#RENEGADES #MADDOX #EPISODE 6

Ash

J’ai vécu le moment le plus érotique de ma vie hier soir, en tête à tête avec ma main, les yeux rivés sur l’écran de mon téléphone. Je crois que ça en dit long sur mon état d’esprit. Maddox m’a foudroyé avec sa sensualité. Ce mec est grave sexy. J’ai rêvé de lui. J’ai envie de le toucher, de le caresser et de faire avec lui tous les trucs sur lesquels on a fantasmé, et plus encore.

Je rêve aussi des trucs que je lui demanderais de me faire. Je ne fais pas une fixette sur la taille, savoir s’en servir compte aussi, mais quand même, je suis curieux de savoir ce que je ressentirais.

En attendant, je dois me contenter de nos rendez-vous Skype. Ça devient un rituel, non plus l’après-midi, mais le soir, quand tout est calme, et que je peux fermer ma porte à double tour et espérer ne pas être dérangé avant le lendemain matin. Maddox devient comme un phare dans la longue nuit qui s’est installée peu à peu sur nos vies. L’extérieur me manque terriblement, l’agitation, le mouvement, les business conclus à l’arrache, les négociations de malade qui débouchent sur un contrat inespéré, la satisfaction d’avoir doublé un concurrent et fait du bon boulot.

Maintenant je fais tout ça par téléphone et internet. Je m’en servais aussi avant, mais pas d’une façon aussi intense et exclusive. Je suis une personne de contact, j’aime avoir les gens en face de moi pour les convaincre ou leur rappeler qui est le boss. Il y a des relâchements de la part de certains de nos associés, persuadés qu’ils sont intouchables vu que tout le monde est claquemuré.

Certains ont appris qu’il ne faut jamais sous-estimer le besoin d’argent d’hommes de main. J’ai dû envoyer deux équipes de nettoyeurs pour faire le ménage. En ces temps de pandémie, je ne voudrais pas contribuer au désordre, encore qu’il parait que les cadavres ne sont pas contagieux. Les gros bras que j’ai embauchés y sont allés avec des gants, et des masques, mais planqués sous leur cagoule. Ils sont pris des risques et ont été payés en conséquence. Pour certains, cela veut dire qu’ils vont pouvoir nourrir leur petite famille ce mois-ci, malgré le chômage qui s’acharne sur les plus vulnérables. Je n’aurais jamais pensé à des hommes de mains de bas étage comme des personnes précaires, mais beaucoup de mes certitudes se sont envolées depuis quelques jours. Il y a de vraies brutes, qui adorent cogner, et puis il y a les types qui ont de gros muscles et savent se battre, mais qui ne font le sale boulot que parce qu’ils n’ont pas d’autres sources de revenus. C’est le Vieux qui m’a expliqué ça, en long et en large, lors d’une des petites causeries auxquelles il me convie depuis une petite semaine, en début d’après-midi. Je pensais que les vieux faisaient la sieste après le déjeuner, mais grand-père mange peu à midi, et préfère me demander de faire un tour dans le jardin en sa compagnie. Tout le monde se tient loin, les mômes font la sieste et les adultes observent une respectueuse distance, histoire que nos conversations demeurent privées. Si l’espace entre la Casa Beneventi et l’immeuble de Maddox est minuscule, l’arrière de la villa donne sur un grand jardin où il y a heureusement un peu d’espace.

Lors de ces leçons sur la façon de gérer le clan, le Vieux ne me donne pas l’impression de perdre la boule, bien au contraire. Il a une excellente mémoire, il ne se complait pas dans le passé, il vit dans le présent et envisage l’avenir comme s’il était encore un jeune homme. Il sait cependant qu’à un moment ou un autre il devra passer la main, que ce soit parce qu’il sera mort ou parce qu’il sera trop fatigué pour continuer. Et je n’aime pas trop la façon dont il me parle parfois comme s’il m’avait désigné héritier du clan. Je ne veux pas de cette responsabilité. J’ai mes propres projets. De toute façon, si jamais grand-père mourait demain (je croise les doigts pour ça n’arrive pas), et qu’il me désigne héritier dans son testament, il y aurait une belle guerre entre les cousins, et ma vie ne tiendrait plus qu’à un fil. Je deviendrais aussi parano que mon aïeul et j’aimerais éviter cela.

Grand-père est persuadé qu’on a tenté de le tuer par deux fois. La première, c’était avec son ascenseur privé, que personne n’utilise à par lui. Même les petits savent qu’il ne faut pas jouer avec, jamais. Il a été installé il y a quelques années, après son opération de la hanche, qui lui rend difficile de grimper plusieurs volées de marches. Grand-père était à son étage, le deuxième, lorsqu’il a appelé la cabine. Normalement, elle aurait dû être déjà là, vu qu’il était monté avec. Le voyant de présence de la cabine s’est allumé sur le panneau et la porte s’est déverrouillée. L’ascenseur a un double système de porte, les coulissantes, et la porte extérieure, que l’on tire, comme dans les modèles du début du siècle dernier. Grand-père trouve que c’est plus élégant. Il tire donc la porte et fait un pas pour entrer dans la cabine. Sauf qu’il se retrouve face au vide. La cabine est carrément au sous-sol, où il ne s’est pas rendu depuis des jours.

— Si j’avais été perdu dans mes pensées, j’aurais pu faire une chute mortelle, m’a martelé le Vieux en me racontant l’incident.

Il s’est agrippé à la poignée de la porte extérieure, le temps de vaincre le vertige qui l’avait saisi. Il a refermé la porte et réappuyé sur le bouton .Là, la cabine est montée et lorsque le voyant s’est allumé à nouveau, elle était bien là.

— Cet ascenseur a été vérifié juste avant le confinement, m’a appris le Vieux. Il est équipé d’un système de sécurité dernier cri. Pas pour moi, mais au cas où les gamins voudraient jouer avec. Et c’est la première fois que ce genre d’incident se produit.

Je comprends que grand-père ait eu la trouille, un pas et c’était direct la chute et la mort. Il y a de quoi vous donner des cauchemars. Mais je ne vois pas qui aurait pu programmer ce genre d’incident. Je touche ma bille en informatique, je suis capable de craquer des bases de données et des sites sécurisés, mais je dois dire que je n’aurais aucune idée de comment m’y prendre pour créer ce genre d’incident. C’est plus de l’électronique que de l’informatique. Il doit y avoir des histoires de relais et de capteurs.

Le deuxième incident s’est produit plus récemment. Grand-père prend des médicaments pour son cœur le matin, et des compléments alimentaires le soir. Or, en ouvrant son pilulier, il a trouvé qu’une des gélules censées lui assurer un sommeil paisible n’avait pas tout à fait la même couleur que d’habitude. Elle était d’un bleu vert au lieu d’être bleu franc. Or, ses gélules pour le cœur sont également bleues, mais d’un bleu vert.

— Depuis plusieurs jours, je ne me sentais pas bien, a avoué mon grand-père. Mon cœur battait trop vite. J’ai regardé la gélule à la loupe. Ce n’était pas mon complément alimentaire, mais mon médicament pour le cœur. J’allais avaler une double dose.

Là encore, j’ai tempéré. Une double dose ne l’aurait pas tué, juste donné un peu d’arythmie. Il aurait fallu une bonne semaine de ces doubles doses pour qu’il risque l’accident cardiaque. Grand-père m’a rembarré.

— Mais c’est ce que je te dis ! Je ne me sentais pas bien depuis plusieurs jours ! Si ça se trouve, j’ai avalé une double dose pendant une semaine sans m’en apercevoir !

— Qui prépare ton pilulier ? ai-je demandé.

J’avais déjà une petite idée de la réponse.

— Amy, a marmonné le Vieux.

Autrement dit, sa petite amie. Ils ne partagent pas le même lit, grand-père refusent qu’une autre femme dorme dans le lit et la chambre où grand-mère a dormi. Amy a sa propre chambre, et elle m’a dit un jour sous le sceau du secret qu’elle préférait dormir seule, vu que grand-père ronfle comme un sonneur. Elle ne le retrouve, comme elle me l’a dit pudiquement, « que pour les câlins ».

— Tu ne soupçonnes quand même pas Amy d’avoir voulu t’empoisonner ? ai-je lancé.

S’il avait répondu oui, je me serais inquiété. Amy et lui, c’est du solide. Elle l’aime. Elle a quitté son mari pour venir vivre avec lui. Elle a soixante-cinq ans, et elle est jalouse comme une tigresse.

— Non, bien sûr que non, a-t-il répondu. Mais le pilulier reste sur ma table de nuit toute la journée. N’importe qui aurait pu enlever le complément alimentaire et y mettre des gélules pour le cœur.

Si tant soit est que quelqu’un ait les cojones pour entrer dans la chambre du Vieux sans y être invité. Personnellement, je ne m’y suis jamais risqué. Seuls les mômes bénéficient d’une certaine indulgence, mais même eux savent qu’il ne faut pas ‘embêter grand-père’.

— Grand-père, il n’est pas prouvé que tu aies avalé plusieurs doubles doses, ton inconfort pendant plusieurs jours peut simplement venir du stress, ai-je tempéré. Et Amy a simplement pu se tromper en mettant les gélules. Cela arrive.

— Oui, c’est ce qu’elle m’a dit, a grogné le Vieux. Qu’elle avait dû se tromper. Elle était toute bouleversée. Mais je la connais, elle ne s’est jamais trompée, pas une seule fois. Et je ne fais pas de malaise à cause du stress, ou je serais mort depuis longtemps. Je te dis que quelqu’un a voulu me tuer !

— Mais qui ? ai-je demandé.

C’est bien là le problème. Nous sommes en huis-clos. Il y a la famille, et le Vieux n’est pas encore assez parano pour penser qu’un de ses fils ou petit-fils pourrait vouloir le tuer. Il n’en a pas toujours été ainsi, probablement, mais depuis qu’il a des cheveux gris, il a acquis une sorte de statut de patriarche, de vieux sage qui partira à son heure après avoir nommé un héritier. Il cultive cette apparence, il crie peu, il se montre un arrière-grand-père formidable pour les plus jeunes, après avoir été un grand-père plutôt cool pour moi et mes cousins.

Je ne prétends pas connaître le cœur de chacun des membres de la famille, et j’y inclus Amy, mais je ne vois pas qui aurait intérêt à sa mort prématurée, surtout en plein confinement. Il reste la question des gardes du corps, mais ils travaillent pour la famille depuis des années, et des domestiques, qui sont également là depuis longtemps et ont fait preuve de la loyauté et de leur attachement aux Beneventi dans les moments sombres.

— Tu rêves ?

La voix de Maddox me fait sursauter. J’ai commencé une phrase et ne l’ai jamais fini.

— Je pensais à mon grand-père, dis-je.

Maddox se met à rire.

— Donc, tu passes de ta volonté de me faire certaines choses quand on se rencontrera à ton grand-père. Je dois dire que je suis soudain en berne.

Je prends mon sourire le plus séducteur. Je secoue la tête, comme un chien s’ébroue pour chasser l’eau de ses oreilles. Le Vieux a bien droit à une petite crise de parano de temps à autre. Quant à moi, je vais me détendre avec un orgasme.

— Où en était-on ? demandé-je.

— Tu allais me présenter ta collection de jouets pour grands garçons.

C’est vrai. Quand le Vieux a sifflé le rassemblement de la meute, j’ai pris une trousse de toilette rigide, en cuir noir, qui ferme avec un cadenas. Dedans, il y a ma réserve personnelle de beuh, qui tient dans un tout petit sachet, vu que je suis consommateur occasionnel, et mes jouets de vilain garçon. J’en ai de toutes les tailles, de toutes les couleurs, et de toutes les matières (mais pas en ouate), depuis le verre, réservé à un usage spécial, jusqu’au silicone dernière génération. Pour les couleurs, c’est simple, je ne veux pas mélanger ceux que j’utilise pour un usage et ceux dont je me sers avec ma langue. Surtout que j’ai très peu confiance dans les désinfectants actuels.

Maddox éclate de rire quand je lui dis ça. Mais je suis sérieux.

— Je ne parle pas de pandémie, expliqué-je. Il y a quelques années, tu pouvais nettoyer tes jouets avec du gel hydroalcoolique, et ils restaient intacts. Un jour, j’ai essayé sur un de ces nouveaux trucs en super silicone aussi doux que de la soie, et j’ai ruiné ma nouvelle acquisition en une seconde, avant même de m’en être servi. Depuis, j’utilise le truc qu’ils vendent sur le site pour nettoyer, mais je ne suis pas sûr que ça tue tous les microbes et bactéries, et je suis certain que ça ne tue pas les virus. Si j’ai la crève, je contamine mon jouet.

Maddox est plié de rire.

— Si tu as la crève, tu n’es pas censé avoir envie de t’en servir, rigole-t-il. Tu es supposé te reposer et garder tes forces.

— Je peux avoir la crève et être excité, protesté-je. Et quitte à passer du temps entre les draps, autant en profiter. De toute façon, je n’ai presque plus de gel nettoyant spécial silicone non plus. C’est la dèche.

— Lave-les à l’eau et au savon, tout simplement, me préconise Maddox. C’est ce que je fais. Et sèche-les bien. Laisse-les sécher dans ta salle de bain toute la nuit.

— J’imagine la tronche de la bonne si elle se trouve nez à nez avec ça, dis-je en brandissant ma dernière acquisition.

Maddox approche son nez de l’écran, ce qui lui donne un air marrant.

— C’est une belle bête. Mets-le à côté de ta… Non, j’allais dire de ta main. Il faudra que je me l’offre, celui-là.

— Il est spécial, dis-je en caressant mon jouet d’un air languissant. Tu vois cette courbure ? Elle est parfaite. Et ces petits anneaux ? Ils te tuent à petit feu.

— Et ça vibre fort ?

J’ai un sourire supérieur, comme si j’étais le fabricant et non pas l’utilisateur.

— Mieux, ça vibre et ça fait des va-et-vient. Tu meurs, je te dis.

— Fais-moi une démo !

J’espérais qu’il allait me demander cela.

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