#RENEGADES #MADDOX #EPISODE 8

Dans ma tête, je fredonne le générique de la Panthère Rose. J’ai mis des chaussettes, pour ne pas faire de bruit, et je me glisse furtivement au deuxième étage, après être sorti de ma chambre en catimini. Je me sens tout excité, comme quand j’étais gosse et que je partais à la chasse aux œufs de Pâques, ou ado quand je faisais le mur. J’ai juste mon portable, que j’ai mis sur silencieux, pour m’éclairer. J’arrive au deuxième, en ayant fait attention de ne pas faire grincer l’avant-dernière marche, puis je reste immobile, en retenant mon souffle. Aucun bruit. Tout le monde dort. Même les domestiques sont couchés, que ce soit avec les gardes du corps ou toutes seules. Je me faufile dans la salle de bain du Vieux, attenante à sa chambre. La porte de communication avec ladite chambre est heureusement fermée. Je braque la lumière de mon portable et je vais au plus évident, à savoir l’armoire à pharmacie. Je l’ouvre, elle fait un claquement sec et je me fige. Je balaie les étagères avec ma lumière. Il y a les médicaments de grand-père, pour le cœur, pour la tension et ses compléments alimentaires, bien alignés sur l’étagère du bas. Plus haut, je trouve divers petits flacons de prescriptions passées, et encore plus haut, un stock industriel de petites gélules bleues. Je retiens un petit rire. Le Vieux a de quoi faire plaisir à Amy pendant des mois avec ce stock. Il a pris ses précautions, on dirait. J’espère qu’il fait gaffe à son cœur.

Je vois bien des emballages en papier et plastique, mais rien qui ne ressemble de près ou de loin à un test. J’ai regardé sur Internet à quoi ça ressemble sous emballage, parce que je n’ai qu’un vague souvenir de celui que l’infirmière a déballé, à part le coton tige géant qu’elle m’a enfoncé jusqu’au cerveau.

Je cherche un truc sous plastique, marqué Covid 19 en gros. Je ne trouve rien qui y ressemble. Je referme l’armoire et je passe au placard à linge. Je tâte les piles de serviettes propres, qui sentent bon l’adoucissant, mais rien.

Bon. Le bureau, maintenant. Grand-père ne ferme aucune pièce à clé dans sa maison, sauf la cave à vin et l’armurerie. Je me faufile dans son antre et je fouille rapidement le bureau, les armoires, mais à part des papiers, des papiers et encore des papiers, je ne trouve rien. Je tâte même sous le bureau et sous les tiroirs voire s’il y a scotché quelque chose. J’ai l’impression d’être un flic. J’ai déjà fouillé des bureaux et des appartements, mais c’était le flingue à la main et à la brutale. Là, je n’ai pas intérêt à laisser quelque chose en désordre.

Je vous ai dit que par simple précaution j’ai mis des gants en latex ? On ne sait jamais, des fois qu’un jour ou l’autre il y aurait une recherche d’empreintes, que ce soit par le Vieux lui-même ou les flics, on n’est jamais trop prudent. On n’est pas chez les Miller, ici, on est chez des mafieux où la violence fait irruption sans prévenir.

Je finis dans le hall, pas plus avancé que je ne l’étais en sortant de ma chambre. Ces putains de tests sont bien quelque part. Grand-père n’a sûrement pas laissé l’infirmière repartir avec, il est trop malin pour cela. Il a dû les garder.

Ils doivent être dans sa chambre. S’il les a mis dans son coffre-fort, comme dit à Maddox, c’est mort. J’entends soudain un bruit de pas, et je vais me planquer vite fait dans le salon, dont la porte est restée ouverte. Une porte s’ouvre. C’est Amy qui sort de sa chambre, vêtue d’un pyjama… Betty Boop ? Moi qui l’imaginais en chemise de nuit de mamie, je suis surpris. Je suis encore plus surpris lorsqu’elle pointe un flingue dans ma direction, même si elle ne peut pas me voir.

— Qui que ce soit, sortez de là, dit-elle à voix basse, mais ferme.

Merde ! Grillé comme un bleu ! Je vais me faire enguirlander, mais sévère. Vite fait, je tire sur mes gants, qui résistent, j’essaie de ne pas les faire claquer et je les fourre dans la poche de mon jean.

— C’est moi, Amy, murmuré-je en m’avançant. Tu peux pointer ce truc ailleurs ?

La petite amie de grand-père baisse son arme et me fait signe d’approcher.

— Je peux savoir ce que tu fiches ici à cette heure ?

Euh.

— J’attends, fait-elle. Faut-il que je réveille ton grand-père ?

Non !

J’aime bien Amy, c’est une chic femme qui a redonné le sourire au Vieux après que grand-mère soit partie rejoindre les anges. Elle a un don redoutable pour savoir quand on lui ment, et je n’ai pas envie de trahir sa confiance. Je pense qu’elle peut comprendre.

— J’ai rencontré un mec, commencé-je.

Je ne nomme pas Maddox, je dis simplement « le voisin d’en face ». Quand j’ai fini, Amy me fait signe de la suivre dans sa chambre, où elle étouffe un rire dans sa main.

— Tu cherchais un test pour pouvoir t’envoyer en l’air avec un mec ? rigole-t-elle.

— Hé, tout le monde n’est pas confiné avec son homme, protesté-je.

En jetant un coup d’œil autour de moi, je comprends pourquoi je me suis fait prendre. Amy lisait un Stephen King au lieu de dormir. J’ai beau avoir été discret, le bureau du Vieux est juste à côté de sa chambre, elle a dû m’entendre ouvrir et fermer les tiroirs.

— Et tu vas faire comment pour lui faire parvenir ?

— Par-dessus le mur, improvisé-je. Et je contacterai une infirmière pour venir faire le test. Et tu sais dans quel labo ils sont été envoyés ? Je me rappelle que ça a été ultra rapide.

Amy me regarde comme si j’étais devenu dingue.

— Tu veux vraiment le faire ? Pour pouvoir tirer un coup ?

— Pour faire l’amour, protesté-je.

— On fait l’amour quand on est amoureux, objecte-t-elle.

Je fais la moue.

— Ecoute, Amy, c’est déjà assez compliqué comme ça sans qu’en plus tu viennes jouer les psys, protesté-je. J’ai envie de baiser, d’accord. Mais j’ai aussi envie de le serrer dans mes bras, de l’embrasser, de le toucher… Toi, tu as grand-père, tout le monde s’est trouvé un mec ou une meuf dans cette maison, moi je suis tout seul.

— Pauvre petit choupinet confiné dans une magnifique villa avec jardin et toute sa famille, se moque-t-elle sans pitié.

— Je sais, je ne suis pas à plaindre, la mère de… Striker est infirmière et elle va au front tous les jours.

Je me dis que si j’ignorais le nom de famille de Maddox, Amy doit l’ignorer aussi. Pas sûr qu’elle connaisse même son prénom, mais je préfère être prudent. Je n’ai aucune idée de ce que le Vieux lui raconte en tête-à-tête.

Elle me regarde en hochant la tête.

— Bon. C’est bien parce que je t’aime bien, dit-elle en allant à la grande armoire en face de sont lit.

Elle l’ouvre et en sort une boite, d’où elle extrait un sac plastique.

— Voilà un test. Fais le passer à ton petit ami. Dis-lui qu’une infirmière doit le faire, pas lui, si on veut que ça soit fait correctement. Peut-être sa mère ?

— Non, elle n’est pas à Greenville.

— Je vais te donner les coordonnées du labo qui nous a envoyé la nôtre. Mais je te préviens, Ashton Beneventi, je veux voir les résultats du test. Si jamais il est positif, il est hors de question que tu rencontres ce Striker, nous sommes bien d’accord ? Ou alors tu dis à ton grand-père que tu quittes définitivement la maison et tu vas vivre avec lui. Si tu mets sa vie en danger, je te jure que je t’explose les couilles !

Je ne me doutais pas que leur relation était aussi passionnée. Je retiens un sourire.

— Amy, j’aime grand-père, tu le sais. Penses-tu vraiment que je le mettrais en danger ?

— Je sais que l’amour fait faire des folies.

— Je ne suis pas amoureux. J’ai juste besoin de contact humain.

— Si tu le dis. Allez, file. Si j’étais toi, j’attendrais trois ou quatre heures du matin, quand tout le monde dort, pour donner le test à ce mystérieux jeune homme. Il est beau, au moins ?

Mon sourire devient rêveur.

— Oui, soupiré-je.

— Tu as des photos ? demande-t-elle, curieuse.

Je rigole.

— J’ai des vidéos, mais je doute que tu veuilles les voir.

Mais Amy ne sourit pas.

— Il en a de toi ?

— Oui, je suppose. Si j’ai pu enregistrer les siennes, il a pu faire pareil avec les miennes.

J’utilise une appli pour enregistrer mes conversations Skype.

— Ce qui veut dire que des vidéos compromettantes d’Ash Beneventi circulent dans la nature. Bravo, tu es doué.

Merde ! Je n’avais pas du tout pensé à cela ! Oh putain, mais quel con ! Comment n’y ai-je pas pensé ? Il m’est arrivé d’avoir des conversations hot avec des mecs, mais je montrais soit ma gueule, soit le reste, mais pas les deux en même temps. Là, s’il veut me faire chanter, il a de quoi.

— Je n’y avais pas pensé, reconnais-je, honteux.

Amy soupire.

— C’est bien là le souci, mon petit. Quand on est amoureux, on ne pense pas. J’espère que ce Striker est un type bien.

La réponse jaillit de mes lèvres.

— Je suis sûr que c’est un type bien.

Je retourne dans ma chambre le cœur battant et j’appelle Maddox. Je brandis le test devant la caméra.

— Je l’ai ! triomphé-je.

— Tu es sûr de vouloir le voler ? demande-t-il.

— Amy, la compagne de grand-père, me l’a donné.

Je lui raconte mes péripéties, et il se met à rire. Ça m’envoie des frissons partout. Il a un grand rire, profond et communicatif. Je zappe la partie sur la vidéo. Maddox appartient à un gang rival, mais pas ennemi. Je choisis de lui faire confiance, même si je serais plus prudent à l’avenir.

— On attend deux ou trois heures et je te le fais passer par-dessus le mur, d’accord ? proposé-je.

— D’accord.

— Mais on ne devra pas se toucher. Même pas se frôler, le préviens-je.

— Je sais.

Et il coupe la communication. Cela vaut mieux, car tout à coup, je viens de réaliser une chose. Nous allons être à moins d’un mètre l’un de l’autre. Séparés par un mur, certes, mais tout près, plus près que nous ne l’avons été durant toutes ces semaines de discussion par vidéo. Plus près même que la plupart des fois où j’ai parlé à Pax Hunter et où il était présent, deux pas derrière son boss, vigilant, silencieux, presque invisible.

Je vais parler à Maddox sans intermédiaire, juste à travers un mur.

Mon cœur explose dans ma poitrine.

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