Renegades #Maddox #Episode 4

Ash

A quoi joue-t-on ? Je n’étais pas sûr qu’il me contacte. J’ai balancé mon 06 comme ça, mais je ne voyais Maddox, alias l’impertubable, le monolithe, me demander direct une photo de mes fesses. Comme quoi, tout arrive, y compris l’improbable. Je profite de l’atmosphère chaleureuse entre nous pour lui demander des photos de ses propres tatouages. Naturellement, il commence par ceux de ses biceps, que je connais déjà pour les avoir admiré pendant nos rencontres avec Pax, et sur quelques vidéos qui trainent sur le web prises durant ses combats. Un lion sur un biceps, et des lettres sur l’autre, et c’est là que je m’aperçois que je n’ai aucune idée de son nom de famille. Dans le milieu, quand on dit « Maddox », on sait tout de suite de qui on parle.

Il m’envoie ceux de ses jambes, plus discrets, dont un à la cheville qui représente une chaine, « pour se rappeler d’où il vient » m’explique-t-il. Je suppose que certains de ses ancêtres étaient des esclaves. Et j’ai enfin droit à la pièce de résistance, celui qui orne son ventre. Ou plutôt, devrais-je dire, ses abdos. C’est un motif abstrait, tribal, avec des lignes noires qui ressortent bien sur sa peau couleur caramel. Le bas du tattoo n’est pas visible, parce que la photo s’arrête exactement là où ça devient intéressant.

« Tu triches ! » accusé-je. « Je t’ai tout montré. »

Il me répond par une photo extrêmement intéressante, à savoir sa chute de reins. J’ai un gros coup de chaud. Il a les plus jolies fesses que j’ai jamais vues. Je m’imagine en train de…

J’imagine tant et si bien qu’il me faut un moment pour lire ses autres messages, une poignée de Kleenex à la main.

Naturellement, Maddox a compris ce que j’étais en train de faire, parce qu’il m’envoie un émoji aubergine, suivis de visages rigolards. Je lui demande s’il l’a fait aussi, et j’ai droit à un simple « j’ai plus de contrôle que ça ». Oh, l’enfoiré !

« Fais voir » texté-je.

Je crois qu’il ne va pas répondre, puis une photo arrive. Cette fois, je vois le bas de son tatouage, mais ce n’est pas ce qui retient mon attention. J’en ai presque une commotion. Je me mets au garde-à-vous, à nouveau, tellement je suis ému. C’est de la bête, ça, madame. C’est du solide, de l’acier trempé, du membre de compétition. Franchement, je ne pensais qu’on ne voyait ce genre d’engin que dans les films pour adultes. Je dois faire une nouvelle pause, parce que je ne suis qu’un homme, faible, soumis à ses désirs, et là, tout de suite, je tuerais pour pouvoir m’enfuir de la maison et aller retrouver le propriétaire de ce si bel organe pour tomber à genoux, et rendre grâce à tous les dieux connus et même ceux encore à découvrir pour l’existence d’un tel miracle.

Je passe un long moment en contemplation, du moins mes yeux, parce que ma main s’active. Faisons du sport, c’est important, travaillons notre souplesse musculaire, celle du poignet particulièrement.

Je dois mordre l’oreiller pour éviter que toute la casa entende ma joie de vivre soudaine. Je suis essoufflé, en sueur, comme après une bonne séance de cardio. J’ai les endorphines qui courent dans mes veines, qui chantent la vie et ses petits bonheurs, encore que petit ne soit pas le terme adapté pour parler de Maddox.

Juste au cas où, je me suis flashé en pleine action. Je ne suis pas aussi bien fourni que lui, mais je n’ai pas à rougir de ce que Mère Nature m’a donné en guise de paquet surprise. Comme n’importe quel mec, j’ai pris des mesures, et j’ai fait des comparaisons. Je suis au dessus de la moyenne, tant en longueur qu’en diamètre, et surtout, baby, je sais m’en servir, parce que c’est bien joli d’avoir un outillage adéquat si tu ne sais pas visser et dévisser en rythme.

Je m’endors après une douche bien méritée, comme un bon petit garçon, dans mon bas de pyjama en soie noire. J’ai même dit une petite prière avant de sombrer.

Faites que ce ne soit pas un rêve.

Avant même d’ouvrir les yeux, le lendemain, l’image de la gloire de Maddox s’imprime sous mes paupières fermées. Je me dis qu’une bonne journée commence par un peu de sport, et je glisse ma main dans mon pyjama.

— Tu fais quoi ?

C’est une petite voix qui a dit cela. Je bondis, j’ouvre les yeux, je saute du lit, mais comme j’ai la main sous l’élastique de mon pantalon, je perds l’équilibre et je me retrouve à genoux, ce qui est une option non envisageable quand on est seul. Mon cœur a manqué non pas un, mais plusieurs battements, et du coup il se rattrape en cognant comme une malade dans ma cage thoracique. Je vais faire un arrêt cardiaque. Je halète plus que je ne respire. Je m’assieds par terre après avoir dégagé ma main et je fais face à deux monstres à la bouille ronde.

— Mais qu’est-ce que vous faites là ? m’écrié-je.

Alessandro et Giovanni, mes neveux de quatre ans, des jumeaux aux boucles brunes et aux grands yeux noirs, me regardent en rigolant.

— On est venus dormir avec toi parce que maman et papa se criaient dessus, me dit Alessandro.

— Mais quand ?

— Hier soir. Tu dormais, alors on n’a pas voulu te réveiller, on s’est mis à côté de toi, répond Giovanni.

Ils portent tous les deux un pyjama Spiderman, ils baillent, et ils sont à croquer tellement ils sont mignons. Ce sont mes petits soleils, tellement différents de leurs parents, si rigolos et toujours de bonne humeur. Je me demande parfois si mon frère est vraiment leur père, et d’ailleurs si Carla est vraiment leur mère. Ils ont dû les adopter, parce que ce n’est pas possible qu’ils aient pu faire de petits mômes aussi adorables avec leur gueule sinistre.

— Pourquoi tu avais la main dans ton pyjama ? demanda Alessandro, toujours fixé sur sa première question. Maman, elle dit que c’est pas bien de se toucher les parties.

— Elle a raison. Ça me grattait, mens-je avec la plus parfaite mauvaise foi.

On frappe à ma porte et je gueule « Avanti ! » histoire de faire italien. C’est ma mère, qui pousse un soupir de soulagement.

— Mais qu’est-ce que vous faites là, tous les deux ? s’écrie-t-elle. Ça fait deux heures qu’on vous cherche partout ! Et toi, qu’est-ce que tu fais là ?

— Je suis dans ma chambre, comme un bon garçon, réponds-je.

Ma daronne apprécie peu mon humour.

— Ton grand-père veut tous vous voir dans sa salle à manger, m’informe-t-elle. Il t’a même appelé sur ton portable, mais tu n’as pas répondu. Carla n’est pas venue te réveiller ?

— Non. Prends les monstres, je me prépare, dis-je en sautant du lit.

Je ne m’étonne même pas du coup de pute de ma chère belle-sœur. Elle a dû frapper très discrètement pour être sure de ne pas me réveiller. Je prends mon téléphone pour m’apercevoir qu’à force de mater les photos de Maddox, je n’ai plus de batterie. Et merde ! Je me grouille d’enfiler un jean et une chemise propre, et de me donner un coup de peigne. Le reste attendra. Je monte jusqu’au deuxième au petit trot. Naturellement je suis le dernier et tous les regards me le font bien sentir.

— Tu sais que nous ne sommes pas en vacances ? me lance mon frère ainé, Flavio, perfide comme à son habitude.

— Assieds-toi, m’invite mon grand-père en désignant une chaise près de lui.

C’est un honneur et les autres me font la grimace. Le Vieux a une façon bien à lui de vous faire sentir votre importance dans la hiérarchie, c’est la distance qui vous sépare de son propre fauteuil à un bout de la table. L’autre bout est réservé à son secrétaire particulier, qui note tout ce qui se dit ou se murmure durant la séance. L’assemblée est entièrement masculine. Grand-père n’est pas vraiment un progressiste en la matière, et de toute façon, ma cousine Maria, sa seule petite fille, ne s’intéresse pas aux affaires et laisse Michele, son mari, la représenter. Quant à ma tante Lea, la seule fille du vieux Luca, elle a été bannie de la famille avant ma naissance. Cette fille de mafieux a osé épouser un flic, un Santelli de New York, sous le prétexte qu’elle était amoureuse de lui. Cela a bien failli tuer mon grand-père, et il ne parle jamais d’elle.

Je me glisse à ma place et j’ouvre mon ordinateur, parce que mon boss va me demander ce que j’ai foutu depuis le début du confinement.

Le Vieux poursuit le tour de table, commencé avant que je n’arrive. Pour l’instant, c’est mon cousin Enzo qui est sur la sellette. Il parle des difficultés actuelles pour écouler la came, des dealers qui ont quitté la ville, de ceux qui refusent de sortir, et des clients qui se montrent beaucoup moins assidus.

— En clair, tu n’as écoulé que dix pour cent de ce que tu devais faire ? le coupe le Vieux.

Il a quatre-vingt cinq ans, mais il porte encore beau. Vêtu de son costume noir à fine rayures, avec une chemise blanche et un foulard en soie grise, il se tient très droit sur sa chaise. Ses cheveux gris, pas encore tout à fait blancs, sont rejetés en arrière et bouclent sur sa nuque. Ses yeux noirs un peu tombants ont gardé le vif éclat de sa jeunesse. Quand il avait mon âge, en dépit de sa petite taille, mon grand-père était un séducteur, bel homme, mince, élégant, mais capable de vous buter un mec de sang-froid, et de commander à déjeuner dans la foulée. Il a sans doute eu des maîtresses, mais ma grand-mère n’en a jamais rien su, et elle était l’amour de sa vie. Il dirige le clan avec autant de fermeté qu’à ses débuts, et je le crois encore capable de tuer un homme puis de dévorer une assiette de spaghettis.

— Je ne pense pas que ce soit possible, répond lentement Enzo. La crise actuelle touche tout le monde.

— Je me fous de ce que font les autres ! tonne mon grand-père. Ils peuvent couler si ça les amuse. Mais nous, nous survivrons, comme nous l’avons toujours fait ! Alessandro !

— Oui, papa !

C’est mon oncle, le père d’Enzo et Maria. Il a cinquante huit ans, et il sait qu’il ne sera jamais le capo de tutti capi. Il est un bon exécutant et il se cantonne dans ce rôle.

— Hunter a lancé un site internet avec des tournois de poker en ligne, annonce mon grand-père. Pourquoi n’avons-nous pas notre propre site ?

Les jeux ne sont qu’une toute petite partie de notre activité, grand-père a laissé le monopole à Pax Hunter, qui en retour, ne touche pas à la came. Mais nous avons quand même une ou deux salles clandestines, qui servent aussi et surtout à mener des deals pour la drogue. Elles sont fermées, comme tout le reste.

— Parce que Hunter a ce foutu Latino de mes deux pour lui créer ce site, soupire mon oncle. Le maire Hughes est devenu accro et a fait de la pub partout.

— Hughes est dans la poche de Hunter depuis des années, grogne mon grand-père. On n’y changera rien. Marco ?

Mon père se racle la gorge. C’est l’ainé des fils, et logiquement, c’est lui l’héritier, le futur chef des Beneventi. Seulement, et même si j’aime beaucoup mon vieux, je dois dire qu’il a à peu près autant de caractère qu’une serpillère, surtout quand ma mère est dans les parages, ou mon grand-père, ou quiconque parle avec plus d’assurance que lui.

— Je n’ai pas encore eu le temps de voir tous les rapports, commence-t-il. Flavio a des soucis avec la cocaïne. Les gens qui l’achetaient sont tous partis de Greenville.

Il y a eu un bel exode juste avant le confinement, tous les riches citoyens qui ont des chalets à Aspen ou des villas en Floride se sont empressés d’aller s’y exiler.

Mon grand-père soupire, mais ne dit rien. Mon moment de gloire est arrivé.

— Ash ?

— J’ai écoulé 85% de ma marchandise, dis-je. Je suis presque à sec, et j’attends une livraison ce soir. Les ports sont bouclés, mais je suis en contact avec un pêcheur qui connait un endroit où décharger la marchandise. Ce sera réglé dans l’après-midi.

Et vlan, prends-toi ça dans la gueule, Flavio ! J’ai la satisfaction de voir toute la tablée me regarder avec stupeur et un rien de jalousie. Grand-père a un petit sourire.

— Comment as-tu fait ?

— J’ai monté un site de livraisons de pizzas, dis-je en montrant mon œuvre. On peut commander la basique, la royale ou l’hawaïenne, et une demi-douzaine d’autres.

Le Vieux lève un sourcil, intrigué.

— Vu les prix, je suppose que ce sont des pizzas avec une garniture spéciale ?

— Exactement, souris-je. Chacune correspond à un type de came. La beuh est la plus demandée en ce moment, du coup j’ai pu monter un peu les prix. C’est livré tout à fait normalement, parce qu’il y a vraiment une pizzeria qui envoie de quoi bouffer. Du coup, si le mec se fait contrôler, il est sur son scoot’ aux couleurs des Pizzas Gino, avec le blouson assorti et la pizza bien au chaud dans son carton. La came est planquée dans les pots de glace vendus avec.

— Et pourquoi tu ne nous en as pas parlé ? lance Flavio dont la voix grince tellement il déborde de fiel.

— Grand-père nous avait demandé de trouver des solutions créatives pour contrer la crise actuelle. Il m’a fallu le temps de trouver l’idée, de programmer le site et de le mettre en place. Il est encore en test.

— Mais il fonctionne ? demande mon grand-père.

— Comme sur des roulettes, assuré-je. Les paiements se font en liquide à la livraison. Les clients ne paient que pour la pizza, histoire que Gino puisse présenter une compta en ordre.

 — Je me demande si on ne va pas garder ce système après la crise, sourit mon grand-père. C’est ingénieux.

Je souris modestement sous le compliment. Je viens de marquer un point, et quel point, face à toute la famille, et les visages sont sombres. Il se murmure dans la famille que mon grand-père pourrait directement me passer les commandes sur son lit de mort, sans passer par mon père. Je n’y crois pas trop. Je suis un peu jeune à ses yeux, encore que lui-même ait commencé à peine revenu de la guerre de Corée. Je pense que ça se jouera non pas entre mon père et mon oncle, mais entre Enzo, Michele, Flavio et moi. Si ça ne finit pas en massacre, on aura de la chance.

J’ai prévu de me casser, de toute façon. Je ne resterais pas dans le gang après la mort de grand-père. Mais je jouerais mon rôle jusqu’au bout parce que j’adore le Vieux et que je refuse de lui faire de la peine.

Grand-père me demande de dupliquer le site pour le reste de la famille, mais chacun va devoir trouver sa propre combine. J’ai le monopole de la pizza, à eux de se démerder pour trouver un autre business. Flavio va demander à Carla si elle a une idée, parce que c’est elle qui a toujours les bonnes idées, et Michele et Enzo vont s’associer. Mon père et Alessandro vont les laisser faire. C’est quand même dingue que grand-père, avec son caractère, ait fait des fils aussi peu charismatiques et avec aussi peu de talent pour le leadership.

Le Vieux déclare que la réunion est terminée, et nous donne congé. Mon portable, que j’ai mis en charge en arrivant dans la salle, vibre pour m’informer que j’ai des messages. Avec tout ça, il est plus que l’heure de déjeuner et je meurs de faim, ayant sauté le petit-déj.

Je souris en voyant le message de Maddox.

«  Pas de séance de gym aujourd’hui ? » demande-t-il.

« Le business passe avant le plaisir » répond-je. « Mais je te ferais signe quand je ferais mon show. »

Il me répond, mais je n’ai pas le loisir de lire son message, parce que grand-père m’interpelle alors que je quitte la salle, bon dernier.

— Ash ! Reste un moment, mon petit.

Je range mon téléphone et je me rassieds. Le secrétaire de grand-père s’est barré lui-aussi. Du rez-de-chaussée montent des odeurs délicieuses, et mon estomac gargouille.

Je pense que je vais recevoir des félicitations, mais le Vieux me prend de court.

— Je voulais te parler en privé, parce que j’ai confiance en toi.

— Je t’écoute, dis-je. Tu vas bien, n’est-ce pas ?

Je suis tout de suite inquiet. Entre son âge et ce fichu virus, il en faudrait pas que grand-père nous canne dans les bras.

— Je vais bien, s’impatiente-t-il. Mais il y a quelqu’un qui veut visiblement que j’aille moins bien. On a essayé de me tuer ce matin.

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