RENEGADES #MADDOX #EPISODE 3

Maddox

Je suis tenté.

Sauf que je ne sais pas si c’est une bonne idée. La partie rationnelle de mon cerveau, celle qui me guide normalement, me dit que non. Ash Beneventi fait partie d’un gang sinon rival, du moins, d’un autre gang que le mien. C’est une première raison pour ne pas fraterniser avec lui.

La deuxième raison…

Mon cerveau rationnel vient de se prendre un coup de pied au derche monumental de mon cerveau émotionnel. Ou plutôt de celui qui est situé en dessous de ma ceinture.

On s’en fout de tes raisons ! On ne vit qu’une fois, ! Envoie-lui un message, crétin. Il t’a filé son 06, ce n’est pas pour faire de la déco sur sa fenêtre.

D’accord.

Le seul souci, c’est que je ne sais pas quoi envoyer. Un banal « salut, ça va ? » est lamentable, même dans des circonstances normales. Je vois bien qu’il va bien, puisque je l’ai en direct live depuis ma fenêtre. Je suis un mec d’action, moi, pas un littéraire. Quand un mec me plait, je m’arrange pour qu’il le sache d’un regard, d’un geste, je ne m’embarrasse pas avec les textos. Je laisse ça aux intellos, aux verbeux, aux chefs. Je suis sûr que Pax et Nate ont dû s’échanger une blinde de textos, en grands romantiques qu’ils sont.

Si on était en boite, je l’aurais emballé vite fait, le petit-fils Beneventi. Une danse, une main aux fesses et hop, direction la backroom ou ma caisse, selon mon humeur et ma disponibilité.

Je pourrais lui envoyer une photo de mon zboub. C’est franc, c’est honnête, ça montre la couleur, la taille et mes intentions tout en un.

Mouais. Ça manque un peu de subtilité, quand même. Et puis, sans vouloir me vanter, il pourrait être impressionné par l’engin, et faire dorénavant sa gym fenêtre fermée. Quoi ? Je dépasse le mètre quatre-vingt dix, et tout est en proportion, chez moi, y compris et surtout popaul.

Je me tâte, je me pose des questions, et du coup l’après-midi passe vite. J’allume la télé, en espérant y trouver une inspiration, mais c’est la tronche de notre président qui s’affiche dans la lucarne, et franchement, ça m’enlève toute pensée érotique, alors j’éteins en secouant la tête pour chasser cette vision orangée de mes pensées.

Bon, Maddox, mon grand, tu as déjà foncé au milieu d’un bataillon de soldats ennemis, tu t’es tenu en plein milieu d’un fusillade sans broncher le temps qu’on ramasse les blessés, et tu viens me dire que tu as la trouille d’envoyer un texto à un autre mec ?

Surtout qu’il a un beau tatouage. Je suis fan. Si on sort de ce confinement de mes deux avant qu’on ait tous les deux une barbe blanche, j’aimerais bien le suivre des doigts, de la langue et de…

Voilà, c’est ça ! J’ai trouvé ! J’attrape mon téléphone.

« Montre-moi ton dragon. Tout ton dragon. »

J’attends en faisant des pompes. J’ai le cœur qui bat comme un ado, et l’adrénaline court dans mes veines. Une semaine de confinement et j’en suis à avoir des émois parce que j’ai demandé la photo de ses fesses à un mec. Je préfère ne pas penser à ce que ce sera dans un mois.

Ou plutôt j’imagine très bien. Je vais devenir le roi des sextapes. Quand on sortira, je vais me jeter sur Beneventi et le bouffer tout cru.

Mon portable carillonne et vibre. J’ai les mains tremblantes. J’ouvre fiévreusement le message reçu.

C’est un texto de ma mère.

« Bonsoir, mon chéri, ça va ? Ici, tout va bien, ne t’inquiète pas pour moi. Gros baisers de ta mère qui t’aime. »

J’éclate de rire et je sursaute, parce que le son de ma propre voix m’est devenu étranger. Ce putain de silence me tue. On dirait que tout le monde est mort. Il n’y a pas un bruit. Même la Casa Beneventi a tiré les rideaux. J’imagine qu’ils doivent dîner en famille. Ash est parmi eux, c’est pour cela qu’il ne me répond pas.

Je texte à ma mère que je suis en pleine forme, et j’envoie des emojis à la con, avec des cœurs et des bisous, parce que j’ai peur pour ma vieille tous les jours. Elle est infirmière dans une clinique privée à Harlem, et elle est en première ligne, même si elle m’assure être bien protégée, avec masque et surblouse et tout le tremblement.

Je repose mon téléphone. Bon, pas la peine de me faire des illusions, je n’aurais pas de réponse ce soir, et peut-être même jamais, parce que j’y suis peut-être allé un peu fort. Ash Beneventi est gay, certes, mais j’ignore tout de ses habitudes de drague. A part qu’il file son numéro à des bodyguards en période de confinement.

Re-carillon. Je déverrouille mon téléphone. Il y a une photo. Ash s’est flashé de dos, devant sa glace. Il est complètement à poil, et je vois enfin la queue de son dragon, à défaut de voir celle de son propriétaire. Son tatouage, dans son entier, est magnifique. Et je ne parle pas de la surface sur laquelle il est gravé, ronde, musclée et délicieusement dorée par le soleil. Il doit pratiquer la bronzette intégrale.

Je me laisse tomber sur mon lit.

Je sais ce que je vais faire ce soir. Si je finis sourd, tant pis.

Nouveau carillon. Cette fois-ci, c’est un message.

« Montre-moi le tien. »

Je rigole.

« Je n’ai pas de tatouage de dragon. »

« Alors montre-moi tes autres tatouages. »

« Certains sont intimes. »

« C’est surtout ceux-là que je veux voir. »

D’accord. Il veut voir la bête avant d’aller plus loin. Ça me va. Je vire mes fringues, j’allume les lampes de façon à avoir un bon éclairage, et je vais planter devant la glace. J’ai des tatouages sur les bras, sur les jambes, et sur le torse. J’en ai sur les abdos, mais si tu veux le voir en entier, il faut qu’on soit intimes.

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