RENEGADES #MADDOX #EPISODE 2

ASH

Mais qu’est-ce qui m’a pris de lui donner mon numéro ? Le confinement me tape sur le système, beaucoup plus que je ne le pensais. Dire que je devrais être à Londres en train de faire la bringue comme seuls les Brits savent faire. Au lieu de cela, je suis prisonnier dans ma chambre comme lorsque j’étais gosse et que j’avais fait une connerie, à savoir un jour sur deux.

Il y a une dizaine de jours, quand les médias ont commencé à vraiment tirer la sonnette d’alarme sur la pandémie, j’ai vaguement fait des plans pour rester chez moi dans et gérer mon business depuis mon appartement en centre ville. J’en étais à me demander auquel de mes amants d’un soir j’allais demander de venir me tenir compagnie quand j’ai reçu un message du Vieux, aussi bref qu’impérieux.

Confinement chez moi. Maintenant.

J’ai songé un bref instant à désobéir. J’ai vingt-six ans et je sais me débrouiller seul, merci bien. Sauf qu’on ne dit pas non à Luca Beneventi, du moins si on veut voir le jour suivant se lever. J’ai fait ma petite valise, ai grimpé dans ma Ferrari et j’ai accouru pour donner la papatte.

J’aime mon grand-père, mais l’idée de me retrouver confiné avec lui me donnait des sueurs froides. Quand j’ai compris, en arrivant, qu’il avait convoqué toute la famille, mes oncles et tantes, mes frères, mes neveux, j’ai envisage de m’enfuir. Je n’en ai pas eu le temps. Je me suis retrouvé avec un coton-tige dans le nez qui a bien failli me perforer le cerveau tellement l’infirmière qui me faisait le prélèvement l’a enfoncé loin. Puis j’ai été prié d’attendre avec toute la famille au rez-de-chaussée. Luca s’était barricadé au deuxième étage via son ascenseur privé. Nos tests sont tous revenus négatifs, ce qui a été un réel soulagement.

Le Vieux avait déjà tout prévu. Chacun avait sa chambre d’assignée, avec le reste des pièces à se partager, sauf le second étage réservé à mon seul grand-père. Les domestiques, réduits à cinq, et les gardes du corps, au même nombre, se partageaient le sous-sol et le grenier transformé en dortoir. Dans la journée, il y a des livraisons de nourriture pour tout un régiment. Puis mon grand-père a solennellement fermé et verrouillé les portes de la Casa Beneventi, avec ordre de ne pas en sortir jusqu’à la fin de la pandémie. Et comme il avait son pistolet bien en évidence sous sa veste ouverte, sur une chemise blanche impeccable, tout le monde a compris que ce n’était pas des paroles en l’air.

Grand-père est capable de flinguer le premier d’entre nous qui osera briser le confinement.

Il faut le comprendre, il a perdu grand-mère de la grippe il y a quelques années. Depuis, le Vieux considère tout virus comme son ennemi personnel, et a décrété que celui-ci ne ferait aucune victime dans sa famille, on a déjà donné, merci.

Bien sûr on bosse. Les affaires continuent, même au ralenti, et je passe une partie de mes journées au téléphone et devant mon ordinateur. Mais le reste du temps, je m’ennuie. J’ai l’habitude de sortir, de voir du monde, de passer mon temps en rendez-vous la journée pour enchainer avec les rendez-vous d’une autre nature le soir. Je me retrouve avec beaucoup de temps libre et un seul refuge, ma chambre, comme lorsque j’étais ado. Et encore, à cette époque, je faisais le mur.

Comme je ne peux plus aller à la salle de sport, je me suis concocté une petite routine de fitness, avec pompes, squats, burpees et tout le tremblement. Vu que c’est dîner en famille tous les soirs, j’ai intérêt à me dépenser si je ne veux pas finir avec du bide quand on pourra enfin sortir. Je fais ça la porte-fenêtre grande ouverte, histoire d’avoir l’illusion d’être dehors.

C’est là que j’ai remarqué que j’avais un admirateur. La villa Beneventi est dans une banlieue cossue, mais pas si riche que ça. Elle date d’avant la main mise des Beneventi sur la moitié du business illégal de Greenville, et reste d’une taille modeste. A côté, à une dizaine de mètres seulement se dresse une autre villa, qui a été convertie en appartements. Avant, un rideau d’arbres masquait la vue, mais ils ont attrapé la maladie cet été et grand-père a dû les faire couper. Depuis, les résidents du l’immeuble ont une vue imprenable sur la villa. Comme je n’ai rien d’autre à faire pendant que je m’entraine, j’ai noté que le rideau d’une des fenêtres du premier étage bougeait légèrement lorsque je m’entrainais. Un rayon de soleil, qui a tapé direct dans la lentille d’une jumelle, a trahi le voyeur. J’ai cherché qui habitait à cet étage. Facile quand on a quelques talents de hackers de craquer la base de données de la ville et de trouver précisément qui se cache derrière ce rideau.

Je suis tombé des nues quand j’ai vu qu’il s’agissait de Maddox , le freefighter, bodyguard de Pax Hunter à ses heures perdues. Sans être un fan de MMA, je suis allé le voir combattre. Il vaut le déplacement, tant par son style, sa technique que son physique.

Ce n’est pas un secret qu’il est gay, du moins dans notre petit milieu. Alors, quand j’ai compris qu’il m’espionnait, j’ai commencé à faire mes séances en boxer-short bien moulant, et à me mettre un peu en scène. On s’amuse comme on peut. Je guette le rideau. C’est quasi-imperceptible, mais je sais quand il se met en place, parce que le soleil tape juste contre sa fenêtre à ce moment-là.

Hier, ma belle-sœur et sa fille sont venues me casser les pieds, pour rester poli, parce que mes chasse-neiges, réalisés pieds nus, s’entendaient du rez-de-chaussée où les petits faisaient la sieste. Je les ai envoyés bouler. Déjà, le soir, il ne faut pas faire trop de bruit parce que les chérubins dorment, alors dans la journée, j’aimerais bien pouvoir vivre normalement, merci. Sans compter que les mômes, que j’adore soit dit en passant, dormiraient au milieu d’un tremblement de terre. Non, en fait, Carla voulait juste me faire chier, comme d’habitude. Elle me déteste, et c’est réciproque.

Je lui ai lancé que les mômes pouvaient se passer de sieste pendant quelques jours. On était là depuis huit jours, encore une semaine à se taper mutuellement sur le système et on pourrait tous reprendre nos vies. Carla a eu un hennissement féroce.

— Une semaine de plus ? Dans tes rêves, oui. On en a pour un mois minimum, peut-être deux. Demande à nos cousins du pays.

Puis elle a claqué la porte, satisfaite de m’avoir flanqué un seum monumental.

Deux mois ?

C’est vrai que les Beneventi de Venise, qui comptent des victimes parmi leurs proches, nous ont dit que cela faisait un mois qu’ils étaient confinés et que la libération n’était pas pour demain.

Deux mois ?

Je ne vais jamais pouvoir tenir huit semaines sans m’envoyer en l’air. Huit semaines sans sexe, sans corps à caresser, à embrasser, à étreindre ; huit semaines sans être touché, caressé et bon sang, baisé jusqu’à la garde.

Je ne peux pas compter sur la main d’œuvre locale. En dehors de la famille, il y a dix personnes dans cette personne. Cinq sont des femmes. Et les cinq autres sont des mecs hétéros. Je le sais, parce que je les connais depuis des années, et que j’ai tenté ma chance auprès de deux d’entre eux. Aucun n’est dans le placard, aucun n’est ouvert à une expérience gay.

Si j’avais su, je ne serais pas venu. Ou alors j’aurais amené mes propres provisions. J’aurais pris un garde du corps bien gaulé, totalement gay, un stock de capotes et j’aurais fait trembler les murs de la Casa Beneventi avec mes coups de reins compétition.

En attendant, j’écris mon numéro de téléphone sur une feuille et je la scotche à ma fenêtre.

L’espoir fait vivre.

A suivre

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