Renegades #Maddox #Episode 5

Maddox

Je deviens dingue de n’entendre d’autres voix que celles de la télé. Pax me parle par texto et ma mère n’a pas le temps de taper la causette. Elle bosse douze heures par jours officiellement, mais elle est plus proche des quinze heures, parce qu’ils sont débordés et que les malades arrivent de tous les côtés. C’est l’apocalypse, les zombies et les katanas en moins.

Je n’aurais pas imaginé la fin du monde comme ça, en tout cas, pas en contemplant ma réserve de papier toilette et de pâtes, avec mes boites de compléments alimentaires entassées dans un coin du salon parce que mes placards sont pleins. Je me pensais prêt. J’ai une petite armurerie à la maison, j’ai même une armure, récupérée chez un pote du SWAT, je suis prêt à aller affronter les morts-vivants et les dessouder. Je suis prêt à affronter des hordes de pillards pour défendre un beau jeune homme en détresse. Mais tout ce qu’on me demande, c’est de rester chez moi les fesses sur le canapé, à attendre.

J’ai la nostalgie du temps où j’étais dans l’armée. On nous disait quoi faire et quand le faire, quand bouffer, quand dormir, et quand aller trucider l’ennemi. Là, tout ce que nous avons, c’est un crétin qui est encore plus paumé que la moyenne des Américains, et ce n’est pas peu dire.

J’en ai ras la casquette de lire. Je ne peux voir le logo Netflix sans avoir des angoisses. Je veux sortir, aller faire un footing, cogner sur quelque chose qui ne soit pas un sac de sable. Je veux prendre l’air, aller me perdre dans un parc, donner à manger aux canards comme un petit vieux, et même subir le long monologue de ma voisine du troisième, celle qui me raconte sa vie à chaque rencontre. Elle est cloitrée chez elle et n’ouvre à personne. Je lui ai demandé si elle voulait des courses, elle m’a dit qu’elle se faisait livrer.

Donnez-moi quelque chose à faire, par pitié. Si au moins je pouvais commander un peu de matos, je repeindrais mon appart au pinceau à aquarelle, histoire de faire durer le plaisir. Je changerais le plancher. Je construirais des meubles. Non pas que j’y connaisse quoi que ce soit en ébénisterie, mais il doit sûrement y avoir des tutos sur YouTube.

Et Ash Beneventi n’apparait toujours pas à sa fenêtre. Il m’a prévenu qu’il serait en retard, mais ça fait une plombe. Il ne faut pas une heure pour manger, quand même. A moins qu’il ne soit coincé avec toute sa tribu et ne puisse s’échapper. Et si j’allais le secourir ? En mode kamikaze, avec mon armure, mon casque et mes flingues ? Je surgis à la Casa Beneventi, je lance quelques grenades étourdissantes, je lance un tir un barrage et je jette Ash sur mon épaule. Je reviens triomphant dans mon appart’, sous les acclamations de la foule en délire. Je jette Ash sur mon lit.

Je suis interrompu net dans ma rêverie tendancieuse par le vibreur de mon téléphone. C’est le jeune homme en détresse familiale qui me texte. Il veut qu’on skype. Je suis tenté de dire que je n’ai pas l’appli, que je ne sais pas faire ou n’importe quoi d’autre qui m’évite d’avouer un truc vraiment embarrassant. Je suis un grand timide à l’oral, surtout face à quelqu’un qui est cool. Je finis par accepter, parce que oui, je meurs d’envie d’entendre sa voix et de lui parler.

J’ai le cœur qui bat la chamade quand je me connecte, le genre d’émotion que je n’avais pas ressenti depuis le lycée. Naturellement, l’image n’est pas top, parce que l’éclairage est mauvais, mais Ash Beneventi a l’air sexy même dans une lumière pourrie. Quant à moi, j’ai l’air livide, ce qui est un comble.

— Salut, ronronne-t-il.

Il a une voix encore plus sexy que dans mon souvenir. 

— Salut.

Bravo, Maddox, tu es le champion de la drague par Skype.

— Tu es seul ? demande-t-il.

— Evidemment.

— Je ne sais pas grand-chose de toi, fait-il. Même pas ton nom de famille. Je sais que ça commence par S.

— Comment tu sais ça ?

— Ton tatouage sur le biceps ? MS ?

— Striker, lâché-je.

— Un nom qui te va bien. Le frappeur.

— C’est le nom de ma mère.

Je ne sais pas pourquoi je lui raconte ça, pour ce qu’il en a à faire.

— Ton père est parti ?

— L’histoire classique, soupiré-je. Il s’est barré en apprenant que j’arrivais.

— Je suis désolé.

Il a l’air sincère.

— J’ai survécu, dis-je en haussant les épaules.

— J’ai grandi au milieu du bruit et de la fureur, dit-il. Tu n’as pas idée du peu d’intimité dont tu disposes dans une famille italienne.

— J’en ai une petite idée depuis quelque temps, rigolé-je.

— On fait tant de bruit que ça ? s’inquiète-t-il.

— Ça fait de la vie, dis-je en m’approchant machinalement de la fenêtre.

Je n’ai pas besoin de jumelles, cette fois. J’ai la vidéo en direct. La fenêtre est fermée, de toute façon.

— Tu es dans ta chambre ? demandé-je.

— Oui. Sur mon lit.

La conversation prend une tournure intéressante.

— Tu dis ça pour m’exciter ?

— Je réponds simplement à ta question. J’aime être précis dans mes réponses. Et toi, tu es où ?

— Ma place habituelle, devant la fenêtre.

— Avec sans jumelles ?

— Sans.

— Dommage. Je viens de me lever de mon lit.

Je vois le décor qui change derrière lui. La fenêtre s’ouvre, et je partage mon regard entre mon téléphone et le panorama.

— Tu as oublié ton tee-shirt ? le taquiné-je.

Pour toute réponse, je le vois dégrafer son jean et le baisser. Il a son habituel boxer-short noir, mais la façon dont il bouge est différente et le rend totalement indécent. Je le vois soudain lever les yeux et faire un grand signe à quelqu’un au dessus de moi.

— Je savais que tu n’étais pas le seul à me mater, sourit-il en virant son pantalon. Il  y a une vieille qui me reluque depuis plusieurs jours, mais elle ne se donne même pas la peine de se cacher.

— Tu n’as pas honte ? lancé-je. Je la connais, elle a l’âge d’être ta grand-mère.

— Et alors ? Mon grand-père a ce qu’on appelle pudiquement une amie de cœur, et il a quatre-vingt cinq ans.

— Elle est confinée avec vous ? demandé-je en riant.

Ash fait des flexions et des squats. J’en prends plein les yeux. Il se tourne et se penche en avant. La vue est magnifique et tellement inspirante que j’ai le souffle coupé.

— Evidemment, répond-il comme si de rien n’était. Le Vieux l’a embauchée comme gouvernante depuis des années.

— J’espère que je serais encore capable de la lever à son âge, soupiré-je. Il a l’air en pleine forme.

Cette fois, c’est Ash qui soupire. Il arrête ses exercices et s’appuie contre le montant de la porte-fenêtre.

— Il commence à perdre les pédales, lâche-t-il. Je pense que c’est le confinement plus qu’autre chose. On a perdu grand-mère de la grippe, et il a peur que l’un de nous chope cette saloperie.

— C’est normal d’avoir la trouille. Pourquoi dis-tu qu’il radote ?

— Il pense qu’on veut le tuer. Il m’a sorti des trucs…

— Raconte.

— Je ne devrais pas t’en parler, coupe Ash.  Ce sont des affaires de famille. Disons qu’il m’inquiète.

— De toute façon, à part lui postillonner au nez, je ne vois pas comment on pourrait le tuer avec tout le monde bouclé depuis plus de quinze jours.

— Tu n’as jamais lu des histoires de meurtres en vase clos ?

— Si. Mais vous êtes en famille.

Ash soupire à nouveau.

— C’est bien pour ça que je pense qu’il est en train de griller un fusible.

Un mouvement un étage au-dessus d’Ash me fait lever les yeux. Le vieux Beneventi vient d’apparaitre à la fenêtre, et regarde vers le haut de mon immeuble avant d’incliner courtoisement la tête.

J’éclate de rire.

— Que se passe-t-il ? demande Ash.

— Ton grand-père a repéré la vieille Krawinski en train de te mater, il l’a saluée et maintenant il cherche à voir ce qu’elle regardait.

Je me suis reculé et planqué derrière le rideau, histoire de ne pas me faire repérer. Ash remballe la marchandise, à savoir qu’il rentre dans sa chambre et ferme la fenêtre. Je me concentre sur l’écran de mon téléphone. Il est revenu sur son lit.

— Tu as aimé ce que tu as vu ? demande-t-il.

— Ton grand-père ? rétorqué-je le plus sérieusement du monde.

Il lève un doigt. Je me lèche les lèvres.

— Puisque tu es en tenue, dis-je, si tu me faisais un petit show ?

Je suis davantage à mon aise, maintenant. Les premières minutes étaient un peu inhabituelles, mais maintenant je suis à nouveau dans mon élément, la drague pure, animale, celle dont j’ai l’habitude.

Ahs a un sourire coquin.

— D’accord. A charge de revanche.

— Deal.

Il cale son téléphone sur quelque chose de façon à avoir les mains libres, et sans la moindre inhibition, il passe ses mains sur son torse. Ma bouche devient sèche. Je me mets au garde-à-vous. Je me cale sur mon lit, tandis qu’Ash se dévoile dans le plus simple appareil.

[Note de l’autrice version sadique : Ce blog étant en lecture publique, je vous laisse imaginer la suite, et on se retrouve bientôt pour un nouveau chapitre. ]

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