur, alors on finit par rentrer chacun chez soi.

Le lendemain matin, à peine ai-je eu le temps de me faire un café que l’interphone m’annonce l’arrivée de l’infirmière promise par Ash. Elle me demande de rester dans mon hall d’entrée, d’ouvrir la porte et de me reculer, ce que je fais. Elle est en masque, surblouse, charlotte et gants. Je lui tends le sac papier ouvert, et elle prend le test. Elle l’ouvre, me demande de m’asseoir sur la chaise que j’ai amenée, vu qu’elle fait trente bons centimètres de moins que moi. Elle me file le coton-tige géant dans une narine et me l’enfonce si loin que je retiens un grognement de douleur. Puis elle retire le total, et je suis tenté de vérifier qu’un morceau de mon cerveau n’est pas venu avec. Elle ensache mon prélèvement, et me dit que j’aurais les résultats par email ce soir. Puis elle s’en va aussi rapidement qu’elle est venue. Le total n’a pas duré plus de trois minutes.

J’envoie un message à Ash pour lui dire que le prélèvement a été fait, on échange quelques textos, mais on est trop nerveux pour vraiment se parler. J’ai dormi avec son tee-shirt sur mon oreiller. Je tourne comme un fauve en cage. Je regarde l’heure toutes les cinq minutes, et mon email toutes les dix. Je fais un peu de ménage, des fois que mon appartement ne serait pas assez propre. Je suis tenté de changer les draps, mais je m’abstiens, par pure superstition. Si je ne mets pas de draps propres, le test sera négatif. Je les changerais quand j’aurais le résultat.

A dix-sept heures, j’ai fait ma routine de sport quotidienne, j’ai lu un nouveau polar auquel je n’ai rien compris, et je vais finir par user mon écran à force de vérifier mes mails.

A dix-huit heures, mon alerte m’informe que j’ai du courrier.

J’ouvre.

C’est négatif.

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